miroirs-La Résistance
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MIROIRS - LA RESISTANCE


Les premiers pas de la Résistance

LA COLLABORATION
À l’automne 1940, tandis que Vichy met en place la collaboration, des embryons de réseaux de résistance se constituent. Dans la clandestinité, le PCF développe une stratégie de Front populaire face à l’ennemi.

L’arrestation de Guy Môquet, le 13 octobre 1940 est dans la droite ligne de la politique vichyste, dont la traque des militants communistes est un axe majeur. Début octobre 1940, avec le feu vert des occupants, 210 communistes parisiens sont arrêtés et internés - près de 5 000 le sont dans toute la France jusqu’en juin 1941. Rappelons que, quoi qu’on en ait dit, le gouvernement légal de la France est bien celui du maréchal Pétain : les Chambres réunies à Vichy l’ont certes été dans une atmosphère de peur et de menace, mais il reste qu’elles lui ont donné le 10 juillet 1940 les pleins pouvoirs par 570 voix contre 80 et 20 abstentions, les députés communistes ayant été déchus de leur mandat en janvier 1940.

Dépendant du bon vouloir allemand mais doté de réelles marges d’autonomie, l’État français s’apparente par son programme de « Révolution nationale » au franquisme, au salazarisme, au fascisme, qui répondent à la hantise des couches dirigeantes de voir le bolchevisme triompher : l’expérience du Front populaire, quoiqu’éphémère, leur avait fait craindre le pire.
La fin de la démocratie, l’anticommunisme radical du régime, son appui sur de vieux ressorts de la droite nationaliste - antisémitisme et antimaçonnisme, stigmatisés avec le communisme comme les piliers de l’ « anti-France » - assurent le soutien des milieux financiers et industriels, de la plupart des cadres de l’armée, du haut clergé et de la droite classique.

LA RESISTANCE
Du fond de la défaite, l’opinion démoralisée s’accroche à Pétain, qui conserve le prestige du « vainqueur de Verdun » : sa « dictature charismatique », selon l’expression d’Henry Rousso, est consacrée par ses déplacements triomphants dans les grandes villes de la zone Sud.
Cependant les décrochages commencent dès l’automne, avec l’aggravation considérable des conditions de vie et surtout la rencontre de Pétain et de Hitler à Montoire (24 octobre 1940) et l’annonce par le maréchal du choix de la collaboration avec le vainqueur.
Dès lors, tout en restant pour l’essentiel attentiste, l’opinion se détache au fil des mois du régime : dès août 1941, Pétain dénonce le « vent mauvais » qui souffle sur le pays. Son gouvernement multipliera dès lors les appareils répressifs, judiciaires et policiers.

D’abord isolés mais de plus en plus en prise avec la population, des refus de l’intolérable ont immédiatement surgi dans l’ombre : la Résistance commence à se structurer à l’automne 1940, en zone Sud comme en zone Nord.
Quelques pionniers, de sensibilités politiques et de milieux divers, jettent les bases de ce qui deviendra Libération Nord, Libération Sud, Liberté, Franc-tireur, Défense de la France, Musée de l’homme, Organisation civile et militaire...
Apparaissent également les embryons de réseaux de renseignements ou d’évasion. De la France libre à Londres, dont les émissions radiophoniques sont très écoutées en dépit des interdictions, le BCRA commence à lancer ses antennes en France. Presse clandestine, tracts, papillons, constituent la face visible de ce foisonnement.

GUY MOQUET
Au moment où Guy Môquet est arrêté, le Parti communiste commence à sortir de son enfermement dans le schéma de la « guerre impérialiste des deux côtés » imposé par Moscou après le pacte germano-soviétique, et dont la plupart des militants restés fidèles n’ont pas connu les dérives qu’il a engendrées. La Résistance communiste s’affirme avec la dénonciation des « traîtres de Vichy », la revendication de l’indépendance nationale, une tonalité de plus en plus antiallemande de la presse clandestine.
Les efforts portent sur la reprise de contact avec la population laborieuse : les comités populaires sont la base essentielle de sa reconquête, notamment dans les usines. De même, dès l’été 1940, la MOI est relancée par la direction communiste. En mai 1941, le Front national de lutte pour l’indépendance de la France constitue un pas décisif vers le retour à une stratégie de style Front populaire.
À cette renaissance, des militants de toutes générations se dévouent corps et âme, animés par leurs idéaux de solidarité, d’internationalisme, de construction d’un monde où chacun pourrait librement s’épanouir.
Tôt arrêté, jamais relâché en dépit d’une libération le 24 janvier 1941, qui reste théorique car, comme bien des victimes de Vichy, il est immédiatement l’objet d’un internement administratif, Guy Môquet est de ceux-là.

Avec l’invasion de l’URSS en juin 1941, le PCF passe à la lutte armée, mais ne revendique pas les premiers attentats contre les militaires.
Les massacres d’otages qui suivent - Pucheu, ministre de l’Intérieur, orienta leur choix par l’occupant vers des communistes tout en négociant leur nombre - provoquèrent des réactions indignées dans l’opinion, mais dans le même temps cette première forme de la lutte armée créa un malaise jusque dans les rangs communistes, étant donné le prix payé.

Évoquer Guy Môquet demande que l’on ne perde pas de vue le contexte de son martyre et tout particulièrement l’écrasante responsabilité de la politique répressive de la France de Vichy.

Par Roger Bourderon, historien (1)

(1) Dernier ouvrage publié : Rol-Tanguy, éditions Tallandier, préface de Christine Levisse-Touzé, 2004










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