LE FILM INTERDIT Le documentaire explosif la Loi de la jungle est sur liste noire. Un drapeau tricolore en berne : une image que vous ne risquez pas de voir. En effet, malgré une centaine de projections et deux récompenses, la Loi de la jungle, remarquable documentaire sur la Guyane, de Philippe Lafaix, présenté au FIPA, n'a toujours pas trouvé grâce aux yeux des diffuseurs : " Cela fait dix mois qu'on est sans réponse des chaînes ", constate le documentariste. Pourtant son travail est exemplaire : " Je ne connaissais pas la Guyane. Mais après un documentaire sur les rapports amoureux aux Antilles liés à l'esclavage, je suis tombé sur un article du Monde diplomatique sur l'orpaillage en Guyane, explique-t-il. J'ai voulu savoir ce qui s'y passait. Et surtout, pourquoi régnait un tel silence autour de l'un des plus grands scandales sanitaires et écologiques de ces dix dernières années ? " En effet, depuis la nouvelle ruée vers l'or, la forêt a été massacrée, et chaque année, douze tonnes de mercure sont déversées en Guyane, d'après le CNRS. Avec des conséquences dramatiques pour la population, en particulier les Amérindiens de la " zone interdite ". Où d'après Michel Échaubard, écotoxicologue de l'INA, " il y aura des morts de la maladie de Minamata ". Enquête à haut risque : " Désormais, certains en Guyane veulent ma tête, explique Philippe Lafaix. Quand je suis arrivé, tout le monde me disait de ne pas aller à Maripasoula. J'ai fait tout le contraire... " Frontières passoire, ruée vers l'or au mépris de l'environnement et des hommes, torture, esclavage... Philippe Lafaix décrit une véritable " zone de non-droit : à Maripasoula, une jeune fille a été poignardée juste derrière nous. Un des gendarmes a failli être étranglé lorsqu'ils sont intervenus après que le dispensaire a été attaqué ", se rappelle-t-il. Si l'histoire de la Guyane se caractérise par une violence inouïe, pour Philippe Lafaix, " le plus grand département de France n'est pas géré comme le reste du territoire mais comme un ancien comptoir. Autour de l'orpaillage, ce sont désormais des groupes de voyous qui ont le pouvoir. Et qui, impunément, y font régner la terreur ". Le réalisateur a en effet rencontré des travailleurs clandestins venus du Brésil affirmant avoir été torturés par les gros bras de ceux qui ont la mainmise sur les concessions d'orpaillage. Car, " pour une concession légale - en général sous-louée par des compagnies américaines ou canadiennes - vous en avez trois ou quatre clandestines ". Et d'asséner : " L'exploitation de l'or alluvionnaire ne peut être rentable, à moins d'avoir recours à une main-d'ouvre réduite en esclavage. " Mais l'omerta règne. " Intérêt économique, géostratégique ? " s'interroge le documentariste. Ajoutant : " En deux jours, j'ai rempli le carnet où je notais toutes les affaires de corruption dont on me parlait. " Pour lui, " les médias locaux sont aussi très policés parce que très politisés. Les pressions sont énormes. " Un silence complice ? " Moi, je ne fais que témoigner ", estime Philippe Lafaix. Pour lui, " ce qui se passe témoigne de l'attitude de la France à l'égard de ses ex-colonies ". Concluant : " Je ne sais si des chaînes seront intéressées. Car on nous demande non plus d'avoir un point de vue mais de répondre aux exigences du marché. Mais il se pourrait que des chaînes européennes achètent mon film avant. D'autant que l'Europe subventionne la Guyane à hauteur de 370 millions d'euros pour 2000-2006. Pour un territoire où vivent - officiellement... - 150 000 personnes. Et qui, par an, produit - officiellement - cinq à sept tonnes d'or... " Sébastien Homer, l'Humanité du 23/01/2004 " Ce qui se passe en Guyane témoigne de l'attitude de la France à l'égard de ses ex-colonies. "
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