miroirs-la Pologne
Au premier mai prochain, 10 nouveaux pays vont rejoindre l’Union Européenne. Afin de mieux connaître nos nouveaux compatriotes, nous vous proposons au cours des semaines à venir une photographie instantanée de chaque nouvel adhérent.
Nous commencerons ce tour d’horizon par le plus important des nouveaux entrants tant par sa superficie que par sa population (40 millions d’habitants). La Pologne est en effet à elle seule un condensé des problèmes posés par l’élargissement de l’Union Européenne.

Superficie : 312685 km² - Population 38,7 Millions d’habitants - Capitale Varsovie (Warszawa) - Langue : Polonais - Pnb en milliard(s) de dollars : 154.16 Milliard(s) de dollars - Indice de Développement Humain (rang mondial) : 0,828 (38) - Religion : Catholiques 95% - Minorités : Allemands, Polonais orthodoxes, tziganes, juifs.

LA POLOGNE DANS L'EUROPE
Contrainte comme tous les postulants à financer elle même l’adoption des « acquis communautaires », en terme plus clairs cela signifie que les politiques qui se sont succédés à la tête du pays ont du faire le « sale boulot » Les budgets sociaux ont ainsi été rognés, seuls augmentent les dépenses liées aux achats d’armes occidentales compatibles OTAN, comme si le pays n’avait pas d’autres priorités budgétaires.

Il faut dire qu’en terme de partenariat internationaux, la Pologne n’avait guère de choix. Un rapprochement avec la Russie aurait été suicidaire politiquement, reste l’UE.
L’idée d’une Europe sans frontière ne déplaît pas aux Polonais qui n’ont pas attendu le 01 mai 2004 pour visiter ce qu’ils appelaient naguère l’autre Europe, reste aujourd’hui que, l’euphorie passée, de plus en plus de Polonais sont dubitatifs sur les bienfaits d’une intégration européenne qui tardent à se faire sentir..

L'OPINION
Traditionnellement isolationniste (seul pays papiste coincé entre protestantisme et orthodoxie), l’opinion publique polonaise retrouve après l’anti-soviétisme ses vieux phantasmes anti-allemands. Par populisme, les gouvernements successifs ont donc cherché et obtenu un rapprochement étroit avec les Etats Unis. Ce qui s’est traduit en 2003 par une coopération diplomatique et militaire avec l’administration Bush au sujet du conflit irakien.
Cette coopération américano-polonaise risque de faire de ce pays un véritable sous-marin US au sein de l’Europe. Déjà Bush a prévenu avec toute la délicatesse qu’on lui connaît que ce qui ne passera pas par la porte (entendez par Bruxelles) entrera par la fenêtre (Varsovie).

De l’isolationnisme à la xénophobie, le pas est ici vite franchi. Espace Schengen oblige, le verrouillage des frontières orientales était un préalable à l’adhésion. Concrètement, pour les ressortissants de l’ex URSS mais aussi de l’ex Comecon (Roumains, Bulgares et ex Yougoslaves notamment), l’accès en Pologne sera soumis à visa dès le 01 mai 2004. On assiste déjà à un éveil de la défiance envers les anciens pays frères. Lorsqu’on sait à quels sommets la dérive xénophobe peut grimper ici, il y a de quoi être inquiet.

LES RESTRUCTURATIONS
Les restructurations industrielles non encore achevées ont déjà fait de gros dégâts surtout dans les bassins miniers et sidérurgiques de Silésie. Malgré une forte opposition populaire traduite par des grèves conséquentes, la privatisation progresse au profit de groupes étrangers. Aujourd’hui, 77% des actifs bancaires sont aux mains d’investisseurs étrangers.

A terme et rien que dans le secteur de l’industrie lourde, ce sont 280000 emplois qui disparaîtront. Même si la paix sociale a été achetée à coups de préretraites, le chômage augmentera de façon encore plus brutale lorsque leurs effets s’estomperont.
L’agriculture fut longtemps le plus gros frein à l’adhésion de la Pologne. Là encore, l’UE s’est contentée d’imposer ses vues, les efforts seront à faire par les Polonais parmi les plus pauvres. L’Etat compensera ce qu’il peut. Et pourtant, 17% des polonais vivent de l’agriculture (à comparer aux 6% de français dans ce cas). L’agriculture polonaise se caractérise aussi par une forte proportion de paysans exerçant une autre activité (75%).
Selon les observateurs, seuls 20 à 30% d’agriculteurs survivront aux réformes. Il y a là un réel danger politique car bien plus que la religion, c’est la terre qui fait le ciment de l’appartenance national.

LES REVENUS
Social 1 Polonais sur trois au seuil de la misère avec 348 zlotys par mois (90€). Le salaire moyen n’est que de 170 €, 250 € pour un fonctionnaire. Sachant que le coût de la vie est proche de celui d’Europe occidentale (130 € un loyer HLM, 35€ le plein d’essence) les polonais consomment à crédit (au taux de 20%) et s’épuisent à rembourser. Longtemps frustrés de biens de consommation courante, la société de consommation a débarqué sans garde fous, brisant au passage les acquis sociaux (les commerces peuvent ouvrir 24h/24 et 7j/7).
Les assouplissements au droit du travail n’ont pourtant pas fait baisser le chômage qui reste au taux officiel de 13% mais dépasse 20% dans certaines régions.

REPUBLIQUE CATHOLIQUE
Après la République Populaire, la République Catholique.
Le durcissement du Vatican en matière de discipline religieuse a été très perceptible en Pologne. Tout au long des années 80, la charité envers les plus démunis s’est appliquée au prorata de la pratique et de la soumission religieuse. Pendant ce temps s’est installé un maillage serré de la population par le clergé. Ce qui fait dire cette boutade « En France, vous avez des catholiques non-pratiquants, en Pologne nous avons des pratiquants non-catholiques ».

La plus grande avenue de Varsovie qui portait le nom de Lénine jusqu’en 1989 porte désormais celui du pape Jean Paul II. C’est dans le domaine des droits de la femme, de la contraception et des différences sexuelles que le fondamentalisme catholique fait le plus de ravages. Afin de diminuer les charges de l’Etat, les premières dépenses de santé rognées l’ont été sur le remboursement des contraceptifs et des IVG.
Sait on que si 40% des Algériennes, 45% des Turques ont accès à un contraceptif moderne, seules 25% des Polonaises ont cette chance. Sous la pression de l’UE, l’homosexualité n’est plus un délit mais reste fortement marginalisée.

Pourtant, il est difficile en Pologne de prendre une position critique vis à vis de l’Eglise et encore moins à l’encontre du Pape. La majorité des Polonais, même parmi les plus éclairés, considèrent le fait religieux comme une part intégrante de la culture polonaise. Quant au souverain pontife, il fait figure ici de héros national.



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