miroirs-les Pays Baltes
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République Tchèque et Slovaquie sont depuis le 01 janvier 1993 divisées en deux états indépendants. Toutefois, en raison de leur longue histoire commune au sein de l’empire Austro-hongrois d’abord, puis comme entité nationale de 1918 à 1993, traiter séparément République Tchèque et Slovaquie serait une grossière erreur. Enfin, l’adhésion simultanée des deux états à l’Union européenne, la culture commune (chaque entité est une composante du groupe slave) ne font que confirmer les liens ayant toujours existé entre ces deux peuples.

Pourquoi la séparation ?
La scission pacifique de 1989 n’a pas loin s’en faut remporté l’enthousiasme de la population, tant en République Tchèque qu’en Slovaquie. La séparation s’est faite sans référendum et sous la pression des libéraux tchèques alors majoritaires au parlement. L’annonce faite en juillet 1992 a prétexté les velléités séparatistes slovaques. En fait, les libéraux tchèques ont essayé d’accélérer leur entrée dans l’union européenne, persuadés que les freins à l’intégration et à l’adoption des « réformes » libérales émanaient de la partie slovaque de la fédération.

Cette séparation pour pacifique qu’elle fut (il ne faut pas oublier la guerre yougoslave qui sévissait alors) n’en a pas moins été traumatisante pour la population. Si côté slovaque, la double nationalité est permise, tel n’est pas le cas côté tchèque ce qui a posé un dilemme aux nombreux slovaques et couples « binationaux » vivant côté tchèque sommés de choisir et, quel que soit ce choix, devenus étrangers dans leur propre pays.

Il est à noter que chaque gouvernement possède un ministère des relations avec -selon le cas- la Slovaquie ou la République Tchèque. Ministère ayant un rôle aussi important et politique que revêt chez nous le Ministère des affaires européennes.

L’après MECIAR
Alors que les autres peuples d’Europe Centrale parlent « d’après communisme » pour définir la période actuelle, ici c’est « d’après Meciar » ont il est question, tant les changements ont été visibles depuis la chute de l’apprenti dictateur comme on l’appelle ici.

La majorité des Slovaques, non consultés par référendum, était opposée à la partition de la Tchécoslovaquie. Il faut savoir que l’unique période d’indépendance du pays avant 1993 fut l’état fasciste entre 1939 et 1944, autant dire qu’il ne s’agit pas d’une référence historique.

Depuis 1997, la Slovaquie a non seulement retrouvé une vie démocratique normale mais les droits des minorités Rom et Hongroises, très malmenés sous Meciar, ont été consolidés. Les relations avec les états voisins notamment la Hongrie, l’Autriche et le République Tchèque se sont normalisés et l’économie redémarre fortement.


La République Tchèque : La République Tchèque en bref (données 2003), Capitale : Prague (Praha), Population : 10 266 500 hab. Superficie : 78870 km². Densité : 130 hab. / Km². PIB : 56 784 millions d’euros. PIB/hab. : 13 300 € (moyenne européenne des 15 : 23180 €). Taux de croissance : 2,3% (moyenne européenne des 15 : 1,5%). Taux de chômage : 10,8% (moyenne européenne des 15 : 7,4%). Taux d’inflation : 0,2% (moyenne européenne des 15 : 2,3%).Monnaie : Couronne tchèque - Abréviation internationale (CZK) - 1€ = 31,387 CZK
Régime politique : République parlementaire. Langue officielle : Tchèque

Les tchèques et l’Europe :
Lors du référendum sur l’adhésion du 14 juin 2003, les Tchèques ont très largement approuvé l’élargissement de l’union à leur pays avec un score de 77,33% en faveur du oui.


Social
Avec 10,8% de la population active au chômage soit +1% en un an, c’est un nouveau record qui vient d’être battu et dont les Tchèques se seraient bien passés. Il s’agit ici d’une moyenne, certaines régions sont encore plus mal loties comme celle d’Ostrava avec 17% ou la Bohème du Nord qui culmine avec 18% (21% pour la ville de Most).
Pourquoi tant de chômeurs dans une économie affichant une croissance si insolente ? Aux raisons conjoncturelles fréquemment avancées, le patronat tchèque dénonce les rigidités du code du travail en matière de licenciement et le manque de mobilité de la main d’œuvre.

C’est oublier un peu vite que les salariés tchèques figurent parmi les moins payés d’Europe (le salaire moyen mensuel est de 379 € mais il n’est pas rare qu’il soit inférieur à 250 € dans la fonction publique) quant à leur manque supposé de mobilité, il vient surtout de la crise du logement qui interdit aux plus modestes de se rapprocher des bassins d’emploi. A cet égard, il n’est pas rare de voir des Tchèques vivre en foyer à Prague faute de logement et ne rejoindre leur famille qu’en fin de semaine.

Autre cause avancée le travail au noir. Ce fléau n’est pas quantifié (alors qu’il pourrait être estimé si on s’en donnait les moyens) mais il sert surtout à stigmatiser les chômeurs de longue durée accusés par le gouvernement de toucher à la fois leurs indemnités et leur rémunération au noir.

Il faut dire qu’ici à l’inverse de ce qui se passe dans les autres pays ex communistes, le parti communiste continue à recueillir 20% des suffrages. Electorat avec lequel il faut compter ce qui a permis le maintien d’un minimum de protection sociale.

Parmi les « nantis » dénoncés par le monde des affaires arrivent en première place les fonctionnaires. Le pays détient pourtant un autre record d’Europe, celui des fonctionnaires les plus mal payés au point que nombre d’enseignants sont obligés de cumuler un petit boulot le soir ou pendant les vacances afin de pouvoir vivre.

Les études supérieures sont gratuites et d’excellente qualité, les université tchèques ont de tout temps attiré de nombreux étudiants au-delà des frontières. Malheureusement, la crise du logement exclut d’études supérieures les étudiants les plus modestes à moins d’accepter d’étudier dans des chambres surpeuplées en lointaine banlieue..

Economie
La corruption touche toute les niveaux de l’économie et freine davantage les investissements étrangers que les supposées rigidités sociales héritées du communisme.
Le système légal tout d’abord est loin d’être en conformité avec le monde des affaires. La commission européenne dénonce notamment la non transparence de la législation en matière d’enregistrement des sociétés et de faillite.

Les principaux partenaires économiques de la République Tchèque sont dans l’ordre l’Allemagne, la Slovaquie et l’Autriche.
L’Allemagne est de loin le premier partenaire économique avec 37 ,5% à l’import et 43% à l’export. La France arrive en 5° position avec 5,4% à l’import et 4% à l’export.

Avec Prague qui peut s’enorgueillir d’être l’une des plus belles villes d’Europe, des station thermales réputées comme Marienbad (Karlovy Vary) et des paysages magnifiques, le tourisme est devenu une composante essentielle de l’économie du pays.

Près de 15 millions de touristes ont visité la République Tchèque en 2003 essentiellement des Allemands et des Autrichiens (ils étaient moins de 5 millions en 1995).

Tziganes
3% des Tchèques sont tziganes. Bien qu’ils bénéficient des mêmes droits que leurs concitoyens, en pratique ils restent victimes de discriminations notamment dans le monde du travail et pour l’accès aux logements.
Le gouvernement tchèque a fait de réels efforts pour mettre un terme à ces pratiques -il est même le seul dans la région à ne pas tenir un double langage sur ce sujet- mais tant que les autres Tchèques ne considèreront pas les Roms comme leurs compatriotes, des dérapages perdureront.

La pire illustration en est l’érection d’un grillage de la honte par la municipalité d’une ville proche de Debrecem afin de séparer les communautés (clôture arrachée depuis par les autorités nationales).
Espérons qu’en devenant Européens, les Tchèques tolèreront mieux les autres peuples à commencer par ceux qui vivent chez eux.




LA SLOVAQUIE : La Slovaquie en bref (données 2003). Capitale : BRATISLAVA. Superficie : 49035 km². Population : 5 403 000 hab. Densité : 111 hab. /km². Population urbaine : 57%. PIB : 26,4 Mds €. PIB / hab : 11. 100 € (moyenne de l’Europe des 15 = 23180 €). Taux de croissance : 3,8% (moyenne de l’Europe des 15 = 1,5%). Taux de chômage : 14,3% (moyenne de l’Europe des 15 = 7,4%). Taux d’inflation : : 8,2% (moyenne de l’Europe des 15 = 2,3%). Monnaie : Couronne slovaque - Abréviation internationale SKK - 1€ = 42 SKK. Langue officielle : Slovaque. Groupe majoritaire : Slovaques (86%). Groupes minoritaires : Hongrois (10,8%), Roms (1,8%), Tchèques (1,2%), Ukrainiens (0,3%), Ruthènes (0,3%). Religions : Catholiques (60%), Protestants (7%), Orthodoxes (4%). Répartition de la population : moins de15 ans (20%) - 15-65 ans (69%) - + 65 ans (11%). Espérance de vie : 73 ans

SLOVAQUIE
Les Slovaques et l’Europe
Elle était pourtant mal partie la Slovaquie dans la course à l’adhésion. Vladimir MECIAR, artisan et premier président de l’indépendance jusqu’en 1997 s’est surtout fait remarquer par son isolationnisme et ce que la communauté internationale nommait pudiquement son « déficit démocratique ».
C’est dire si il a fallu beaucoup de travail à l’équipe gouvernementale en place depuis 1997 pour remonter la situation. En cela le gouvernement a été grandement aidé par la population la plus europhile d’Europe Centrale. Lors du référendum du 17 mai 2003, le oui à l’adhésion l’a emporté avec 93,71% des suffrages exprimés.

L’Economie
Répartition de l’activité : Services : 60% du PIB (56% de la pop. active) - Industrie 31% du PIB (30% de la pop. active) - Bâtiment 5% du PIB (8% de la pop. Active) - Agriculture 4% du PIB (6% de la population active).

Avec un taux de croissance inconnu depuis des lustres en Europe occidentale (3,8% en 2003), les investisseurs étrangers se pressent en Slovaquie surtout depuis la stabilisation de la situation financière du pays suite au changement de gouvernement intervenu en 1997.

1,8 milliards d’€ ont été investis dans le pays en 2002. Un des principaux attraits du pays est le coût de la main d’œuvre parmi les moins chers d’Europe centrale. Volkswagen s’est déjà installé et ses ventes représentent désormais 30% des exportations slovaques, PSA va suivre en 2005 en s’implantant à Tmava.

Pourtant, les bas salaires n’ont pas enrayé l’énorme taux de chômage qui dépasse encore les 14%. Le salaire moyen mensuel brut s’élève à 300 € alors que chez les voisins Hongrois et tchèques, c’est le montant du salaire moyen net qui atteint cette somme. La différence est de taille.
Si les bons chiffres de l’économie slovaque traduisent la capacité du gouvernement à maîtriser la macroéconomie, il n’en reste pas moins que d’énormes disparités régionales persistent. Quasiment nul à Bratislava, le chômage atteint parfois 40% de la population active dans certaines régions du centre et de l’est du pays avec parfois des pointes à 60% !

Dans ces régions désertées par les jeunes, un cercle vicieux de désertification régionale s’installe. C’est là que les fonds structurels européens pourront inverser la tendance. Le problème c’est que jusqu’à aujourd’hui, peu de bons projets ont été soumis à l’Union Européenne. Reste à savoir aussi quelle est la définition d’un « bon projet » pour l’UE.

L’« assainissement » de l’économie, à l’origine essentiellement composée d’usines d’armement pour le COMECON, a fortement contribué à la montée du chômage. A cela il faut ajouter le mépris des dirigeants slovaques pour tout ce qui concerne les affaires sociales. Le leitmotiv des chefs d’entreprise est « nous sommes là pour faire du fric, pas du social ». Quant au gouvernement, tout social démocrate qu’il soit, il projette la mise en place d’ici 18 mois d’une réforme du financement des retraites et de la sécurité sociale qui fera passer Raffarin pour un gauchiste.

Une autre particularité de l’économie slovaque c’est la vente en vertu des accords de Kyôto des droits de polluer dont dispose le pays en contrepartie des efforts réalisés pour la réduction des émissions de polluants industriels.
C’est une société privée Menert, exploitante de réseaux de chauffage urbain qui modernise les systèmes de chauffage et vend les droits de polluer excédentaires. Sachant que la Slovaquie a déjà réduit de 30% ses émissions à effet de serre alors que les accords de Kyôto n’en réclamaient que -8%, sachant enfin que la tonne d’équivalent C°² se négocie entre 3 et 5 € sur le marché mondial, c’est une véritable manne financière en perspective qui s’offre à Menert laquelle songe à diversifier son activité à d’autres branches que celle du chauffage urbain.

Mais comme le font remarquer très justement les associations de défense de l’environnement, ce qui ne sera pas pollué ici le sera ailleurs.

Il est vrai que le pays revenait de loin en matière de pollution atmosphérique et on ne peut que se féliciter de l’amélioration de la qualité de l’air.
Cependant, un risque de dérive de l’exemple slovaque existe qui consisterai, pour les pays pauvres, à préférer vendre leur droit de polluer au lieu de se développer. Surtout si les pays riches demandeurs exercent des pressions en ce sens. Ce qui dénaturerait le protocole de Kyôto de toute sa valeur.





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