Louis Antoine de Saint-Just (1767 - 1794)
Il porte sa tête comme un saint sacrement", écrivit un jour Camille Desmoulins à propos de Saint-Just, qui ne devait pas oublier ce mot irrévérencieux. Prud'hon et David nous ont laissé des portraits de l' Archange de la Terreur : tête jeune et charmante, dressée au-dessus d'un col à la volumineuse cravate, front lisse derrière lequel s'élaboraient de redoutables principes.

Né à Decize ( Bourbonnais), le 25 août 1767, fils d'un officier de cavalerie établi à Blérancourt, il fit de bonnes études chez les Oratoriens de Soissons puis étudia le droit à Reims et revint écrire à Blérancourt.
Il publia un poème léger, Organt en mai 1789, jugé alors obscène et qui lui vaut des poursuites judiciaires.
La révolution survenue, Lieutenant-colonel de la Garde nationale, il assista à Paris à la fête de la Fédération (14 Juillet 1790). Il publia
L'esprit de la Révolution et de la Constitution de France, en 1791.
Député de l'Aisne à la Convention, il siège avec la Montagne. Il se lia avec Robespierre et fit sensation lors de son premier discours aux Jacobins.
Sa première grande intervention à l'Assemblée a lieu en novembre 1792, à propos du sort du roi. Avec un calme glacé, il demande une exécution immédiate, sans jugement, à l'exemple de Brutus poignardant César. Ses formules frappent l'auditoire : " On ne peut régner innocemment", " Tout roi est un rebelle ou un usurpateur".
S'inspirant d'un idéal antique, il préconise une république égalitaire et vertueuse. Il contribue à l'élaboration de la Constitution de l'An I, qui ne sera jamais appliquée.
Le fervent révolutionnaire a trouvé en Robespierre son maître et son idole.
Il est envoyé à plusieurs reprises comme représentant aux armées, où il galvanise les énergies, tout en ordonnant d'impitoyables exécutions.
En mars 1793, il partit dans l'Aisne et les Ardennes surveiller le recrutement de 300 000 hommes. Le 30 mai 1793, il entra comme adjoint au Salut Public. La victoire de Fleurus illustra son activité le 26 juin 1794.
Ce jeune homme au doux regard joue un rôle d'ange exterminateur. " Pour fonder la république qu'il avait rêvée, il aurait donné sa tête mais aussi cent mille autres têtes avec la sienne" , écrira son collègue Levasseur.
Saint Just, dans ses écrits et sa pratique du pouvoir, a jeté les fondements théoriques du gouvernement révolutionnaire contre les ennemis du peuple et de la formation d'hommes nouveaux : "Quand tous les hommes seront libres, ils seront égaux ; quand ils seront égaux, ils seront justes".
Sûr de sa vérité, Saint-Just se montre le théoricien implacable du gouvernement révolutionnaire. Il traque tous les ennemis de son idéal, abattant successivement girondins, hébertistes, dantonistes.
Il fait voter les décrets de ventôse, par lesquels les biens des suspects doivent être distribués aux indigents. A la fois réaliste et chimérique, il rédige des
Fragments sur les institutions républicaines où il expose sa curieuse conception de la cité future, cité idéale et utopique.
Bien que s'étant un peu écarté de Robespierre les derniers mois de son existence, il lui demeure fidèle jusqu'à la mort - une mort qu'il n'a jamais crainte. Il ne cherche point à se défendre le 9 Thermidor et monte avec ses amis sur l'échafaud le 28 juillet 1794.