Ce sont les sans-culottes qui prennent la Bastille, participent à la chute des Tuileries et chantent la Marseillaise. 
Un texte anonyme d'avril-mai 1793 se demandait : "Mais qu'est-ce qu'un sans-culotte ?" et répondait : "C'est un Etre qui va toujours à pied, qui n'a point de millions, comme vous voudriez tous en avoir, point de châteaux, point de Valets pour le servir, et qui loge tout simplement avec sa femme et ses enfants. S'il en a, au quatrième et cinquième étége - il est utile, car il sait labourer un champ, forger, scier, limer, couvrir un toit, faire des souliers et verser jusqu'à la dernière goutte de Son sang pour le Salut de la République".
À partir de 1791 surtout, lorsque la fuite à Varennes (20-26 juin) puis le massacre du Champ-de-Mars (17 juillet) eurent clairement montré qu'une partie des élites avait rejoint le camp de la réaction en couvrant la trahison du roi et en faisant mitrailler le peuple, les militants des sections parisiennes firent de leur costume un manifeste politique contre le régime de monarchie constitutionnelle censitaire.
Après 1792, les sans-culottes arborent la veste courte à gros boutons : la carmagnole.
Le théâtre révolutionnaire (Sylvain Maréchal, Le Jugement dernier des rois) fit du sans-culotte le symbole de la justice naturelle.
Le sans-culotte trouvait en effet l'une des sources de son efficacité politique dans la fascination rousseauiste de nombre d'hommes des Lumières pour le travail manuel.
Lecteurs de l'
Encyclopédie, débiteurs vis-à-vis des sans-culottes qui avaient fait la Révolution à Paris, sauvant ainsi l'Assemblée nationale constituante, les chefs politiques de la Révolution marquèrent leur attachement jusqu'à la chute de Robespierre : ainsi fut imposé durant la Terreur, le tutoiement démocratique remplaçant le servile vouvoiement.
Quelques journalistes surent admirablement coller à ce peuple combattant et révolutionnaire : Jean-Paul Marat et son Ami du peuple, dans un tout autre registre, Jacques-René Hébert et son Père Duchesne (musique de fond) mais aussi Jacques Roux et son groupe les Enragés.
Ils en furent longtemps les porte-parole, plus que les guides, incontestés. Les sans-culottes se rassemblaient, d'une part, dans les assemblées des sections et, d'autre part, dans les clubs. Les assemblées des sections, organismes de la vie de quartier institués dès 1790, n'accueillaient en principe que les citoyens actifs ; cependant, le rôle primordial joué par nombre d'ouvriers et petits artisans, ainsi que le fait qu'ils étaient restés armés depuis 1789, leur donna voix au chapitre. Les clubs surtout - club des Cordeliers, club de l'Évêché, Société fraternelle des deux sexes, Club helvétique - furent l'instrument dont les sans-culottes se servirent pour influencer la vie politique.
Le club de l'Évêché, issu des Cordeliers, joua un rôle important dans la préparation du 10 août, jour de la prise des Tuileries et de la chute du trône. À partir de septembre 1792, le club des Jacobins s'ouvrit aux citoyens les plus pauvres : il devint dès lors le plus important des lieux de réunion pour les sans-culottes.

Ceux-ci manifestaient leurs revendication par des pétitions des sections présentées aux assemblées (Législative, puis Convention) par des délégués ; il y eut ainsi une succession de pétitions réclamant l'arrestation des chefs girondins avant l'insurrection du 31 mai au 2 juin.
L'insurrection, la " journée ", était le second moyen d'action. La violence armée fut un recours fréquent du 10 août 1792 aux vaines émeutes de germinal et prairial an III.
Les émeutiers, appuyés par les canons de la garde nationale à laquelle ils appartenaient, venaient montrer leur force menaçante pour obtenir gain de cause. De leur détermination et de la capacité de résistance du pouvoir politique dépendait évidemment le succès de la tentative : réel le 10 août ou le 2 juin, il fut nul durant la période de la Convention thermidorienne.
Avec la mise en place, en 1792 et 1793, des comités de surveillance, les sans-culottes eurent un troisième moyen de pression sur le politique : la police et les tribunaux reçurent par milliers les dénonciations des traîtres et conspirateurs supposés. Pour l'efficacité de la Terreur, la surveillance révolutionnaire exercée par les sans-culottes était indispensable
. Celle-ci abolie par la Convention thermidorienne, vint le moment où les sans-culottes, privés du club des Jacobins, désarmés, fichés et suivis par une police remarquablement infiltrée, durent abandonner leur pouvoir de pression. La République ne serait plus ni sauvée ni dirigée par leur colère, mais par les militaires.
En 1794 avec la chute de
Robespierre, les sans-culottes perdent leurs pouvoirs et leur rôle politique et culturel.
LA TENUE DES SANS CULOTTES Ne portaient pas de culottes ceux qui portaient un pantalon, c'est-à-dire ceux qui travaillaient de leurs mains. Travailleur manuel, tapissier chez Réveillon ou typographe des Lumières, ouvrier du meuble ou artisan des Gobelins, le sans-culotte tira, à partir de l'événement révolutionnaire, fierté de son métier. Le renversement des valeurs traditionnelles se manifestait clairement par là : les privilégiés que leur naissance dispensait du travail, auxquels leur formation faisait mépriser l'ouvrage manuel, devinrent un objet de dérision constant.
Les sans-culottes s'opposent aux porteurs de culottes courtes et de bas de soie et répandent des usages démocratiques : ils se tutoient et s'appellent " citoyens ". Par la suite, les élus du tiers état arboreront des vêtements noirs avec bicornes, des vêtements austères qui trancheront avec les vêtements luxueux des élus des deux autres ordres de la noblesse et du clergé.
Le sans-culotte est d'abord reconnaissable à sa tenue : il porte un pantalon long, généralement en bure rayée, ce qui le différencie de l'aristocrate exécré arborant culotte courte et bas de soie. Il est chaussé de sabots, parfois remplis de paille. Coiffé du bonnet phrygien rouge (rappelant l'affranchissement des esclaves) avec cocarde tricolore, il tient en main, dans les occasions importantes, la fameuse pique, emblème du militant.
Après 1792, on le voit, à l'imitation des volontaires marseillais, endosser la carmagnole, veste courte à gros boutons. Les carmagnoles loqueteuses deviendront une marque de patriotisme révolutionnaire. Les sans-culottes répandent les usages démocratiques : ils se tutoient et s'appellent "citoyens". Renonçant aux vieux patronymes de leur baptême, ils ont adopté des noms glorieux de l'Antiquité : Brutus, Gracchus ou Mucius Scaevola. Ils gardent un culte pour Marat, assassiné par la " garce du Calvados". Le Père Duchesne , connu pour la verdeur de son style et la violence de ses propos, est leur feuille de prédilection. Dans le calendrier républicain, les cinq jours complémentaires furent dénommés sans-culottides jusqu'en 1795.
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