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LE PROJET-LA FUSION CONTROLE-L'OBJECTIF-OPINIONS

ITER (pour International Thermonuclear Experimental Reactor) est un réacteur expérimental de fusion nucléaire.
Alors que les réacteurs classiques produisent de l'énergie grâce à la fission d'atomes lourds, ITER permettra de produire de l'électricité à partir de la fusion d'atomes légers.
C'est un projet qui regroupe l'Union Européenne, le Japon, la Russie, La Corée, et les Etats-Unis.



L'OBJECTIF
L'objectif d'ITER est de trouver une nouvelle forme d'énergie. C'est un projet scientifique de long terme : les premières expériences sur la fusion nucléaire datent des années 1950.
Depuis, les scientifiques ont beaucoup progressé dans cette voie. La machine JET, installée en Grance-Bretagne, arrive ainsi déjà à reproduire cette réaction.

Pour produire vraiment de l'électricité, il faudra attendre entre 35 et 50 ans. En fait, cela va dépendre des choix politique. Sur un plan technique, ITER aurait ainsi déjà pu être construit il y a plusieurs années. Ensuite, pour une utilisation courante de la fusion comme source d'énergie, cela prendra sans doute plusieurs dizaines d'années.

LES AVANTAGES
Alors que la réaction de fission nucléaire présente un risque d'emballement, la fusion peut elle être stoppée instantanément. Si on arrête d'alimenter le réacteur, le plasma se refroidit très vite et tout s'arrête en moins d'une minute. De plus, les quantités utilisées sont négligeables, et toutes les études de sécurité montrent que même en cas d'accident grave, on n'aurait pas besoin d'évacuer les populations autour.

La consommation de combustible d'une centrale à fusion est très faible : pour une année de fonctionnement, il lui faudra 100kg de deuterium (une matière quasi inépuisable) et 3 tonnes de lithium, contre 1,5 million de tonnes de charbon pour une centrale thermique. La fusion ne produit pas de gaz à effets de serre ou d'autres polluants toxiques.
Les déchets radioactifs n'auront une durée de vie que d'une centaine d'année, et pourront même être recyclés dans la centrale. Enfin, sur le plan du terrorisme, ITER n'utilise pas de matières utilisables pour la fabrication de bombes militaire, contrairement aux centrales actuelles où on utilise du plutonium.


LA FUSION CONTROLE
L'énergie nucléaire peut être libérée de deux façons : en cassant des noyaux atomiques lourds ou en fusionnant des noyaux très légers, ce qu'on appelle respectivement la fission et la fusion nucléaire.
Si la fission est contrôlée depuis longtemps pour la production d'électricité, ce n'est pas encore le cas de la fusion.
Cette réaction est difficile à réaliser car il faut rapprocher deux noyaux qui ont tendance naturellement à se repousser.

Pour arriver à la fusion thermonucléaire, il faut notamment atteindre des températures de l'ordre de 100 millions de degrés !

Maîtriser sur Terre la fusion de noyaux légers, tels que le deutérium et le tritium, ouvriraient la voie à des ressources en énergie quasiment illimitées. Grâce aux machines appelées "tokamak", les chercheurs expérimentent depuis plusieurs années la fusion par confinement magnétique. Aujourd'hui la communauté scientifique internationale s'apprête, en France à Cadarache, à construire le plus important tokamak jamais réalisé.
C'est le projet ITER qui devrait permettre de démontrer la faisabilité scientifique et technologique de l'énergie de fusion.


De la fusion, une coopération et des questions
Outil de recherche, et non pas destiné à produire de l'électricité, ITER sera le laboratoire consacré à l'énergie d'après-demain. Les antinucléaires sont sceptiques, les chercheurs enthousiastes.

ITER, pour quoi faire ?
" En aucun cas, il ne faut laisser entendre qu'un ITER produira de l'électricité ", met en garde Jean Bretagne, directeur de recherche au CNRS et ancien chef du laboratoire de physique des gaz et des plasmas, à l'université d'Orsay. " ITER est un outil de recherche ", confirme de son côté Pascal Lederer, du laboratoire de physique des solides (CNRS université Paris-XI Orsay).
L'objectif de ce projet colossal est d'étudier les différentes possibilités de production d'électricité à partir de la fusion nucléaire. Pas question, pour l'heure, de régler les problèmes énergétiques de la planète.

La fusion nucléaire, comme dans les étoiles ?
C'est plus fort qu'eux, les noyaux d'atomes d'hydrogène n'ont rien de crochu : ils se repoussent. Tous deux chargés positivement, ils ne peuvent que s'éviter. À moins d'être soumis à une très grande énergie, indispensable pour les forcer à franchir cette barrière " naturelle ".
Exactement comme au coeur du Soleil, lieu d'un intense bouillonnement atomique. Plus de 100 millions de degrés celsius, dans le réacteur expérimental, devraient les y aider. À cette température, les électrons se désolidarisent de leurs noyaux, qui entrent dans un état de la matière appelé plasma.
Le deutérium et le tritium, deux atomes d'hydrogène qui diffèrent par le nombre de leurs neutrons, fusionnent alors. Un important champ magnétique veillera à maintenir le plasma au centre du dispositif, où auront lieu les réactions de fusion. En ne faisant qu'un, les atomes d'hydrogène libèrent de lélium et des neutrons. Ces derniers étant plus légers que les atomes de départ, c'est qu'il s'est passé quelque chose entre-temps : de l'énergie a été libérée. Beaucoup d'énergie. Quand les scientifiques injecteront 50 mégawatts de puissance de chauffage, ils comptent bien recueillir en retour une puissance de 500 mégawatts... Pendant 400 secondes.
Un laps de temps très court pour le commun des mortels, mais largement suffisant aux tripatouilleurs de la matière pour s'assurer que la fusion nucléaire est maîtrisée. " Les enjeux sont d'obtenir un plasma très dense pendant un temps suffisamment long et à une température suffisamment élevée ", résume Jean Bretagne. Restera ensuite à récupérer l'énergie et à la convertir en électricité.

La fusion, une source d'énergie propre et illimitée ?
Illimitée, peut-être, propre, pas du tout, assurent les militants antinucléaires. " La fusion nucléaire pose exactement les mêmes problèmes que la fission nucléaire dans la production de déchets radioactifs, les risques d'accidents et de prolifération ", assure Frédéric Marillier, de Greenpeace.
Le prix Nobel de physique 2002 Masatoshi Koshiba, conteste d'ailleurs la sûreté du projet. " Il y a toutes sortes de problèmes à résoudre, explique Pascal Lederer, d'Orsay. Le fonctionnement d'ITER est fondé sur le tritium, pratiquement inexistant sur Terre.

Il faut donc le fabriquer. Ensuite, il reste des problèmes de résistance de matériaux ", conclut-il. Effectivement, le tritium, même avec une durée de vie courte, est radioactif. Un aspect gérable, d'après les techniciens du nucléaire.
Plus problématique : la production de neutrons. Plus énergiques que dans les réacteurs à fission, ils iront taper sur les parois du réacteur, en induisant des transmutations dans les matériaux. Au final, ces importants flux de chaleur et de particules obligeront à surveiller de près le comportement des matériaux. Voire à en changer des parties entières, le temps qu'elles perdent de leur radioactivité.
De toute façon, " toutes les manipulations sur le réacteur doivent se faire avec de la robotique ", précise Jean Bretagne, chercheur à l'université d'Orsay. Quant aux limites dans le temps de cette source énergétique, la fusion nucléaire devrait assurer de l'énergie pendant un bon millénaire.

Quelle coopération scientifique et technique ?
Avec ITER, la liste des coopérations scientifique et technique internationales s'allonge d'une ligne. Une entité légale internationale devrait ainsi voir le jour prochainement, au sein de laquelle siégeront les six parties du projet. De quoi assurer " une pérennité de fonctionnement à cette grande organisation ", selon Pascale Hennequin, du Laboratoire de physique et technologie des plasmas de l'École polytechnique.
Pour la France, c'est le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) qui devrait continuer à mener la danse. Mais " toutes les connaissances seront partagées, assure Pascale Hennequin, on sait comment marche ce type de projet international. La nouveauté, c'est la dimension planétaire ".
V. D. L'Humanité Juin 2005


L'ITER A CADARACHE
« Cela signifie de nouveaux emplois »

Roger Pizot et Michel Partage sont maires de Saint-Paul-lès-Durance et de Varages, deux communes limitrophes du site de Cadarache.

Quelle est votre réaction à l’implantation d’ITER près de votre village ?
Roger Pizot. Beaucoup de satisfaction car, étant maire depuis 1995, j’ai participé à toute cette aventure. Je suis surtout très content pour ma commune sachant qu’ITER sera édifié sur son territoire.
Pour Saint-Paul, cela signifie de nouveaux emplois et un développement important des commerces. Une étude du trésorier-payeur général a montré que, pour tout euro investi dans ITER, il y aurait trois euros de retombées dans la région. Cadarache, c’était un gâteau extraordinaire, ITER, c’est la cerise, alors nous allons boire du champagne avec nos amis du CEA !

Michel Partage. J’éprouve à la fois de la satisfaction et de la crainte. Satisfaction parce qu’ITER est synonyme d’emplois dans le haut Var, ce pourquoi je me suis encore récemment battu (une grève de la faim pour sauver la faïencerie du village et ses 85 emplois - NDLR).

Crainte parce qu’étant situé à une vingtaine de kilomètres à peine de Cadarache, le village va subir d’importantes pressions, tout particulièrement sur le plan du foncier avec de la spéculation à redouter. Le préfet envisageait de « geler » certaines zones constructibles pour y loger des actifs mais, en ce qui concerne Varages, nous n’avons pour l’instant rien vu de concret à ce propos.

La démographie de vos villages, qui comptent chacun un millier d’habitants, va-t-elle se trouver modifiée ?
Roger Pizot. Nous travaillons avec le CEA et la préfecture est pour ne pas faire n’importe quoi à propos de l’accueil des nouvelles familles. A priori, Saint-Paul ne devrait pas beaucoup évoluer, car nous sommes bloqués par notre POS. La poussée démographique se fera surtout sur Aix et Manosque. Ce qui va changer pour nous, c’est que notre renommée ne sera plus européenne mais mondiale !

Michel Partage. Nous sommes ouverts et intéressés par le projet ITER, mais en même temps nous voulons rester vigilants. Nous avons une ou deux zones constructibles, mais que nous souhaitons gérer en maîtrisant l’avenir et en préservant l’identité d’un village d’un millier d’habitants. Il ne faut pas non plus laisser tomber nos usines et notre artisanat au prétexte qu’ITER va créer des milliers d’emplois dans la région.

Nous ne voudrions pas nous retrouver, dans quelques années, le bec dans l’eau, comme ce fut le cas pour certaines communes proches de Superphénix, démantelé après un changement de gouvernement ou parce qu’une modification de la politique sur le plan international ferait qu’ITER n’ait été qu’un feu de paille.
Propos recueillis par P. J. L'HUMANITE, JUILLET 2005


Stéphane Lhomme est le porte-parole du réseau "Sortir du nucléaire", qui regroupe 718 associations. Il nous explique pourquoi il est contre ce projet, d'après lui dangereux et inutile.

Pourquoi êtes-vous contre le projet ITER ?
Stéphane Lhomme, Porte-parole du Réseau "Sortir du nucléaire" : D'abord parce que c'est une immense arnaque. Contrairement à ce qu'on fait croire au gens, ce réacteur ne va jamais produire d'électricité.
La réaction de fusion ne va durer que 400 secondes ! En fait on aura peut-être un résultat dans 150 ans, et encore ce n'est pas sûr. Mais le vrai problème avec ce projet, c'est qu'on envoie un message aux gens sur "une énergie propre, illimitée et sans danger". Comment leur faire comprendre après qu'il faut faire des économies d'énergie et revoir notre mode de vie ? Il faut arrêter cette course-poursuite entre surproduction et surconsommation.

Etes-vous contre toute recherche sur le nucléaire ?
Oui, je pense qu'on a assez investi là-dessus, et il faut maintenant se tourner vers les énergies renouvelables. Nous souhaitons un investissement massif sur l'éolien et l'énergie solaire.
Il faut aussi arrêter de penser en terme de production centralisée. Avec une grosse centrale, on est obligé d'avoir un réseau de distribution complexe, et cela peut conduire à des énormes coupures d'approvisionnement, comme en Californie en 2001.

Mais face à la pénurie de pétrole annoncée et au réchauffement climatique, ITER n'est-elle pas la solution future ?
Pas du tout. Il suffit d'ouvrir votre fenêtre en ce moment pour bien voir que malgré toutes nos centrales nucléaires, le temps se réchauffe.
Le nucléaire ne représente que 5% de l'énergie produite dans le monde, et c'est donc marginal quant à l'effet de serre.
Concernant ITER et la fusion nucléaire, comme je l'ai déjà dit, le projet n'aboutira pas avant 150 ans alors que dans 50 ans, le pétrole sera déjà épuisé. Il faut donc trouver d'autres solutions.
L'Internaute, Juin 2005






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