le Niger
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· Population totale (estimée au 30-4-1999) : 9 798 000 habitants
· Population active (1995) : 4 372 000 habitants
· Population active rurale (1995) : 89,4 % de la population active
· Taux annuel moyen de croissance démographique (1990-99) : 3,45 %
· Espérance de vie moyenne (1989-94) : 46 ans

État de la zone sahélienne de l'Afrique occidentale, entre le Bénin et le Burkina au sud-ouest, le Malià l'ouest, l'Algérie et la Libye au nord, le Tchadà l'est et le Nigeria au sud. Indépendant depuis le 3 août 1960, le Niger est membre de la zone franc.

Le nouvel Indicateur du développement humain (IDH) du PNUD montre que 18 des pays les plus pauvres du monde, soit 460 millions d'habitants au total, ont régressé par rapport aux indicateurs de développement humain depuis 1990.
Au niveau mondial, la Norvège arrive en tête du classement de l'Indicateur 2005 alors que le Niger se classe au dernier rang.

Le territoire nigérien correspond à un très vaste plateau semi-désertique dont l'altitude moyenne ne dépasse guère 350 m d'altitude.
De type désertique et aride dans la moitié septentrionale, le climat du Niger devient progressivement plus arrosé dans sa moitié méridionale (en moyenne 350 mm de pluies au sud du 15e parallèle, et 750 mm à Niamey, la capitale).

Population et organisation de l'espace
Population La population nigérienne, très peu dense (8 hab. au km2), est surtout localisée au sud du 15e parallèle, le long d'une bande large d'environ 200 km, qui délimite le Niger " utile ".

La croissance démographique compte parmi les plus rapides du monde (3,4 % en 1998), ce qui constitue un véritable défi pour ce pays pauvre.

À part la religion musulmane, pratiquée par la majorité de la population, aucun lien ne semble unir, a priori, les chameliers touaregs du Nord (Berbères nomades) aux pasteurs transhumants peuls (appelés également Fulanis ou Foulbés ) du centre du pays, ou encore aux populations méridionales, de loin les plus nombreuses.

Le pays est sujet à des sécheresses cycliques, engendrant la disette et la pauvreté, d'où un courant de migrations de la main-d'œuvre en direction des régions plus méridionales, voire du Bénin.

Économie
Si l'agriculture fait vivre plus de 70 % de la population active en 1998, elle est affaiblie par de fréquentes irrégularités climatiques qui déciment partiellement le cheptel (300 000 chameaux, 6millions de caprins, 4 millions d'ovins,2 millions de bovins) et brûlent les cultures.

Le Niger n'est plus autosuffisant sur le plan alimentaire, et doit importer une part croissante de sa nourriture (le déficit céréalier dépasse 160 000 t. en 1998).
Les efforts des autorités visent donc à reconquérir cette autosuffisance, notamment par le recours accru à l'irrigation dans le cadre de la petite hydraulique villageoise (creusement de puits). Le corollaire en est la baisse de la production de la principale culture d'exportation, l'arachide (192 000 t à la fin des années 1960, seulement 100 000t en 1997), mais aussi l'accroissement des surfaces cultivées.

Si l'industrie manufacturière reste peu importante et destinée au seul marché intérieur, le Niger profite cependant de ses richesses minières abondantes, surtout l'uranium (3 400 t en 1998), qui a fait du pays un enjeu stratégique jusqu'à la chute des cours mondiaux à partir de 1983 et la révision à la baisse des programmes électronucléaires des pays industrialisés.

Les gisements d'uranium se localisent dans le massif de l'Aïr, à Arlit . Exploitéà ciel ouvert, cet uranium est ensuite acheminé par camions jusqu'au port de Cotonou , au Bénin .
Depuis 1995, le pays cherche à développer la production de l'or et à relancer l'exploitation des salines de la région d'Agadès.Privé de rentrées financières régulières et abondantes, le Niger reste très tributaire de l'aide internationale.

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REPORTAGE, LE NIGER EN DETRESSE

(adoua en haoussa), trois hommes, dont le plus âgé a 56 ans et le moins âgé est aveugle de naissance, tous originaires du village de Dodo Saïdo, visible à 400 mètres à l'ouest et situé à 34 kilomè-tres au Nord-Est de Dakoro sur la route de Belbeji, interrompent soudainement leur geste et se lèvent aussitôt comme un seul homme à l'instant même où le crissement des pneus du 4x4 du reportage, qui freine à leur hauteur, fait fuir deux minuscules cabris.
Malam Ousmane, 56 ans, cultivateur, manifestement plus instruit que les deux autres, explique pourquoi ce petit village de quelques centaines d'âmes, perdu au cœur d'une brousse désolée où les maisons en paillotes, communément appelées cases, sont plus nombreuses que celles en banco, a l'air abandonné et muet ce matin : "Il n'y a que des femmes ici. Les hommes sont partis en exode. Nous avons une grave pénurie alimentaire ici. La famine est là. Et c'est pourquoi les hommes sont partis ailleurs. Mais ils envoient quelque chose à leurs familles. Nous survivons tant bien que mal".

La famine est partout
La famine est en effet visible sur ces visages émaciés, à la fois innocents et pitoyables, visiblement marqués par les stigmates d'une existence en arcade, tout entière soumise aux lois de la fatalité. La famine est là. Partout. Dans le regard visiblement absent. Dans la voix. Dans l'ambiance grisâtre d'une journée ordinaire, comme celles qui se sont écoulées depuis la dernière pluie de l'hivernage pré-cédent et le passage des vagues de criquets pèlerins qui ont laissé désolation et tristesse dans tous les cœurs.

Zone de Tillabéri
Ce périple d'une semaine pour rendre compte d'une situation dramatique fortement banalisée par les autorités actuelles a commencé à l'Ouest du Niger, par la région de Tillabéri, deux jours auparavant.
Car Tillabéri fait partie des régions les plus déficitaires du pays. Lors de la campagne agricole passée, elle a fait face à deux situations difficiles : mauvaises pluviomé-trie et invasion accridienne. Selon Tahirou Issaka, 48 ans, taille moyenne le corps chétif et la tête coiffée d'une casquette, directeur régional du développement agricole de Tillabéri et coordonnateur du projet Recensement du Cheptel et de l'Agriculture pour cette région connaît une situation particulière.

"La production végétale est très affectée", dit-il. "L'élevage est l'agriculture sont particulièrement touchés". Selon un rapport du Système de Prévention et de Gestion des crises alimentaires, "les actions conjuguées de ces deux aléas ( insuffisance de la pluie et attaques parasitaires) " ont mis "la région dans une insécurité alimentaire pour les hommes et les animaux". Il ressort de ce rapport que la région de Tillabéri enregistre 841 villages déficitaires soit une population de 1.091.699 personnes exposées directement à la famine et dont les "besoins complémentaires" sont évalués, selon Issaka, à 215.925 tonnes.

Mais Issaka ne semble pas inquiet pour la région de Tillabéri. En dépit de la gravité de la situation, qu'il dépeint de façon très détaillée, il affirme péremptoirement : "pas de danger". "Les actions d'atténuation" de la crise (vente des céréales à prix modéré, banques alimentaires bé-tail, banques céréalières, …) et les cultures de contre saison "atténuent l'impact de la sécheresse", ajoute-t-il. Ce qui est loin du point de vue de Zakari Saïdou, directeur départemental du développement agricole de Ouallam, dépendant donc directement de Tahirou Issaka. "Dans la zone nord ( vers Mangaïzé), les gens fouillent les fourmilières à la recherche des grains de céréales et mangent les fruits du boscia senegalensis (anza)", affirme Zakari. Dans le canton de Tondikiwindi, 111 villages n'ont pas récolté et 5 autres n'ont même pas semé. Et sur 87 villages très déficitaires, 64 sont défici-taires à plus de 50%.

Evoquant l'opération "vente des céréales à prix modéré", Asmi Maïnassara, commerçant, habitant Ouallam, enfonce le clou : " cette opération n'est pas assez efficace, car nous n'avons eu droit qu'à 20 mesures (tiyas) de mil. Jusqu'ici personne n'a eu droit à un sac de mil. Et vous comprenez bien que 20 tiyas ne peuvent pas nourrir une famille pendant tout le temps que dure la soudure". Tillabéri est loin d'être un cas isolé. Le Nord et l'Est du Niger sont quasiment sinistrés.

Zone de Dakoro
Mises à part quelques poches au sud, tout le département de Dakoro est largement affecté par la pénurie alimentaire. Médecins sans frontières (MSF) y a identifié de graves cas de malnutrition infantile sévère.
Arrivés un jour férié (lundi 02 mai) dans cette bourgade située entre les zones pastorales et les zones agricoles, et qui reste donc une zone à vocation tout autant pastorale qu'agricole, nous n'avons pas pu rencontrer les responsables des services techniques des ressources animales et d'agriculture. D'où l'absence de données statistiques sur la famine pour tout le département de Dakoro. Mais le préfet Boucli Najim nous confirme que Dakoro est bel et bien affecté par la crise. A la question quelque peu abrupte et directe "où trouve-t-on des hommes et des animaux affamés ?", il répond quasi mécaniquement : "La famine commence juste à la sortie de la ville et s'étale vers l'Est, le Nord, l'Ouest et même le Sud. "

Mais concernant le sud, "il n'y a pas beaucoup de problèmes par rapport au Nord Dakaro", dira Maazou Gambo, chef du district agricole de Kornaka. Selon lui, les villages déficitaires se trouvent essentiellement à l'Est de Kornaka. Sur 119 villages, 67 sont déficitaires de 50 à 30%". En fait, la cité des Tambari Jackou a connu, de l'avis de Gambo, deux contraintes majeures "arrêt brusque des pluies et invasion des sauteriaux".
En 2004, la zone de Kornaka a enregistré moins de 214 mm contre 501 mm, en 2003. Ce qui est au-dessous de la moyenne normale, qui est de 300 à 350 mm. Toutefois, la situation de Kornaka ne s'est dégradée ajoute-t-il, que "depuis quelques temps, suite à l'arrivée des éleveurs Bororo (wadabé)". Cette arrivée, qui remonte à mars dernier, a induit une "forte pression sur la consommation des autochtones". La forte demande liée à l'arrivée des consommateurs supplémentaires a engendré une inflation vertigineuse du prix de la tiya de mil : 550Fcfa. Mais ce n'est pas tout.
Selon Gambo, il y a eu rétention de stocks de la part de commerçants de Kornaka, qui "préfèrent aller vendre leur mil sur les mar-chés d'Abalak et Tchintabaraden où ils font des gros bénéfices plutôt que de le vendre ici".
"Des cas de malnutrition infantile ont été observés dans certains coins de Kornaka par nos collègues de la santé". C'est que la "situation est difficile", affirme Gambo, faisant cas d'une consommation anormale du Gari (farine de manioc).

Aghali Abdelkader
M. Saley Dan Maza, agriculteur, chef de village de Tacha (Tanout)
"Nous n'avons ni à manger, ni à boire" Comment se présente la situation alimentaire dans votre village ?
M. Saley Dan Maza : La situation est plus grave que vous ne pouvez l'imaginer. Ici il n'y a plus rien à manger. Il n'y a pas d'eau. C'est fré-quent de passer toute une journée sans boire de l'eau. Pour trouver un seau d'eau, il faut aller jusqu'à Tanout et attendre 2 jours voire plus.
Nous avons fait le tour du village. Il n'y a que des vieillards, des femmes et des enfants. Où sont passés les bras valides ?
Ils sont tous partis. Certains dans les grands centres urbains, d'autres au Nigeria.

Pourquoi ?
Parce qu'il n'y a ni à manger, ni à boire. Il n' y a pas non plus de travail. Alors ils ont préféré partir. Là- bas, ils font des petits travaux. Avec l'argent que cela génère, ils achètent des vivres qu'ils envoient à leurs familles de temps à autre. C'est pourquoi vous avez remarqué que le village est déserté.

Est-ce que les autorités sont au courant de cette situation ?
Les autorités sont bel et bien au courant. Seulement elles préfèrent fermer les yeux là-dessus. Regardez autour de vous- même, les éle-veurs ont abandonné nos contrées parce qu'il n'y a ni eau ni pâturage. C'est la désolation totale.

Et dire que nous payons régulièrement l'impôt comme tout le monde. Nous avons plusieurs fois demandé qu'on nous fasse des puits ici, mais nos cris de détresse n'ont pas été entendus. Nous sommes là, impuissants à regarder nos enfants pleurer de faim et de soif à longueur de journée. Nos femmes sont malades , nos animaux meurent.


Propos recueillis par Gorel Harouna





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