miroirs-Wateau
Peintre français (Valenciennes le 10 octobre 1684 - Nogent-sur-Marne 1721).

Lorsque Watteau débarque à Paris en 1702, sa vocation de peintre est déjà bien affirmée, mais son apprentissage est mince. Il ne va pas tarder à entrer au service d'un marchand du pont Notre-Dame, pour lequel il copie des sujets de dévotion d'après Gerrit Dou.

Watteau recouvre sa liberté en saisissant sur le vif tout ce qui lui tombe sous la main. De cette époque, datent ses premiers carnets de croquis, dans lesquels il puisera souvent, les préférant aux modèles vivants.

Il participe à un concours à l'Académie royale de peinture en 1708, où il obtient le second prix (le tableau a disparu). Watteau repart pour Valenciennes, voyage que lui permet la vente d'un tableau militaire au marchand Pierre Sirois, beau-père de son futur biographe et ami Edmé-François Gersaint (1694-1750), qui lui en commande aussitôt un autre. Les thèmes Watteau trouve dans sa ville natale en pleine guerre l'occasion d'étoffer ses sujets militaires, dont il ne retient d'ailleurs que les moments de repos (Retour de campagne ; Le Camp volant, 1709-1710, Moscou, musée Pouchkine).

Il peint vers 1709-1710 L'Ile de Cythère (musée de Francfort), inspirée d'une comédie de Dancourt et qui donnera lieu à toute une série s'achevant sur les fameux Embarquement pour l'île de Cythère (Paris, musée du Louvre) et Embarquement pour Cythère (musée de Berlin).

Dans des paysages qui prédisposent au rêve, s'improvisent des fêtes galantes, des réunions musicales et théâtrales (Le Rendez-vous de chasse, Le Faux Pas, Plaisirs d'amour). Watteau saisit les attitudes fugitives dans une facture extrêmement légère qui unit personnages et cadre dans une même atmosphère vaporeuse et chatoyante.

Il isole parfois une figure - telles celles du Mezzetin (New York, Metropolitan Museum), de La Finette, de L'Indifférent et de Pierrot (tous trois au Louvre) -, qui tranche par son format (184,5 cm × 149,5 cm) et sa présence immobile sur les gracieuses silhouettes entrevues.L'Enseigne de Gersaint

Un des derniers tableaux de Watteau est aussi de grande dimension : L'Enseigne de Gersaint (1720, Berlin, Charlottenbourg). Il fut exécuté en une semaine pour Gersaint, chez lequel Watteau habitait momentanément. Dans la boutique du marchand (un des rares intérieurs de Watteau), on emballe au premier plan un portrait de Louis XIV : ironique constatation de l'éclat éphémère d'une vie. Les murs sont couverts de tableaux (identifiables) : représentation du tableau dans le tableau, mais aussi miroir désormais figé d'une vie échappant de plus en plus à Watteau, qui mourra quelques mois plus tard de tuberculose. Il y a là comme un regard rétrospectif, calmement posé par un artiste qui fut toujours instable, impatient, insatisfait, et insouciant seulement dans ses toiles.

" Le grand poète du XVIIIe siècle est Watteau. La grâce de Watteau est le rien qui habille la femme d'un agrément, d'une coquetterie...

Elle est chose subtile qui semble le sourire de la ligne, l'âme de la forme, la physionomie spirituelle de la manière. Et quel décor ! Une terre complice, des bois galants, villages égayés de noces et de carrosses, de toilettes et de fêtes. O oiseaux enrubannés de Watteau, quel joli royaume de coquetterie vous tailliez dans le royaume embéguiné de la Maintenon ! " Tel est le charmant tableau que les frères Goncourt ont brossé du " grand poète du XVIIIe siècle. "

Watteau vivait à une époque de grande mutation. La cour de Versailles devenant de plus en plus austère et morose, la vie brillante se transportait à Paris. On se plaisait non plus dans les grandes salles des palais, mais plutôt dans l'intimité des boudoirs et des cabinets.
L'art subissait cette influence ; les formats des tableaux comme leurs sujets, tout tendait au charme, à l'intimité, la mode était aux trumeaux et aux panneaux décoratifs. Watteau excella dans ce nouveau genre. Sa palette contenait des teintes délicates et subtiles.

Ses toiles représentaient des fêtes champêtres, des pastorales, des princes amoureux de bergères ou des princesses déguisées en bergères. Le comte de Caylus, qui fut un de ses grands amis, nous donne un protrait de Watteau qui est à l'opposé de son talent : " Il était de petite taille, n'avait point du tout de physionomie, ses yeux n'indiquaient ni son talent ni la vivacité de son esprit. Il était sombre, mélancolique... naturellement sobre et incapable d'aucun excès.
Cet homme renfermé, inquiet, timide et même embarrassé, fut pourtant reçu à l'Académie sous l'étiquette de " peintre des fêtes galantes ".

Son tableau de réception fut le merveilleux et célèbre Embarquement pour Cythère. Cependant, dans ce sujet, plane une certaine mélancolie dans les attitudes des couples qu'il a peints. Ce tableau fera dire à Verlaineé: Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur. "


Diane


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