Climat. Plus chaud, plus souvent, plus longtemps
Ne vous fiez pas à la couleur du ciel ou aux basses températures de votre mois d’août... La canicule de l’été 2003 ne sera pas la dernière. C’est en tout cas le constat dressé par deux rapports publiés récemment. Qui mettent l’accent, pour la première fois, sur la vulnérabilité particulière de l’Europe et de l’Amérique du Nord à ces changements climatiques.
Malgré un été maussade, deux études récentes l’affirment : ça va chauffer !
S’ils n’ont que peu servi cet été, tout du moins pas autant que beaucoup nous le promettaient après la canicule de 2003, les brumisateurs et autres ventilateurs devraient bientôt devenir des produits de grande consommation indispensables aux Français. En effet, à en croire les chercheurs américains du National Center for Atmospheric Research, Gerald Meehl et Claudia Tebaldi, l’Europe et l’Amérique du Nord devront faire face, dans les cent ans à venir, à des vagues de chaleur plus intenses, plus fréquentes et plus longues. De sombres prévisions obtenues à partir d’une simulation sur les villes de Chicago et Paris, deux régions qui ont été touchées récemment par d’importantes vagues de chaleur (1995 pour Chicago, 2003 pour Paris). Cette fréquence accrue est sans surprise à mettre à l’actif de l’augmentation des émissions des gaz à effet de serre qui devraient aboutir à une hausse de 31 % du nombre moyen de vagues de chaleur d’ici la fin du siècle à Paris et de 25 % à Chicago. Aujourd’hui, la durée moyenne des canicules est de 8,33 à 12,69 jours à Paris et de 5,39 à 8,85 jours à Chicago. À l’avenir, les vagues de chaleur pourraient durer plus de deux semaines à Paris (17 jours) et près de dix jours à Chicago (9,24 jours).
Des alertes régulières
Plus largement, la simulation indique que les zones déjà exposées, comme le sud et le centre des États-Unis ou la région méditerranéenne, subiront des canicules plus sévères encore, tandis que des zones jusqu’ici relativement épargnées, comme le nord-ouest des États-Unis ou l’Allemagne et les Balkans, y seront davantage confrontées. Les deux chercheurs s’inquiètent des " effets sérieux " que ces vagues de chaleur occasionneraient dans " ces régions qui ne sont pas actuellement bien adaptées pour [les] affronter ". Cette simulation repose sur le scénario d’une situation demeurée inchangée, sans aucune intervention politique au XXIe siècle pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.
Depuis la création du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 1988, les gouvernements ont régulièrement été alertés. Les rapports se suivent et se ressemblent : tous confirment la thèse du réchauffement climatique. En juillet 2001, une équipe de chercheurs américains publie, déjà dans le magazine Science, les résultats de leur étude : la probabilité du réchauffement climatique est de 90 %. Plus les recherches avancent, plus elles se précisent et plus les résultats inquiètent. En 1995, le second rapport du GIEC prévoyait une augmentation du réchauffement moyen de 1 à 3,5 degrés à l’horizon 2100. Six ans plus tard, l’augmentation probable est estimée entre 1,4 et 5,8 degrés. Pire, en moins d’une décennie, trois années ont successivement été déclarées comme les plus chaudes jamais enregistrées (1998, 2002, 2003). Le rapport de l’Agence européenne de l’environnement paru il y a tout juste une semaine s’inscrit dans la même lignée. À ceci près qu’il affirme qu’en l’absence de lutte contre l’effet de serre, l’augmentation de la température en Europe sera plus importante que dans le reste du monde avec une fourchette comprise entre 2 et 6,3 degrés. Le bouleversement est mois anodin qu’il n’y paraît : une variation de seulement 5 degrés a suffi, au cours de la période glaciaire, pour que l’Europe du Nord soit recouverte de glaciers de plusieurs kilomètres d’épaisseur...
Les États-Unis traîne les pieds
Pourtant, le protocole de Kyoto, qui prévoyait une réduction de 5,2 % des émissions en 2008-2012 par rapport au niveau de 1990, avant de se limiter, à partir de 2001, à une stabilisation des émissions au niveau de 1990, n’est toujours pas entré en vigueur.
La faute aux États-Unis qui n’a pas encore signé ni ratifié le protocole. Ce dernier pourrait pourtant, selon Philippe Quirion, président du Réseau action climat (RAC), " permettre une réelle baisse des émissions de gaz à effet de serre ". Les États-Unis (4 % de la population pour environ 25 % des émissions) ne semblent toujours pas disposés à réduire leur " train de vie " énergétique, et l’on sait combien le gouvernement Bush est lié au lobby pétrolier. Ainsi le groupe Esso, première compagnie pétrolière au monde, fut l’un des principaux donateurs (1,3 million de dollars, selon Greenpeace) de la campagne présidentielle de George W. Bush, en 2000. Tout juste élu, celui-ci annonça d’ailleurs son intention de désengager son pays du protocole de Kyoto... Pour l’année 2001, les États-Unis ont affiché une hausse de 3,1 % de leurs émissions de gaz à effet de serre, soit la plus forte progression annuelle depuis 1990. En Europe, les plans Climat sont dans l’ensemble décevant alors que contrairement à une idée répandue, le réchauffement climatique ne concernera pas uniquement les pays du Sud. À preuve, une étude britannico-norvégienne a démontré que le débit du Gulf Stream, responsable du climat tempéré dont jouit l’Europe, a diminué d’au moins 20 % depuis 1950. Paradoxalement, il ne s’agit peut-être pas d’une si mauvaise nouvelle : les pays du Nord pourraient accroître leurs efforts s’il est établi qu’ils pâtiront également du réchauffement climatique.
Quand la communauté scientifique s’était alarmée de l’appauvrissement de la couche d’ozone, une réaction rapide avait été prise, avec la signature, en 1987, du protocole de Montréal, amendé à de multiples reprises depuis. Il est vrai que si l’on excepte la menace pesant sur l’Antarctique, les pays de l’hémisphère Nord étaient les principaux concernés par ce problème...
Julien Haution
|