miroirs-Le Douanier Roussau
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Henri Julien Félix Rousseau dit le Douanier Rousseau, né le 21 mai 1844 à Laval et mort le 2 septembre 1910 à Paris, est un peintre français.
Ami de l'écrivain Alfred Jarry, il entre, après la guerre de 1870, à l'Octroi de Paris, comme commis de deuxième classe.
Il obtient une carte de copiste au musée du Louvre, ce qui lui permet de se familiariser avec les chefs-d'œuvre.

Son entrée dans la vie artistique est relativement tardive, et c'est seulement en 1886 que sa renommée s'accroît lors de la participation au Salon des Indépendants.

Pour peindre, il s'évertue à reproduire ce qu'il voit et essaie de faire coïncider ce qu'il voit avec ce qu'il sait des faits. L'exotisme abonde dans son œuvre, mais il est imaginaire et stylisé, issu du Jardin des Plantes ou des revues illustrées de l'époque ou encore des revues de botanique.

Grand solitaire, il jouit cependant de la protection et de l'admiration des milieux artistiques d'avant-garde. Coloriste original, avec un style sommaire mais précis, il a influencé la peinture naïve.
Le 2 septembre 1910, il meurt de la gangrène à l'hôpital Necker à Paris.
Il écrit une pièce de théâtre " La vengeance d'une orpheline russe " en 1898.


Peintre français (1844-1910).
Picasso, Matisse l'admiraient. De Picasso, le douanier Rousseau disait: "Nous sommes les deux plus grands peintres de ce siècle, Picasso dans le style égyptien, et moi dans le style réaliste".
L'anecdote en dit beaucoup sur celui qui figure le parfait artiste naïf, ce qu'il n'avait jamais voulu être.

Son rêve, c'était les grands machins qu'on apprenait à faire dans les ateliers des académiciens.
Celui qui a peint avec une telle passion la forêt tropicale ne s'est jamais éloigné bien loin de Paris : c'est aux Jardins des Plantes qu'il voyageait en imagination. Le cas est unique à ce stade de l'histoire qu'un artiste "amateur" accède à une telle célébrité.

Il taille une place dans les anthologies d'histoires de l'art à l'art naïf, dans lequel le rêve, la fantaisie, le souvenir dictent leurs oeuvres à des artistes peu soucieux de technique, aucunement inhibés par la formation académique ou une conception doctrinaire de l'art. L'oeuvre du Douanier devait séduire les grands artistes du XXe siècle, par la richesse de la couleur qu'il ose pure, la liberté enfantine qu'il prend avec la vraisemblance et qui ouvre grand l'espace de la toile au rêve, à l'introspection, à l'inconscient.
LE VOYAGE DE L'IMAGINAIRE

A côté de ses portraits, Pierre Loti, Brummer ou Apollinaire et Marie Laurencin, ou de bouquets plus ou moins exécutés sur commande, Rousseau, qui n'avait jamais voyagé, composait des paysages qu'il imaginait de toutes pièces.

Il s'était créé un monde merveilleux, où il avait fini par croire qu'il était allé, à force d'avoir considéré des images empruntées aux dictionnaires, aux catalogues, aux livres de botanique et aux chromos.
Un artiste brésilien, qui avait exploré l'Amazone, me rapportait un jour que la forêt est là-bas si épaisse qu'elle semble dépourvue de profondeur et comme peinte par aplats sur une toile.
C'est ce que le Douanier réalisa dans l'évocation de ses extraordinaires paysages exotiques. La perspective chez Rousseau, si maladroite lut-elle, prit une figure toute nouvelle, encore qu'il eut toujours la prétention de l'observer aussi rigoureusement qu'un peintre de la Renaissance.
Mais le phénomène de vraisemblance invraisemblable qui jouait dans ses propos intervenait ici. Et c'est une perspective étrangement neuve qu'il découvrit sans s'en douter. Ce ne sont d'ailleurs pas seulement des qualités de cet ordre qui séduisirent son enthousiasme.

Le Douanier Rousseau incarna encore ce besoin de peindre qui apparaît chez l'homme dès l'enfance, et c'est pourquoi, entre autres raisons, son œuvre peut se situer au-dessus de tous les temps.


Le rêve et la fausse innocence

Peinture . Cinquante toiles du Douanier Rousseau exposées à Paris. On a ri souvent devant son oeuvre, mais les plus grands, tels Picasso et Apollinaire, ne s'y sont pas trompés et l'ont admirée.

Il ne faut pas confondre le Douanier Rousseau et le Facteur Cheval. Ce n'est pas le même métier.
Mais surtout, si les tenants de l'art brut, naïf, des fous et des autodidactes ont pu les confondre dans une même apologie de l'innocence créatrice, c'est au prix d'une singulière illusion d'optique. Quand bien même elle fut encensée par André Breton et d'autres, l'oeuvre du Facteur, son Palais idéal de Hauterives, dans la Drôme, bâti avec les pierres ramassées au cours de ses tournées, n'est certes pas sans imagination, mais elle est aussi obsessionnelle et répétitive, parfois jusqu'au malaise.

" plus stupéfiant d'année en année "
Ce n'est en rien le cas de l'oeuvre d'Henri Rousseau dont on se dit désormais qu'elle a été en partie occultée par cette étiquette de naïveté qui lui a été accolée. Pas par tous.

L'un des premiers à percevoir le génie singulier du Douanier, ainsi surnommé parce qu'il était employé de l'octroi de Paris, n'était pas un peintre mineur, c'était Félix Valloton qui, en découvrant à Paris la première Jungle de Rousseau, en 1891, qui représentait un tigre, écrivait ceci dans la Gazette de Lausanne : " M. Rousseau devient plus stupéfiant d'année en année, mais il s'impose et en tout cas se taille une jolie réclame (...).
C'est de plus un terrible voisin, il écrase tout.
Son tigre surprenant une proie est à voir, c'est l'alpha et l'oméga de la peinture (...).

Tout le monde ne rit pas, du reste, et certains qui auraient envie de rire s'arrêtent bientôt. " En 1908, Rousseau a déjà soixante-quatre ans, Picasso est encore un homme jeune, celui-là même qui vient de terminer les Demoiselles d'Avignon.

En découvrant chez un brocanteur de Montmartre le Portrait de femme de Rousseau, peint en 1895, il l'achète aussitôt et le gardera toujours. Cette même année, Picasso, encore, et Apollinaire organisent un banquet en l'honneur d'Henri Rousseau, lequel est aussi l'ami d'Alfred Jarry. Cet innocent aurait eu pour amis et admirateurs les inventeurs de l'art du XXIe siècle.
En fait, ceux qui rient devant sa peinture sont les incultes et les fats. Les plus grands, eux, ne s'y trompent pas. Jarry écrira deux articles sur la Guerre, ce stupéfiant tableau de 1894. Valloton avait raison. Celui-là aussi écrase tout. Personne à cette époque, absolument personne, ne peint comme cela et n'approche cette violence, cette liberté de la représentation, cet emploi stupéfiant des couleurs, cette puissance - expressive avec la chevauchée fantastique de ce coursier d'apocalypse.

il a traversé le miroir
Que peint exactement Henri Rousseau ? Aussi bien, semble-t-il, les paysages urbains qu'il rapporte de ses périples dans Paris pour percevoir des taxes sur les marchandises, que des amoureux se promenant au clair de lune (Carnaval, en 1886), que les fauves et les jungles qu'il va découvrir au jardin des plantes, qui sera son unique voyage, ou bien dans les - revues illustrées de l'époque.

Il se peint aussi, en 1890 : Moi-même. Portrait paysage. Apparemment donc, il peint tout cela, mais ce n'est pas l'essentiel.

La vraie question, c'est comment il le peint. Étonnant cet autoportrait avec, dans le ciel, une montgolfière, la tour Eiffel en arrière-plan, un bateau amarré en bord de Seine arborant des pavillons de toutes les couleurs, tout cela sans aucun souci de réalisme.

Plus étonnants encore ces pieds de l'artiste qui ne touchent pas vraiment le sol, et ces petits personnages, au bord du quai, minuscules au regard de la stature du peintre.
Deux dimensions au moins dans un même tableau. Chagall ne s'en serait pas souvenu par hasard ? Étonnant ce titre donné à une jungle en 1906 représentant un groupe de singes regardant le spectateur : Joyeux Farceurs. Les jungles qui vont se multiplier dans son oeuvre à partir de 1904, avec les deux très grandes oeuvres que sont la Charmeuse de - serpents et le Rêve, n'ont pas grand-chose à voir avec des jungles réelles. Rousseau a traversé le miroir pour entrer dans un autre monde. - Apollinaire écrira en 1910, sur le Rêve : " Je crois que cette année personne n'osera rire... demandez aux peintres.
Tous sont unanimes. Ils - admirent. "

Galeries nationales du Grand Palais à Paris jusqu'au 19 juin. Catalogue édité par la Réunion des musées nationaux. 39 euros.
Maurice Ulrich, l'Humanité, mars 2006



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