miroirs-la Slovénie
Bien que le pays ait tourné la page yougoslave depuis 1991, la Slovénie qui rejoindra la Communauté Européenne au 1er mai 2004 est issue de l’ancienne Fédération Yougoslave. A ce titre, il nous a semblé utile de rappeler quelques généralités sur ce que fut ce pays.
Pays créé artificiellement à la fin de la 1ere guerre mondiale, la Yougoslavie (à l’origine royaume des Serbes des Croates et des Slovènes) anéantie par l’occupant nazi devient une confédération socialiste à la fin de la 2° guerre mondiale.
Sous la direction de Jossip TITO, le pays s’éloigne de Moscou, expérimente l’économie auto - gérée et devient un des membres les plus influents de la Conférence des Pays non alignés.

Très majoritairement composé de Slaves, les langues slaves parlées dans l’ancienne fédération différent relativement peu entre elles. Un Slovène et un Macédonien peuvent parfaitement se comprendre même s’ils utilisent chacun leur langue propre.
La différence essentielle (et que l’on retrouve encore aujourd’hui) provient surtout des anciens empires d’où sont issues les républiques. Au nord, Slovènes et Croates ont appartenu à l’empire Austro-Hongrois. Ces deux pays sont majoritairement catholiques et davantage tournés vers la Hongrie, l’Autriche et aussi l’Italie (la République de Venise possédait toute la côte Dalmate et une minorité italienne y vit toujours).
Au sud, Bosnie, Serbie, Macédoine ont longtemps vécu au sein de l’empire Ottoman. Y sont pratiquées les religions orthodoxes mais aussi l’islam. Comme dans tous les pays marqués par l’orthodoxie, on utilise l’écriture cyrillique. Conséquence de la tolérance ottomane envers les minorités, une forte communauté juive existe toujours en Bosnie.

Il est donc faux de parler de guerres interethniques pour qualifier les guerres yougoslaves puisqu’elles se sont déroulées principalement entre Slaves (Kosovars mis à part).
Il est tout aussi faux d’évoquer de quelconques haines ancestrales entre ces différents peuples. Le nombre de mariages extra - communautaires pratiqués (et donc extra religieux) suffisent à démontrer le contraire. Notons enfin que, lors du dernier recensement communautaire pratiqué sur l’ensemble de la fédération yougoslave en 1989, 6% des sondés se déclaraient « yougoslaves » c’est à dire membre de l’ensemble de la communauté yougoslaves plutôt que de l’une de ses composantes.
C’est beaucoup pour un pays qui n’avait alors qu’à peine 70 ans d’existence.

La Slovénie en bref (données 2003) : Capitale : LJUBLJANA. Superficie : 20 273 km². Population : 2 millions d’habitants. Densité : 96 hab. /km². Population urbaine : 50,4%. Répartition de la population : (-15ans 16% - 15-65 ans 70% - +65 ans 14%). Espérance de vie : 75,5 ans (femmes 79 ans - hommes 72 ans). Taux de fécondité : 1,22. Langue officielle : Slovène. Langues non officielles à statut particulier : hongrois, italien.
Groupe majoritaire : Slovènes (90%). Groupes minoritaires : Croates 2,8%%, Serbes 2,4%, Autres ex. Yougoslaves 2%, Roms 1%, Hongrois 0.5%, Italiens 0.5%, PIB : 22,5 Mds €. PIB /hab. : 11500 € (moyenne de l’Europe des 15 = 23180 €). Taux de croissance : 3,1% (moyenne de l’Europe des 15 = 1,5%). Taux de chômage : 6,4% (moyenne de l’Europe des 15 = 7,4%). Taux d’inflation : 5,6% (moyenne de l’Europe des 15 = 2,3%).
Monnaie : TOLAR Slovène - Abréviation internationale (SIT) - 1€ = 230 SIT

LES SLOVENES DANS L'EUROPE
L’adhésion de la Slovénie à l’Europe, c’est la concrétisation d’un vieux rêve slovène. Déjà en 1988 alors que le pays était encore membre de la Confédération Yougoslave (et qu’aucun trouble n’avait encore éclaté en Yougoslavie), l’opposition slovène souhaitait quitter l’ensemble yougoslave au profit d’une adhésion à la Communauté Européenne.

Depuis l’indépendance déclarée en 1991 et reconnue internationalement en 1992, les dirigeants successifs de Ljubljana ne cessent de démontrer à Bruxelles leur capacité à intégrer l’Union européenne.
C’est donc sans surprise que les Slovènes se sont prononcés massivement à 89,66% pour le « oui » à l’adhésion de leur pays lors du référendum du 23 mars 2003.

HISTOIRE RECENTE ET POPULATION
Le 25 juin 1991, la Slovénie après avoir fait inscrire le droit à la sécession dans sa constitution déclare son indépendance vis à vis de la fédération Yougoslave.
Deux jours plus tard, l’armée fédérale intervient mais elle se retire au bout d’une guerre de 10 jours. C’était la 1ere fois que l’armée fédérale yougoslave intervenait contre des Yougoslaves.

La Slovénie est le seul état ex. yougoslave a avoir toujours eu une population assez homogène et très majoritairement indigène. Très fortement influencée par son héritage Austro - Hongrois, la Slovénie a toujours constitué un cas à part. Déjà à l’époque yougoslave, c’est ici que le niveau de vie était le plus élevé.

Le grand homme politique de la Slovénie communiste s’appelle Edvard Kaldelj. C’est lui qui a théorisé l’autogestion yougoslave et qui a suggéré à Tito la libéralisation partielle de l’économie.
C’est de cette époque que date le décollage économique slovène qui a aussi profité à l’ensemble de la Yougoslavie. (C’est peut être aussi là l’origine de l’arrogance slovène que déplorent leurs anciens compatriotes).

La démographie posera à terme un problème majeur aux autorités. Avec un taux de fécondité de 1,22 parmi les plus bas d’Europe, le gouvernement réfléchit aux moyens d’inciter à une reprise de la natalité.
A cela s’ajoute un phénomène dont le pays se serait volontiers passé : avec un taux de suicides de 3/10000, ce sont 600 Slovènes qui se donnent volontairement la mort chaque année. Le ministère de la santé a lancé un vaste programme de formation de médecins psychiatres pour tenter de contrer cet inquiétant particularisme local.

UN PAYS EN QUETE DE RECONNAISSANCE
Bien qu’issue de la Fédération Yougoslave, la Slovénie aimerait aujourd’hui être assimilée à l’espace centre européen plutôt qu’à l’espace balkanique (les montagnes slovènes font partie de la chaîne des Alpes et non du massif des Balkans).

S’ils s’en amusaient au début, les Slovènes supportent de plus en plus mal la confusion souvent faite entre leur pays et la Slovaquie. C’est à leur langue que les Slovènes sont le plus attachés, elle a su conserver des formes grammaticales abandonnées depuis par les autres langues slaves. On trouve des textes rédigés en slovène dès le X° siècle et au XV° siècle, la littérature slovène a joué un rôle identique dans la région à celui joué à la même époque par le provençal dans la littérature française.
Les quelques 40 dialectes encore pratiqués constituent une richesse pour les Slovènes lesquels combattent farouchement la fâcheuse tendance de certains d’entre eux à user d’anglicismes.
Les Slovènes souffrent en fait d’une certaines ignorance des autres Européens à leur égard, ignorance qu’ils assimilent parfois à de l’indifférence.

L'ECONOMIE
La Slovénie est le plus riche des états qui rejoindront l’Union au 1er mai 2004 avec un taux de chômage inférieur à la moyenne des 15 (6,4% mais à peine 2% sur Ljubljana) et une croissance de 3,1%.
Revers de la médaille, les aides structurelles européennes devraient vite décroître et le pays deviendra même rapidement contributeur net au budget de l’Union.

Autre déception, du fait de sa petite taille, le pays est considéré comme région unique au sein de l’UE alors que Ljubljana voulait faire admettre une différenciation régionale ce qui aurait permis aux zones du pays les plus affectées économiquement (Région de Maribor dans le nord) de bénéficier d’aides européennes spécifiques.

Les Slovènes sont très fiers de certaines marques phare de leur industrie comme les skis Elan, les caravanes Adria ou les produits électroménagers Gorenje. Toutefois depuis les années 1960, la plus grosse entreprise Slovène s’appelle Renault (on dit ici « Revoz »).
Installée à Novo Mesto, la marque a représenté certaines années jusqu’au quart des exportations slovènes. Sait on seulement qu’on roule dans une voiture slovène lorsqu’on est au volant d’une Kangoo ou d’une Mégane ?

Dans ses dix premières années d’existence, la Slovénie a tourné le dos aux ex républiques yougoslaves en guerre pour se rapprocher des marchée européens sans grand succès.
C’est pourquoi, profitant de la stabilisation des Balkans, l’économie slovène renoue très fortement avec ses anciens partenaires. Une stratégie qui commence à payer d’autant plus que le pays retrouve là, en tant que tête de pont de l’espace ex. yougoslave, une position qui a assuré sa prospérité du temps de la fédération.

Une des caractéristiques du pays et peut être une des clés de sa réussite c’est son incroyable stabilité politique. Milan Kucan, président de la République de 1990 à 2002, fut précédemment l’ancien dirigeant du Parti Communiste Slovène.
C’est peut-être ce qui explique qu’à l’inverse des outrances ultra libérales observées dans d’autres pays ex communistes comme la Pologne, la politique de privatisation et d’ouverture aux capitaux étrangers a été très prudente au point de provoquer parfois l’exaspération de Bruxelles. Les Slovènes s’ils sont audacieux et ouverts restent néanmoins circonspects face aux prétendues vertus du libéralisme.
La voie slovène s’avère néanmoins payante car tout en maintenant une forte croissance, la protection sociale reste très élevée et le chômage est l’un des plus bas d’Europe.

L'OTAN NE FAIT PAS L'UNANIMITE
Profondément pro européens, les Slovènes ne manifestent pas, loin s’en faut un tel enthousiasme vis à vis de l’OTAN. D’après les récentes enquêtes d’opinion, une majorité serait toujours opposée à rejoindre l’alliance atlantique.
Les pacifiques Slovènes justifient leur refus par le pragmatisme. L’adhésion coûterait cher pour mettre aux normes les équipements militaires hérités pour la plupart de l’Armée Fédérale. Ensuite, aucune menace ne justifie une telle alliance militaire. Au contraire, certains craignent ici que l’adhésion n’entraîne des risques comme la menace terroriste.
Traumatisés par les guerres yougoslaves qui ont touché leurs ex compatriotes, le bellicisme n’est pas le bienvenu et le quartier général des anti-OTAN de la Metelkova au centre de Ljubljana ne désemplit pas.


LA SLOVENIE ET LES MINORITES
Si les Slovènes sont largement majoritaires, plusieurs minorités coexistent dont certaines ont des droits reconnus comme les Roms, les Hongrois et les Italiens.
Des universités existent pour ces trois communautés ainsi bien sur que des établissements primaires et secondaires. De plus, même si le slovène reste la langue officielle, les slovènes issus de ces minorités peuvent effectuer des démarches administratives dans leur langue dans les régions où ils sont le plus implantés.

Ces dispositions en faveur de 2% de la population alimentent le ressentiment des quelques 7,2% de ressortissants originaires des républiques ex yougoslaves qui sont eux considérés comme étrangers et subissent parfois la xénophobie ambiante.

Les associations de défense des droits de l’homme ont eu a traiter par exemple le cas de jeunes d’origine Kosovare mais nés en Slovénie menacés d’expulsion dans une région en guerre dont ils ignoraient tout à commencer par la langue.
Il semble que le redéveloppement des échanges commerciaux avec les républiques ex. yougoslaves ait mis un terme à de tels excès. Il convient toutefois de rester vigilants.

FRONTIERES CONTESTEES
Officiellement, la Slovénie et ses voisins reconnaissent les frontières actuelles. Il n’en reste pas moins que dans la pratique, la Slovénie a toujours un contentieux avec la Croatie concernant son débouché maritime et revendique quelques villages frontaliers. Le pays n’a par contre aucun contentieux avec ses voisins de l’UE bien que le Frioul autrichien et la villes de Trieste en Italie furent Slovène du temps de l’empire des Habsbourg.


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