Hô Chí Minh (1890-1969), homme d'État vietnamien, communiste et nationaliste il consacra sa vie à lutter contre la domination colonialiste. Il fut le premier président de la République démocratique du Viêt Nam. Dirigeant du Parti communiste indochinois (PCI) dont il fut le fondateur, il fut l'artisan de l'indépendance du Viêt Nam vis-à-vis de la France, et le fondateur de la République. Aujourd’hui, une ville porte son nom (ex Saigon). Annam est le territoire administré par la France à partir de la fin du siècle dernier ; il comprend le Vietnam, le Cambodge et le Laos ; deux protectorats et une colonie : la Cochinchine, administrée par un gouverneur général : Paul Doumer. C'est dans ce contexte humiliant que Ho Chi Minh vécut sa jeunesse. Dans ces années, le nationalisme éclôt ainsi que des manifestations paysannes contre l'imposition (1908). De son véritable nom Nguyn Tât Thành, dit Nguyn Ài Quôacute;c, Hô Chí Minh naquit le 19 mai 1890 au village de Huang Tru bordé de rizières ; à 360 km de Hué, 1 442 de Saïgon et à 400 km environ au sud de Hanoi, province fameuse à la fois par la pauvreté de ses habitants et leur ardeur patriotique, il était le fils d’un petit lettré famélique, fonctionnaire qui avait démissionné pour protester contre la domination française de son pays. Hô Chi Minh (le Lumineux) est le dernier nom de guerre porté, à partir de 1940, par Nguyên Sinh Cung, qui avait pris à vingt-cinq ans le surnom de Nguyên Ai Quoc (“le Patriote”) sous lequel il entra dans l’histoire de la révolution vietnamienne. Il fit ses études à Hue, puis enseigna un temps dans une école privée de Phan Thiet.Le jeune homme, après des études au lycée de Huê, dut s’expatrier pour vivre: engagé à vingt ans en 1911, il devint cuisinier sur un paquebot français , il navigua jusqu’en 1917, faisant de longues escales à Alexandrie, à New York et à Londres notamment. LA FRANCE En 1917, il s’installe à Paris et, très vite, inspire et anime des groupes de travailleurs vietnamiens (on disait alors annamites). En 1919, il tente de faire admettre par la conférence de la paix réunie à Versailles un texte en faveur de l’émancipation de ses compatriotes. L’année suivante, membre du Parti socialiste, il participe au congrès de Tours et se range dans la fraction prosoviétique, qui se transformait en Parti communiste français. Le voilà prenant la parole au congrès de Tours en faveur de la motion Cachin-Frossard et de Lénine. Il vit alors très modestement comme retoucheur de photos. Ho Chi Minh (qui ne porte pas encore ce nom) encourage le parti communiste à avoir une politique contre le colonialisme. Après avoir séjourné en Union soviétique (fin 1923), il se rendit en 1924 à Canton, en Chine, où il organisa un mouvement révolutionnaire de Vietnamiens exilés. Ho Chi Minh suit la formation du komintern. Formation qui va lui servir à partir de février 1925 à créer des réseaux au Vietnam avec l'aide du PC chinois. Ce parti clandestin privilégie encore le nationalisme sur la révolution sociale. Après le coup d'Etat anticommuniste de Chiang Khai Shek à Shanghai en avril 1927, Ho Chi Minh se réfugie de nouveau à Moscou. Son parti continue son action fort de son millier de militants. En février 1930, la création du Parti communiste indochinois donne lieu à des débats très rudes qu’il arbitre, s’imposant comme le chef et le stratège de la révolution vietnamienne, au moment où se créent, dans la province la plus proche de celle qui l’a vu naître, les “soviets du Nghe An”, première tentative révolutionnaire de masse en Indochine. Il est condamné à mort par un tribunal français et, résidant à Hong Kong, il manque de peu d’être livré par les Anglais aux autorités coloniales françaises. En juin 1931, arrêté à Hong Kong par la police britannique et emprisonné jusqu'en 1933. Grâce à l’intervention d’un avocat britannique, il réussit à regagner l’U.R.S.S. En Union soviétique, il mit, plusieurs années à se remettre de la tuberculose. En 1938, il revint en Chine, où il tente de gagner le Guomindang à la cause de la révolution contre la domination française. Il y réussit partiellement, obtient des subsides et, en 1941, s’installe à proximité de la frontière sino-vietnamienne, à Pac Bô.C’est là qu’il crée, avec ses lieutenants du Parti communiste indochinois et plusieurs dirigeants nationalistes, le Viêt-minh ou Front pour l’indépendance du Vietnam. Mais les dirigeants du Guomindang le jugent dangereux et, au cours d’une de ses missions en Chine, le jettent en prison où il passera quinze mois aux fers, écrivant des poèmes restés fameux. Sitôt libéré, il rejoint ses compagnons dans la haute région du Tonkin et prépare - parfois avec l’aide (restée minime) des Américains, qui voient en lui un allié dans leur combat contre les Japonais - le soulèvement contre la France. Les Japonais, qui avaient anéanti la présence coloniale française en mars 1945, furent eux-mêmes écrasés par la bombe de Hiroshima; la route des révolutionnaires est donc ouverte. Le 25 août 1945, Hô Chi Minh et les siens se rendent maîtres de Hanoi. Le 2 septembre, le leader proclame l’indépendance et fonde la république démocratique du Vietnam. LA LIBERATION À Paris, le gouvernement du général de Gaulle ne se résigne pas à cette éviction. Il envoie un corps expéditionnaire commandé par le général Leclerc, sous l’autorité politique du haut-commissaire Georges Thierry d’Argenlieu. D’accord avec le représentant de la France à Hanoi, Jean Sainteny, Leclerc tente de faire prévaloir un compromis politique avec la révolution: Hô Chi Minh signe avec Sainteny les accords du 6 mars 1946 qui reconnaissent le Vietnam comme un “État libre dans l’Union française”; mais la conférence de Fontainebleau, qui doit transformer ces accords en un traité définitif, échoue en dépit des efforts de Hô Chi Minh , venu à Paris en vue de persuader l’opinion française d’entériner l’émancipation de son pays. Dès lors commencent sept années de guerre, au cours desquelles Hô Chi Minh se montrera un incomparable animateur de résistance populaire: son fidèle disciple Vo Nguyên Giap forme et dirige les unités, équipées d’artillerie livrée par les Soviétiques et les Chinois, qui écrasent la garnison française de Diên Biên Phu (7 mai 1954). Paris est forcé de traiter: la conférence de Genève aboutit, le 20 juillet 1954, aux accords mettant fin à la guerre d’Indochine. Le rôle de Hô Chi Minh dans ce règlement fut important: sans lui, le délégué des combattants vietnamiens, Pham Van Dong, le plus proche de ses compagnons, n’aurait peut-être pas accepté, en dépit des pressions de Molotov et de Zhou Enlai, chefs des délégations soviétique et chinoise, un règlement qui imposait aux vainqueurs de Diên Biên Phu la division du Vietnam entre un Nord confié aux révolutionnaires et un Sud remis au régime pro-américain de Ngô Dinh Diem. Convaincu de la validité des arguments des dirigeants soviétiques et chinois, M. Hô avait préféré faire la part du feu plutôt que de risquer l’intervention atomique américaine dont la menace planait alors. ![]() Le rejet de l’intervention américaine Leader d’un demi-Vietnam voué au socialisme, Hô Chi Minh ne sut pas prévenir les excès d’une réforme agraire précipitée qui, en 1956, provoquèrent de graves désordres paysans, contraignant les dirigeants de Hanoi à “limoger” le secrétaire général de leur parti, Truong Chinh, idéologue du régime. C’est M. Hô lui-même qui dut assumer ces fonctions. En effet la popularité du chef de l’État survivait aux épreuves du régime. Si ses compatriotes l’appelaient “l’oncle”, si lui-même parlait d’eux comme de ses “neveux”, ce n’était pas par badinage folklorique, mais parce que, dans la société vietnamienne, rien n’est plus important que le lien familial et que l’homme appelé bac, mot réservé au frère aîné du père, est par excellence celui dont on attend le conseil et dont on respecte l’autorité morale. Cette autorité allait s’exercer à plein lors de la dernière bataille livrée par le vieux leader. En 1959, le régime de Hanoi devait prendre position dans le conflit ouvert au Sud-Vietnam entre le gouvernement anticommuniste de Ngô Dinh Diem, soutenu par Washington , et les maquis rebelles, mi-nationalistes, mi-communistes, qui se dressaient contre la dictature des mandarins catholiques et conservateurs. C’est alors que M. Hô et les siens prirent la décision de soutenir le soulèvement antidiémiste; lors du IIIe congrès de leur parti, le Lao Dong (parti du travail), un nouveau secrétaire général, Lê Duan, fut désigné. Ainsi fut assurée, au secrétariat général, la relève de Hô Chi Minh, tandis que Hanoi faisait savoir que désormais il considérait la libération du Sud comme un objectif aussi important que la construction du socialisme dans le Nord. Washington aggravant de mois en mois son intervention aux côtés de Diem - avant de laisser les chefs de l’armée se substituer au dictateur -, l’aide de Hanoi aux guérilleros du Sud s’accrut. En 1965, l’aviation des États-Unis intervint directement sur le Nord, lâchant sur ce petit pays plus de bombes que l’U.S. Air Force sur l’Allemagne pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Dans l’épreuve, la popularité de “l’oncle Hô” ne fit que s’accroître. Rien ne pouvait ennoblir le personnage et le grandir plus que l’intervention contre-révolutionnaire de la plus grande puissance du monde. Son appel au peuple de juillet 1966: “Rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté” résume l’état d’esprit de ses compatriotes dans la guerre.Mais on voit encore s’exercer son influence réaliste et son goût du compromis dans l’acceptation de Hanoi d’entrer en négociation avec Washington, en mai 1968. Seize mois plus tard, les bombardements sur le Nord avaient cessé, les maquisards du Sud étaient reconnus comme interlocuteurs par les États-Unis, mais la guerre durait toujours quand, en 1969, mourut Hô Chi Minh. Il était dans sa quatre-vingtième année. Un demi-siècle durant, et notamment dans deux longues et cruelles guerres contre deux grandes puissances d’Occident, il avait incarné la lutte des peuples sous-développés contre la suprématie de l’Occident.
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