miroirs-Victor Jara
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Victor Jara, membre du parti communiste, chanteur et guitariste engagé emblématique, partisan de l'Unité populaire de Salvador Allende, avait été arrêté dès le lendemain du coup d'Etat, enfermé dans le stade du Chili à Santiago, avec des milliers d'autres personnes raflées par les militaires.

Selon les témoignages de co-détenus ayant survécu et ayant été libérés, les soldats du stade avaient écrasé les mains de Victor Jara à coups de crosse de fusil, pour l'empêcher de se servir de sa seule arme, sa guitare. Torturé, le poète finira par être abattu par balles.

Le stade porte aujourd'hui son nom.

Les mots ne sont pas innocents. On ne défie pas impunément le pouvoir, surtout s'il est entre les mains de dictateurs sanguinaires. Victor Jara en fit l'amère constat, payant de sa vie son engagement militant auprès de Salvador Allende au Chili.
Chantre de la révolution communiste, Victor Jara chantait le partage des terres, critiquait le conformisme bourgeois, dénonçait la répression militaire, condamnait la guerre du Vietnam…
Après le coup d'état du Général Pinochet, Victor Jara fut arrêté et emprisonné dans le stade de Santiago, lieu de triste mémoire. Il fut torturé et exécuté.
Pinochet a échappé à ses juges. Le monde de justice rêvé par Jara n'est pas pour demain.

" On amena Victor et on lui ordonna de mettre les mains sur la table. Dans celles de l'officier, une hache apparut.
D'un coup sec il coupa les doigts de la main gauche, puis d'un autre coup, ceux de la main droite.
On entendit les doigts tomber sur le sol en bois. Le corps de Victor s'écroula lourdement. On entendit le hurlement collectif de 6 000 détenus.
L'officier se précipita sur le corps du chanteur-guitariste en criant : " Chante maintenant pour ta putain de mère ", et il continua à le rouer de coups.

Tout d'un coup Victor essaya péniblement de se lever et comme un somnambule, se dirigea vers les gradins, ses pas mal assurés, et l'on entendit sa voix qui nous interpellait :
" On va faire plaisir au commandant. " Levant ses mains dégoulinantes de sang, d'une voix angoissée, il commença à chanter l'hymne de l'Unité populaire, que tout le monde reprit en choeur.
C'en était trop pour les militaires ; on tira une rafale et Victor se plia en avant.
D'autres rafales se firent entendre, destinées celles-là à ceux qui avaient chanté avec Victor. Il y eut un véritable écroulement de corps, tombant criblés de balles. Les cris des blessés étaient épouvantables. Mais Victor ne les entendait pas. Il était mort. "


Miguel Cabezas (extrait d'un article paru dans l'Humanité du 13 janvier 2000).



Victor Jara a dit : " Je suis un chanteur populaire... Populaire, non de popularité, sinon parce que j'appartiens à la classe ouvrière. Travailleur de la culture, mais enfin, travailleur ".

Le dernier texte qu'il a écrit dans le stade commence par :


Nous sommes cinq mille
Dans cette petite partie de la ville
Nous sommes cinq mille
Combien serons-nous au total
Dans les villes et dans tout le pays ?
Rien qu'ici
Dix mille mains qui sèment
Et qui font marcher les usines
Combien de gens
Qui souffrent de faim, de froid, de panique, de douleur,
De pression morale, de terreur et de folie !
Six d'entre nous se sont perdus
Dans l'espace interstellaire


Les assassins toujours impunis

Qui a tué Victor Jara? La justice n’a répondu qu’en partie à ces questions. Ordonnée en juin dernier, l’exhumation du corps a permis de l’authentifier grâce à l’ADN. Également de révéler qu’il fut criblé de 44 balles et brutalement frappé dans le Stade Chili où Victor a été détenu le jour même du coup d’État qui a renversé Salvador Allende, le 11 septembre 1973.
Seules deux personnes ont été jusqu’ici mises en examen pour ce crime. Il y aurait davantage de meurtriers, selon l’avocat de la famille. Notamment l’officier qui aurait tiré le premier, surnommé le « prince ».




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