miroirs-Rembrandt van Rijn
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Rembrandt van Rijn est né il y a quatre cents ans, en 1606.
Chacun connaît sa fameuse " Ronde de nuit ", qui ne doit en fait son nom qu'à l'encrassement du tableau par la suie d'une cheminée toute proche.Mais ses œuvres sont infiniment nombreuses et complexes. Réputé portraitiste de talent, il a souvent révélé à travers ses sujets la fragilité de la nature humaine et la compassion qu'elle lui inspirait.

Rembrandt Harmenszoon van Rijn, habituellement désigné sous le nom de Rembrandt
(15 juillet, 1606 - 4 octobre, 1669)
Peintre hollandais (1606-1669). Maître de la lumière, dessinateur et graveur incomparable, il est sans doute le plus grand peintre de l'âme humaine. Son extraordinaire série d'autoportraits constitue un ensemble unique dans l'histoire de la peinture et nous a rendu familier ce génie dont l'existence et la pensée nous sont peu connues en dehors des grands drames qui ont jalonné sa carrière.

Il est généralement considéré comme l'un des plus grands peintres de l'histoire de l'art baroque européen, et le plus important des peintres néerlandais du XVIIe siècle.
Rembrandt a également réalisé des gravures et des dessins. Il a vécu pendant une période que les historiens appellent le siècle d'or néerlandais (approximativement le XVIIe siècle), durant laquelle culture, science, commerce et influence politique de la puissante Hollande ont atteint leur apogée.

Rembrandt a produit environ 600 peintures, 300 gravures et 2000 dessins. Son goût pour les autoportraits (il en a réalisé une centaine tout au long de sa carrière) nous permet de suivre son évolution personnelle, tant physique qu'émotionnelle. Le peintre se représente sans concession, avec ses défauts et ses rides.

Une des caractéristiques majeures de son œuvre est l'utilisation de la lumière et de l'obscurité (technique du clair-obscur), qui attire le regard par le jeu de contrastes appuyés. Les scènes qu'il peint sont intenses et vivantes, dépourvues du formalisme que l'on pouvait rencontrer chez certains de ses contemporains. Ce n'est pas un peintre de la beauté ou de la richesse, il sait montrer la compassion et l'humanité, qui ressortent dans l'expression de ses personnages, qui sont parfois pauvres et âgés. Ses thèmes de prédilection sont le portrait (et les autoportraits) ainsi que les peintures bibliques.
Il a fait peu de paysages (cela est moins vrai pour l'œuvre gravé) ou de thèmes mythologiques.

Sa famille proche - Saskia, sa première femme, son fils Titus et sa deuxième femme Hendrickje - apparaissent régulièrement dans ses peintures, dont l'inspiration est le plus souvent mythologique, biblique ou historique. Rembrandt aime aussi représenter des scènes de la vie quotidienne, des groupes sociaux.

SA VIE
Un certain Harmen Gerritz possédait un moulin sur une petite colline de la périphérie de Leyde. Il faisait ajouter à son nom celui de "van Rijn", car c'est ainsi qu'était appelé le fleuve au bord duquel il vivait.
Tout près de son moulin, dans une pauvre maison où habitait avec sa femme - Neeltgen Van Zuybrouck, fille d'un modeste boulanger - naquit le cinquième de leurs six enfants, un garçon qui reçut à son baptême le prénom de rembrandt.
C'était le 15 juillet 1605.
Dès sa prime enfance, le petit garçon montre sans doute une intelligence peu commune ; tandis que tous ses frères sont orientés vers des métiers manuels, ses parents le poussent, vers les études.
Pendant six ans, en effet Rembrandt reçoit une exellente formation humaniste puis il s'inscrit le 20 mai 1620, à la célèbre université de sa ville natale.
En 1621, il décide de se consacrer entièrement à la peinture et prend des leçons avec un artiste local, Jacob van Swanenburgh. Après une petite période d'apprentissage à Amsterdam, il ouvre un atelier à Leyde qu'il partage avec son ami et collègue Jan Lievens, qui l'initie probablement à la gravure. En 1627, Rembrandt commence lui-même à enseigner à d'autres étudiants, dont Gerard Dou qui entre dans son atelier en 1628.
En 1631, il a acquis une solide réputation, ce qui lui vaut plusieurs commandes de portraits en provenance d'Amsterdam où il s'installe. La même année, il réalise un portrait du roi Charles Ier. Il s'installe chez un marchand d'art d'Amsterdam Hendrick van Uylenburgh et finit par épouser le 22 juin 1634, sa riche nièce Saskia van Uylenburg. Elle l'introduira dans les cercles de la haute société et favorisera sa réputation. Rembrandt a réalisé plusieurs portraits de sa femme vers 1633 (National Gallery of Art de Washington D.C) et 1634 (musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg)

En 1639, Rembrandt et Saskia déménagent pour habiter une maison cossue de Jodenbreestraat dans le quartier juif, qui deviendra le Musée de la maison de Rembrandt. Trois de leurs enfants meurent peu après la naissance. Le quatrième, Titus, naît en 1641 et atteindra l'âge adulte. Saskia meurt de la tuberculose en 1642 à l'âge de 30 ans. Rembrandt partage ensuite sa vie avec Geertje Dircx, jeune veuve sans enfant, entre 1643 et 1649.
Cette dernière est enfermée dans un asile d'aliénés. Il doit alors affronter un certain nombre de difficultés.

En 1645, Hendrickje Stoffels, qui était auparavant la servante de Rembrandt, devient sa concubine. En 1654 ils ont une fille, Cornelia, ce qui leur vaut un blâme de l'Église qui leur reproche de " vivre dans le péché ".
Rembrandt vivant au-dessus de ses moyens, achetant des pièces d'art, des costumes dont il se sert souvent dans ses peintures, il n'arrive plus à honorer ses dettes en 1656. Il doit alors vendre sa maison et se contenter d'un logis plus modeste sur Rozengracht. Hendrickje et Titus y installent une boutique d'art pour faire vivre la famille, car la renommée de Rembrandt chute et les commandes ne suivent plus. Il survit pourtant à Hendrickje (décédée en 1663) et Titus, mort en 1668. Seule sa fille Cornelia est à ses côtés quand il meurt le 4 Octobre 1669. Pauvre, il est inhumé dans l'église de Wesker.

Son premier maître, Jacob van Swanenburgh, lui apprend la technique de gravure à l'eau-forte.
Rembrandt a été l'élève de Pieter Lastman pendant six mois à Amsterdam. Lastman était un peintre de scènes bibliques, mythologiques et historiques. On considère qu'il a beaucoup influencé l'œuvre de Rembrandt, en lui donnant un sens de la composition et en lui montrant les sources d'inspiration que pouvaient être l'histoire et la religion.
Lastman avait lui-même étudié en Italie au début du siècle et apporta sans doute à Rembrandt des techniques de ce pays, comme l'apport de cire d'abeille dans la peinture à l'huile pour y ajouter du relief et de la luminosité.

1606 : le 15 juillet, naissance de Rembrandt Harmenszoon van Rijn, à Leyde ; il est le fils de Harmen Gerritszoon, meunier sur le Rhin.

1625 : travaille six mois chez le peintre Pieter Lastman à Amsterdam, puis rentre à Leyde, où il travaille avec Jan Lievens.

1631 : à l'automne, Rembrandt s'installe à Amsterdam, chez le peintre et marchand de tableaux Hendrick van Uylenburgh.

1634 : le 10 juillet 1634, Rembrandt épouse Saskia van Uylenburgh, qui donne naissance à trois enfants, morts en bas âge.

1639 : achète une grande maison dans la Sint Anthoniebreestraat à Amsterdam (rue des Juifs, pour 13.000 florins).

1641 : Saskia donne le jour à Titus, le fils de Rembrandt, baptisé le 22 septembre 1642.

1642 : Saskia meurt de phtisie, à l'âge de 30 ans.

1643-1649 : vit avec Geertje Dircx, jeune veuve sans enfants. A partir de 1646, Les difficultés financières de Rembrandt deviennent de plus en plus graves. Hendrickje Stoffels entre au service de Rembrandt : elle élève Titus et Rembrandt en fait sa maîtresse.

1649 : Rembrandt fait enfermer Geertje Dircx à l'asile d'aliénés. Il vit avec Hendrickje Stoffels.

1654 : Hendrickje Stoffels donne naissance à Cornelia. Rembrandt participe comme fournisseur au commerce d'objets d'art ouvert par Hendrickje Stoffels.

1656 : Rembrandt est mis en faillite, à cause de ses dettes : son importante collection d'oeuvres d'art et sa maison sont mises aux enchères. Rembrandt voit son carnet de commandes s'amenuiser.

1657 : Rembrandt est mis en tutelle par Hendrickje Stoffels et son fils Titus. Rembrandt a des démêlés avec le consistoire pour ses relations avec Hendrickje Stoffels. 1662 : décès de Hendrickje Stoffels.

1664 : Rembrandt s'installe au Rosengracht, puis au Lauriergracht.

1667 : Le grand duc Cosimo III de Toscane rend visite à Rembrandt.

1668 : mort de Titus.






La Hollande avant tout

L'Italie est à la mode, l'art s'en inspire. Mais Rembrandt n'en a cure. Il est hollandais, et sa peinture le sera très vite, s'affranchissant des canons esthétiques habituels. Il n'entreprend pas de lointains voyages d'étude : les paysages qu'il reproduit sont ceux de son pays. Lorsqu'il réalise des portraits ou croquis d'hommes et femmes saisis dans la rue, là aussi sa rupture avec les modes est rapide et manifeste.

Le souci des plus modestes
Près du moulin de son père, à Leyden, il y a, comme à Amsterdam où il s'installe, des journaliers bien misérables, des mendiants, des vagabonds. Rembrandt les choisit souvent comme modèles. Non pas pour faire rire de leur misère, ni pour la transcender de façon symbolique. Il témoigne, tout simplement, d'une réalité que les autres peintres préfèrent oublier. L'opulence est à la mode dans un siècle où s'accroît la prospérité générale.
Ce souci des plus modestes n'est pas non plus dû à des difficultés passagères qui ont été largement exagérées (il n'a pas fini dans la pauvreté, mais encore riche et estimé). Dès ses débuts de peintre, il montre les gueux dans toute leur réalité, avec leurs haillons, leurs moignons, leurs béquilles, leurs mains tendues…
Même le Christ, peint en gloire dans ses premiers tableaux, prend progressivement dans son œuvre l'apparence d'un adolescent misérable, reflètant ainsi l'infinie fragilité de la nature humaine qu'il est venu sauver.

La conscience d'une mort toujours présente
La fragilité de l'homme évoque aussi une mort toujours présente. Lorsque Rembrandt débute à Amsterdam, son apprentissage de peintre est interrompu par l'arrivée de la peste dans la ville : on immerge les cadavres dans les canaux, on les brûle sur les places… Le jeune artiste doit fuir chez ses parents à Leyden jusqu'à ce que l'épidémie s'éteigne.
Est-ce pour cela qu'il n'hésite pas à montrer dans ses croquis toute la fragilité de la chair ? Un critique des années 1680 écrit : " Lorsqu'il devait peindre une femme nue, Rembrandt ne choisissait pas pour modèle la Vénus grecque, mais une blanchisseuse ou une grosse ouvrière dans une grange.
Oui, des seins flasques, les plis du corsage autour des reins et ceux des jarretières autour des jambes […] par son impuissance à égaler Michel-Ange ". En fait, le talent était là, mais en même temps qu'un refus aussi bien de l'embellissement érotique de la chair que de sa divinisation majestueuse. Il faudra deux siècles avant que d'autres artistes osent à nouveau montrer comme lui la chair dans toute sa réalité fragile. Une absence de grâce qui, pour Rembrandt, s'apparente à de la tendresse pour la condition humaine.
Lorsqu'il se marie, ses enfants meurent tous au berceau, sauf un. Son épouse disparaît à trente ans. Celle qui devient ensuite sa compagne à trente-six ans. Son seul fils décède à vingt-sept ans, sa bru à vingt-huit… Il finit sa vie seul. C'est à ce moment-là qu'il peint son fameux dessin du " squelette d'un homme monté sur un squelette de cheval ". Tout est dit. Max-Pol Fouchet écrira que " Rembrandt porte en lui un cimetière ".

Texte : Marie-Odile Mergnac


OEUVRES

Autoportraits
Portrait de l'artiste à la toque et à la chaîne d'or, 1633 (Louvre, Paris)
Portrait de l'artiste tête nue, 1633 (Louvre, Paris)
Portrait à la toque sur fond d'architecture, 1640 (Louvre, Paris)
Grand autoportrait, 1652 (Kunsthistorisches, Vienne)
Autoportrait, 1660 (Metropolitan Museum, New York)
Portrait de l'artiste au chevalet, 1660 (Louvre, Paris)

Portraits individuels
Le Vieil homme à la chaîne d'or, vers 1631 (Art Institute, Chicago)
Le Noble slave (portrait d'homme en costume oriental), 1632 (Metropolitan Museum, New York)
Flore, 1634 (Hermitage, St-Pétersbourg)
Flore, vers 1650 (Metropolitan Museum, New York)
Hendrickje Stoffels au bérêt de velours, vers 1654 (Louvre, Paris)Titus lisant, 1656-1657 (Kunsthistorisches, Vienne)
Aristote contemplant le buste d'Homère, 1653 (Metropolitan Museum, New York).
Floris Sloop (le Porte-étendard), 1654 (Metropolitan Museum, New York)
Femme à l'oeillet, vers 1660 (Metropolitan Museum, New York)
Portrait d'un homme à la loupe, vers 1660 (Metropolitan Museum, New York)

Portraits de groupes
La leçon d'anatomie du Dr Tulp, 1632 (Maurithuis, La Haye > image sur Web Gallery of Art)
La ministre mennonite Corlelis. Claez en conversation avec sa femme, 1641
La Ronde de nuit, 1642 (Rijksmuseum, Amsterdam > image sur Web Gallery of Art)
La Conspiration des batailles sous Julius Civilis, 1661 (Musée Royal des beaux-arts, Suède)
Le Syndic de la guilde des drapiers, 1662 (Rijksmuseum, Amsterdam > image sur Web Gallery of Art)

Scènes bibliques
Descente de croix, 1634 (Hermitage, St-Pétersbourg)
Le Sacrifice d'Isaac, 1635 (Hermitage, St-Pétersbourg)
Danaë, 1636 (Hermitage, St-Pétersbourg)
L'Adoration des mages, 1642, (Hermitage, St-Pétersbourg)
David et Jonathan, 142 (Hermitage, St-Pétersbourg)
La Toilette de Bethsabée, 1643 (Metropolitan Museum, New York)
La Sainte Famille, 1645 (Hermitage, St-Pétersbourg)
Le Souper d'Emmaüs, 1648 (Louvre, Paris)
Haman reconnaissant son destin, vers1665 (Hermitage, St-Pétersbourg)
Bethsabée au bain tenant la lettre de David, 1654 (Louvre, Paris)
Le Retour de l'enfant prodige, vers 1668 (Hermitage, St-Pétersbourg)

Études
Le boeuf écorché, 1655 (Louvre, Paris)





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