Le viol est un crime. Il porte très gravement atteinte à la dignité de la personne. Ses répercussions psychologiques, morales et sociales sur la vie des victimes sont considérables.Chaque année en France 25 000 viols sont recensés, dont 8 000 officiellement. Contrairement aux " idées reçues ", l'apparence extérieure de la personne concernée n'est pas un facteur déterminant dans le choix de l'agresseur. Dans 74 % des cas la victime connaît son agresseur. La plupart des agressions sexuelles sont préméditées et proviennent de proches (conjoint, collègue de travail, famille, soignant…). Le viol ne correspond pas à une pulsion " irrépressible " et incontrôlée. Le violeur n'est dans la très grande majorité ni étranger, ni célibataire, ni asocial, ni impulsif. Dans la plupart des cas il est parfaitement intégré dans la société, souvent marié, avec des enfants. Parmi les personnes condamnées 16,8 % appartiennent à des professions médicales, 13,1 % sont des enseignants ou des animateurs, 14,8 % des cadres d'entreprises, 12,7 % sont des policiers, gendarmes, militaires, attachés parlementaires… 91,2 % des victimes sont des femmes, 8,8 % des hommes. 32,7 % des victimes sont des adultes de plus de 18 ans, 11,9 % ont entre 15 et 18 ans, 45,9 % ont moins de 15 ans. Dans 67,7 % des cas le lieu de l'agression est le domicile de la victime ou du violeur, 3,7 % la rue.
Tous les chiffres cités émanent du Collectif féministe contre le viol. VIOLENCES SEXUELLES EN FRANCE La proportion de personnes ayant subi des agressions sexuelles au cours de leur vie est mieux connue depuis quelques années grâce à plusieurs enquêtes scientifiques menées auprès d'échantillons représentatifs de la population. De l'enquête Enveff menée en 2000 à l'enquête CSF menée en 2006, les déclarations de violences sexuelles ont doublé, 16 % de femmes et 5 % des hommes déclarant en 2006 avoir subi des des rapports forcés ou des tentatives de rapports forcés au cours de leur vie. Nathalie Bajos et Michel Bozon nous en expliquent les raisons, qui tiennent principalement à ce que ces violences sont de moins en moins tues. Seule une petite minorité des agressions sexuelles font l'objet d'une plainte. Les enquêtes en population générale, qui abordent les faits du point de vue des personnes sans tenir compte de leur qualification juridique, sont donc une source privilégiée pour en connaître la fréquence, le contexte et les suites. L'enquête Contexte de la sexualité en France (CSF) de 2006 (voir encadré) a demandé aux personnes interrogées si elles avaient subi des attouchements sexuels, des rapports sexuels forcés ou des tentatives au cours de leur vie, comme l'avait fait six ans plus tôt l'enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff). D'une enquête à l'autre les déclarations d'agressions sexuelles ont doublé, alors que le nombre de plaintes enregistrées par les services de police et de gendarmerie est resté stable pendant la même période. L'enquête de 2006 ayant repris les mêmes formulations que celle de 2000, une comparaison peut être menée entre les deux pour expliquer la forte augmentation des déclarations de rapports forcés (1).
Des événements fréquents dont on parle peu Dans l'enquête CSF, 16 % des femmes et 5 % des hommes déclarent avoir subi des rapports forcés ou des tentatives de rapports forcés au cours de leur vie (6,8 % des femmes déclarent des rapports forcés et 9,1 %, des tentatives, et respectivement 1,5 % et 3,0 % des hommes). Les femmes de 25 à 49 ans et les hommes de 40 à 49 ans sont plus nombreux que les autres à en déclarer. Une question était posée sur l'âge au moment de l'agression. Dans toutes les générations, les personnes indiquent des premiers rapports forcés ou tentatives qui se produisent majoritairement avant 18 ans. Parmi les personnes qui ont vécu ces agressions, c'est le cas de 59 % des femmes et de 67 % des hommes. Une autre caractéristique des actes de violence sexuelle est d'être généralement commis par des personnes isolées, pas par des groupes. Plus de 90 % des personnes agressées mentionnent un seul agresseur (92 % chez les femmes et 95 % chez les hommes). Mais alors que dans les générations de plus de 50 ans, les personnes citent dans la moitié des cas des violences sexuelles répétées avec la même personne, généralement un homme de la famille, elles ne sont plus qu'un tiers dans les générations récentes, qui mentionnent principalement des violences sexuelles commises une seule fois. Les personnes qui ont eu des partenaires du même sexe déclarent beaucoup plus de rapports forcés ou de tentatives que celles qui n'ont eu que des partenaires de l'autre sexe. C'est le cas de 44 % des femmes ayant eu des rapports homosexuels dans leur vie (contre 15 % des hétérosexuelles), et de 23 % des hommes qui ont eu des rapports homosexuels (contre 5 % des hétérosexuels). L'immense majorité de ces agressions se sont produites avant 18 ans. Les rapports forcés avant 18 ans sont davantage liés aux univers de socialisation (famille, école, groupes de pairs), alors que ceux qui se produisent plus tard sont assez logiquement marqués par l'univers du couple et du travail. Ainsi les femmes de plus de 40 ans qui ont eu un premier rapport forcé après 18 ans déclarent dans 35 % des cas que l'auteur de l'agression était un conjoint ou un partenaire ; celles qui ont connu un épisode de violence sexuelle avant 18 ans incriminent principalement leur père, beau-père ou une personne de la famille (27 % des cas), voire des personnes connues d'elles (31 %). à signaler que les agresseurs inconnus restent toujours une minorité (17 %), et que leur proportion décroît dans les générations les plus récentes. La violence sexuelle est-elle plus fréquente dans certains milieux ? Les fréquences avant 18 ans ne varient guère en fonction de la catégorie sociale du père ni parmi les femmes ni parmi les hommes, le pourcentage le plus élevé se rencontrant chez les filles de cadres : 10 %. La fréquence des rapports forcés ou des tentatives subis après 18 ans varie de 6 % à 10 % selon la position sociale personnelle des femmes (alors qu'elle ne varie pas chez les hommes), avec des chiffres un peu plus élevés chez les cadres et chez les artisanes-commerçantes. Tant à l'âge adulte que pendant l'adolescence, la violence sexuelle est donc déclarée par des personnes de toutes les catégories. En réponse à la question " En avez-vous parlé à quelqu'un ? ", 46 % des femmes et 62 % des hommes ayant subi l'un de ces actes disent n'en avoir parlé à personne avant l'enquête. C'est dans la génération la plus ancienne (les femmes de 60 à 69 ans, et les hommes de 50 à 69 ans) que les personnes en ont le moins parlé à quelqu'un (respectivement 33 % et 30 %). En revanche, dans les plus jeunes générations, par exemple chez les femmes de 18 à 24 ans, 71 % en ont déjà parlé, ce qui indique une modification de la sensibilité, sans doute liée aux campagnes d'information et à l'inscription de la violence contre les femmes sur l'agenda politique. Plus d'un tiers des femmes ayant subi une tentative de rapport forcé en parlent tout de suite ou dans les jours qui suivent à leur entourage ou à des professionnels de santé ou de justice (38 %), contre seulement 17 % de celles qui ont subi un rapport forcé ; les proportions de celles qui attendent plusieurs années pour en parler sont inversées (12 % et 29 % respectivement). Dans le premier cas, on peut penser que la parole a une action préventive, permettant d'éviter qu'une nouvelle agression ne survienne. De certains types d'agressions, les femmes parlent beaucoup moins : les rapports forcés et tentatives commis par les conjoints et partenaires, ainsi que par les amis et copains, n'ont été révélés à des tiers que dans environ 40 % des cas. En revanche sont souvent divulgués ceux qui sont commis par un père ou un beau-père (78 %), par des collègues (71 %), des personnes de la famille (62 %) ou des inconnus (63 %). Les auteures de l'enquête Enveff de 2000 indiquaient que le viol par un père, beau-père ou un autre homme de la parenté était une des agressions sexuelles la plus difficile à dire. Ce n'est plus le cas dans l'enquête CSF de 2006. Seuls 8 % des rapports forcés ou tentatives sont signalés à des médecins, et 4 % à la police ou à la gendarmerie. Les personnes (ou certaines personnes) de la famille restent l'appui principal (31 %), même en cas de violence perpétrée par l'un de ses membres. Les agressions commises par le père ou le beau-père, qui suscitent un rejet massif, sont révélées aussi aux amis, au partenaire et aux professionnels de santé. En revanche, les actes commis par un conjoint, un partenaire ou un ami sont peu divulgués. Champ : Personnes de 18 à 69 ans. Guide de lecture : Parmi les femmes cadres et professions intellectuelles, 10,5% ont subi des rapports forcés ou des tentatives de rapports forcés après 18 ans. (N. Bajos, M. Bozon et l'équipe CSF, Population & Sociétés n° 445, Ined, mai 2008)Source : Enquête CSF, 2006, Inserm/ Ined. |
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