miroirs-Karl Marx
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Philosophe et économiste allemand, théoricien du socialisme
(Trèves 1818 - Londres 1883).

Plus d’un siècle après sa mort, Karl Marx apparaît bien comme le premier théoricien du «socialisme scientifique» (même s’il n’est pas l’inventeur de cette expression, déjà utilisée avant lui par Proudhon) et, à ce titre, comme l’initiateur du mouvement ouvrier international contemporain. Toutefois, la présentation de sa théorie n’a jamais cessé d’être l’enjeu de luttes idéologiques, donc, en dernière instance, politiques.

Karl Marx appartient à un milieu bourgeois libéral d'origine juive. Son père, issu d'une famille de rabbins, s'est converti au protestantisme en 1817 et exerce la profession d'avocat.
Le jeune Marx étudie la philosophie et le droit à Bonn, puis à Berlin, où il obtient en 1841 le doctorat en philosophie avec une thèse consacrée à " la différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure ".

Du libéralisme démocratique au communisme
Il publie à Cologne la Rheinische Zeitung, un journal démocratique financé par des industriels libéraux de Rhénanie, dont il revient rapidement rédacteur en chef. Le succès remporté par cette publication radicale vaut à celle-ci d'être interdite par le gouvernement prussien en 1843. Marx, qui se marie la même année, décide alors de partir à l'étranger et vient s'installer à Paris en novembre 1843.
Le " problème juif " est, selon lui, un problème totalement artificiel servant à masquer les contradictions réelles de la société. D'ailleurs, le philosophe s'est lui-même, suivant en cela l'exemple de son père, complètement séparé du judaïsme, surtout après son adhésion aux conceptions athéistes de Ludwig Feuerbach pour qui les diverses religions (" l'opium du peuple ") ont pour fonction d'empêcher l'accès à la conscience politique.
Devenu communiste durant son séjour parisien, il fréquente assidûment les groupes d'ouvriers révolutionnaires français et allemands, de nombreux militants ayant cherché en France un abri contre la répression exercée par l'État absolutiste prussien.
Ces contacts vont lui permettre de mesurer les limites du socialisme " utopique ", qu'il considère rapidement comme une idéologie petite-bourgeoise.
En 1844, la rencontre avec Friedrich Engels, qui a pu mesurer en Angleterre les conséquences sociales et humaines de la révolution industrielle dans le pays le plus développé de l'époque, aboutit à la rédaction de La Sainte Famille (1845), une critique virulente de la conception idéaliste de l'Histoire défendue par les frères Bauer.
Marx et Engels s'étaient rencontrés une première fois à Cologne en 1842. L'entretien avait été très froid. Tout autre est la rencontre à Paris en 1844 : " Lorsque dans l'été 1844 ", écrira Engels en 1885, " j'allai voir Marx à Paris, nous constatâmes notre complet accord dans toutes les questions théoriques et c'est de cette époque que date notre collaboration. "

La théorie politique
La réflexion théorique est, au demeurant, inséparable de la vie militante, et Marx participe aux activités de la Ligue des communistes, fondée en 1847. Il se rend également en Angleterre pour y observer le développement de la grande industrie capitaliste, génératrice des contradictions évoquées par Engels dans la Situation de la classe laborieuse en Angleterre (1845).
C'est en 1847 qu'il rédige, avec Engels, le Manifeste du parti communiste, publié en février 1848. Synthèse de la dialectique hégélienne, du matérialisme issu de Feuerbach, des socialismes français et de l'économie politique anglaise, l'idéologie qui s'y exprime constitue la première manifestation cohérente du " matérialisme historique ".
Les révolutions de 1848 vont faire naître l'espoir, rapidement déçu, d'un " printemps des peuples ". Marx est expulsé de Belgique en mars et regagne Paris, en pleine ébullition depuis la révolution de février.

La rédaction du Capital et la fondation de la Ire Internationale
À partir de 1850, Marx vit une existence tout à fait monacale, passant dix heures par jour à la bibliothèque du British Museum pour préparer Le Capital. Il collabore à diverses revues socialistes anglaises, américaines ou allemandes, mais vit dans le plus grand dénuement ; seuls les secours d'Engels lui permettent d'échapper à la plus extrême misère. En 1859, il publie la première partie de sa Contribution à la critique de l'économie politique et, en 1867, le premier livre du Capital. Mais, entre-temps, il a repris son activité militante à l'occasion de la fondation et du développement de la Ire Internationale des travailleurs.

L’Internationale
En 1864, avait été fondée, à l’occasion d’un meeting en faveur de la liberté de la Pologne, l’Association internationale des travailleurs, connue sous le nom de Ire Internationale. Elle rassemble des organisations ouvrières anglaises, allemandes, françaises, suisses, belges, puis italiennes, espagnoles, américaines, etc., d’inspirations idéologiques très diverses (proudhoniens, lassalliens, bakouniniens, mazziniens, trade-unionistes, libéraux anglais, etc.); leur réunion est, selon Marx, «le produit spontané du mouvement prolétaire, engendré lui-même par les tendances naturelles, irrépressibles de la société moderne», c’est-à-dire par le développement des luttes politiques et économiques de classes.

Marx est invité, dès l’origine, à faire partie du Comité provisoire, puis du Conseil général de l’Internationale. Il fait triompher, contre le projet d’un simple organisme consultatif de liaison et de solidarité, la conception d’un organisme de direction politique chargé d’élaborer à partir des situations locales «une tactique unique pour la lutte prolétarienne de la classe ouvrière dans les divers pays» (Lénine, Karl Marx). «Je suis en fait à la tête de cette affaire» (Marx à Engels, 13 mars 1865).

Le Conseil général se réunit toutes les semaines, reçoit en permanence des correspondants, organise la solidarité matérielle aux grèves des différents pays par des collectes internationales.
L’A.I.T. réussit ainsi à interdire l’embauche des ouvriers étrangers par les entreprises dont les travailleurs sont en grève. Elle contribue à la mobilisation de la classe ouvrière anglaise qui empêche l’Angleterre d’intervenir dans la guerre de Sécession aux côtés du Sud (1862), à la mobilisation de la classe ouvrière américaine contre le conflit anglo-américain (mai 1869): «La classe ouvrière apparaît sur la scène historique, non plus comme un exécutant docile, mais comme une force indépendante [...] capable de dicter la paix là où ses soi-disant maîtres crient à la guerre.»
Elle mène une lutte politique et idéologique active pour le soutien des mouvements de libération nationale en Europe. Elle entreprend plusieurs enquêtes sur la condition ouvrière à partir d’un questionnaire établi par Marx: «Il faut avoir une connaissance exacte et positive des conditions dans lesquelles travaille et se meut la classe ouvrière» (1865). Elle diffuse, sous forme d’adresses, publiées dans les différents pays, et par la presse des sections nationales, les textes de base d’une formation théorique de la classe ouvrière.

L’activité de l’Internationale n’en reste pas moins dominée par des luttes idéologiques incessantes.
Le socialisme français est massivement proudhonien, hostile à «toute action révolutionnaire (c’est-à-dire qui jaillit de la lutte des classes elles-mêmes), à tout mouvement concentré social, c’est-à-dire réalisable également par des moyens politiques (comme, par exemple, la diminution légale de la durée de la journée de travail); et cela sous prétexte de liberté, d’antigouvernementalisme ou d’individualisme antiautoritaire» (Marx à Kugelmann, nov. 1866). Le socialisme anglais est trade-unioniste, réformiste et légaliste, hésitant devant la lutte économique de classes qui risque à ses yeux d’entraîner la hausse des prix. Il s’éloigne de plus en plus de la tradition chartiste et se concentre pour longtemps dans le milieu de l’«aristocratie ouvrière».
limites.

La Commune, la fin de l’Internationale, les dernières œuvres (1871-1883)
La Commune de Paris
La Commune de Paris et ses conséquences immédiates marquent la fin de la première période de l’histoire du mouvement ouvrier organisé. Du point de vue de Marx, la guerre franco-allemande de 1870 présente un redoutable dilemme:
- Elle annonce, quelle qu’en soit l’issue, la chute de Napoléon III, la fin du bonapartisme en France et la fin de son influence sur l’Europe: elle implique du même coup la réalisation de l’unité allemande, c’est-à-dire la fin du processus de révolution bourgeoise; et celle-ci est elle-même la condition de l’approfondissement des luttes de classes en Allemagne, du développement du mouvement ouvrier allemand. Du côté allemand, la guerre a, en dernière analyse, un caractère défensif.
- Mais la guerre franco-allemande signifie aussi que la révolution bourgeoise en Allemagne sera achevée par le haut, sous l’hégémonie de l’État prussien des hobereaux. Par là même, elle annonce la reconstitution immédiate du bloc défensif des classes possédantes européennes, au prix de quelques changements dynastiques et d’un renversement des hiérarchies: c’est ce que prouve aussitôt la collusion de Bismarck et de Thiers, qui permet l’écrasement de la Commune, lequel permet à son tour la répression féroce du mouvement ouvrier en Allemagne et dans toute l’Europe.

La guerre franco-allemande et l'échec de l'insurrection parisienne du printemps de 1871 vont être fatals à l'Internationale. Marx considère que la victoire de l'Allemagne, réalisant l'unité du pays et accélérant son développement, va créer rapidement des conditions favorables à la révolution ouvrière. Mais les trade-unionistes anglais demeurent attachés à leur tradition légaliste, tandis que les anarchistes bakouniniens, organisés dans l'Alliance internationale de la démocratie socialiste, dénoncent le " communisme autoritaire ". Bakounine est exclu de l'Internationale en 1872, mais l'association elle-même sera dissoute en 1876. Cette disparition ne signifie pas la fin du mouvement ouvrier : en 1875, le congrès de Gotha jette les bases de la social-démocratie allemande et, en 1879, Jules Guesde (1845-1922) et Paul Lafargue (1842-1911) fondent le parti ouvrier français.
Marx suit de près ces diverses tentatives et même les inspire, tout en dénonçant certaines tendances à l'opportunisme, notamment dans sa Critique du programme de Gotha.
Il insiste, en particulier, sur la nécessité d'une remise en question de la légalité bourgeoise et sur l'indispensable appropriation collective des moyens de production. Les dernières années de sa vie seront marquées par la traduction du livre I du Capital en diverses langues et par la mise au point, inachevée, des volumes II, III et IV, publiés après la mort de leur auteur, par Friedrich Engels et Karl Kautsky (1854-1938). Et c'est surtout après la disparition de son fondateur que le " socialisme scientifique " va s'imposer à l'ensemble du mouvement ouvrier européen, y compris en Russie, pays dont Marx avait longtemps pensé qu'il n'était pas mûr pour la révolution socialiste en raison de son développement industriel insuffisant.
Ces luttes apparaissent dès la période de sa propre activité: elles continuent dans la deuxième période de l’histoire du mouvement ouvrier, celle de la formation des partis socialistes de masse et de la IIe Internationale; dans la troisième période, celle du développement de l’impérialisme et de la révolution soviétique; et, dans la quatrième, la période actuelle, celle de la généralisation des luttes révolutionnaires à l’échelle mondiale, des scissions du mouvement communiste international et de la crise du «socialisme réalisé».

Il importe toujours, pour comprendre ces luttes, de remonter à leur signification pratique.
Ainsi en est-il des controverses qui portent sur la nature et le sens de la philosophie qui «fonderait» la théorie et la pratique du marxisme: hégélienne? anti-hégélienne? Matérialisme naturaliste, où l’histoire humaine apparaît comme le prolongement de l’évolution biologique et même géologique, où les lois de l’histoire sont des cas particuliers d’une dialectique universelle de la nature? Ou bien philosophie humaniste, fondée sur la critique de toutes les aliénations de la société bourgeoise, sur l’idéal éthique d’une libération de l’homme, sur l’irréductibilité créatrice de la pratique historique? Mais la théorie de Marx est-elle au juste fondée sur une philosophie?
Ainsi en est-il également des controverses qui portent sur le rôle de Marx dans l’histoire du mouvement ouvrier, et en particulier dans la Ire Internationale, donc sur le sens des luttes de factions qui s’y sont déroulées et les circonstances de sa dissolution. Marx a-t-il été en quelque sorte l’invité du mouvement ouvrier? A-t-il introduit de l’extérieur dans le mouvement ouvrier une théorie forgée en tant qu’observateur (et non participant) des événements historiques? A-t-il su, par une tactique souple, faire triompher dans le mouvement ouvrier sa tendance contre d’autres, en attendant que leur conflit conduise à la scission? Ou bien a-t-il été le véritable créateur de l’Internationale, a-t-il exprimé les tendances profondes du mouvement, en facilitant le processus, en se faisant l’interprète de l’histoire pour instruire et guider les dirigeants de la classe ouvrière?

En fait, dans ces questions philosophiques comme dans ces questions historiques, il s’agit d’un même paradoxe: ce que Marx semble apporter du dehors au mouvement du prolétariat, c’est en réalité une idéologie prolétarienne de classe, autonome.
Au contraire, les porte-parole autochtones du prolétariat n’ont d’abord été, en fait, que des représentants de l’idéologie petite-bourgeoise. C’est en ce sens très particulier que le marxisme a été importé dans la classe ouvrière par l’œuvre d’un intellectuel: cette importation est le même processus que celui par lequel le prolétariat trouve les formes d’organisation qui commandent son rôle historique dans la lutte des classes. Et, par conséquent, ce sont, pour chaque époque, les conditions pratiques permettant ou empêchant la fusion de la théorie révolutionnaire et du mouvement ouvrier qui sont en jeu dans l’interprétation de l’œuvre de Marx et de son rôle.

Cela dit, il ne suffit nullement d’avoir analysé la détermination économique de la lutte des classes pour être en mesure d’en expliquer la dialectique et d’en maîtriser les phases concrètes. Il faut savoir analyser également la superstructure politique et idéologique dont le fonctionnement est nécessaire à la reproduction de l’ensemble des rapports sociaux, par où passe également leur transformation, et qui consiste en luttes de classes spécifiques, irréductibles à la seule lutte économique. De même, il faut être en mesure d’analyser le complexe des luttes de classes qui, au sein d’une formation sociale donnée (la France de 1848, la Russie de 1917, le marché impérialiste mondial de 1970), renvoient à des modes de production différents, inégalement développés: la question de la paysannerie a toujours été le point le plus difficile de la théorie et de la tactique marxistes. Ces développements, Marx n’a pu, pour sa part, les accomplir systématiquement, à la suite du Capital. Mais il les a largement esquissés, et il en a mis les conclusions en pratique tout au long de son activité de militant. Marx n’est pas le seul auteur de son œuvre: le fait était, de son temps, unique.

voir également : point de vue sur Karl Marx avec Oikinomia, et son analyse économique.
Voir aussi Biographie de Karl MARX avec le site web "Je suis mort", Biographie de Karl MARX avec le site web monsieur-biographie.




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