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GIRODET
Anne Louis Girodet de Roucy, plus connu sous son nom d'artiste Girodet-Trioson, est un peintre français né à Montargis le 5 janvier 1767, mort à Paris le 9 décembre 1824. Trioson est le nom de son père adoptif.
Girodet fut l'un des plus talentueux élève de David. Disqualifié du Prix de Rome en 1787 pour tricherie, il en est lauréat en 1789. Bien qu'ayant commencé comme un fidèle disciple de son maître, il s'efforça ensuite de développer un style personnel, expérimentant avec les effets de lumière.

Un de ses portraits, Mademoiselle Lange en Diane (1799), causa un scandale à cause de ses allusions sexuelles satiriques.
Peignant toujours dans le style néoclassique, ses tableaux plurent cependant aux Romantiques grâce aux sentiments exaltés représentés.
David fut outragé lorsque son propre tableau l’Intervention des Sabines fut placé en seconde position derrière la Scène de déluge de Girodet lors du Prix de la Décennie de 1810.
Il fut aussi un illustrateur de livres, notamment pour Jean Racine et Virgile.
En 1812 il hérita d'une fortune qui lui permit de se consacrer à l'écriture de poèmes sur l'esthétisme.
Girodet eu un style de vie non conventionnel, alternant des périodes de retirement pratiquement dans le secret avec des périodes de vie publique de dandy.

Autoportrait


Girodet, le rêve et la cruauté

Qu'ils sont donc à croquer, les anges, chez Anne-Louis Girodet. Qui imaginerait, devant les grandes machines de David, qu'il s'agisse du Sacre de Napoléon, du Serment des Horaces, que l'un de ses élèves, et non le moindre, ait ainsi imaginé de leur adjoindre, non pas des plumes, comme on l'admet communément, mais des ailes de papillon, comme dans le portrait de Mademoiselle Lange en Danaé, peint en 1799, soit après le tumulte des années révolutionnaires et alors que Bonaparte tenait déjà les rênes du pouvoir : " Société, tout est rétabli "...

Danaé qui, enfermée dans une tour d'airain par son père, ne s'en retrouva pas moins enceinte des oeuvres de Zeus, qui avait pris, ce jour-là, la forme d'une pluie d'or.
D'où l'histoire de ce portrait de Mademoiselle Lange qui mérite d'être contée.
Actrice du théâtre français, mariée à un riche affairiste du Directoire, banquier et fournisseur des armées, c'est tout dire, elle avait commandé son portrait au peintre.
Las, le portrait exposé ne reçut pas son agrément et elle le lui fit savoir : " Veillez, Monsieur, me rendre le service de retirer de l'exposition le portrait qui, dit-on, ne peut rien pour votre gloire et qui compromettrait ma réputation de beauté.
" Des mots propres à rendre fou de rage l'esprit libre qu'était Girodet, élevé dans la pensée et la critique des Lumières. Incontinent, il décroche le tableau, le lacère et en fait un autre dans lequel Mademoiselle Lange, devant un miroir, est fascinée par les pièces d'or.
Son mari est peint en dindon, les yeux de son amant, parfaitement reconnaissable pour chacun, sont aveuglés par d'autres pièces d'or... Le reste à l'avenant.
Tout est allusion, ironie acérée, et la société du Directoire va en faire des gorges chaudes, sans comprendre toujours que le tableau vise l'actrice mais aussi ce nouveau monde des affaires, cupide et prêt à tout.

une poétique érotique
Ce tableau n'est certes pas une des oeuvres les plus puissantes de Girodet. Mais il témoigne comme nul autre de la vivacité d'esprit de son auteur.
Ce dernier, longtemps masqué par la stature hiératique de David, n'avait pas fait l'objet d'une grande exposition jusqu'alors.
C'est chose faite avec celle du Louvre qui permet de découvrir, au-delà de l'enseignement du maître qui avait enrôlé les antiques au service de la vertu révolutionnaire puis de la gloire impériale, l'une des figures les plus originales peut-être de l'histoire de la peinture.

Anne-Louis Girodet naît en 1767. Très vite, il est attiré par la peinture et impressionne son entourage par son talent. Il est nourri des grands classiques, des philosophes de son temps, mais c'est décidément la peinture qui l'emporte.
Il entre dans l'atelier de David, où ses compagnons sont Fabre, Isabey, Gros, et devient prix de Rome en 1789, l'année même de la Révolution, alors qu'il est déjà orphelin de père et de mère. Il n'a que vingt ans.
Il prend ses sujets dans l'histoire ancienne mais, très vite, il va ouvrir d'autres portes.
Peint en 1791, le Sommeil d'Endymion, qui répondait à la nécessité pour tout membre de l'académie de Rome de peindre une académie d'hommes nus, n'a rien d'académique. Le corps alangui du petit-fils de Jupiter, dont Diane était éprise, est caressé par la lune, ses boucles se répandent sur ses épaules.

On a bien évidemment tiré de ce tableau des plans sur la sexualité du peintre, qui n'en vécut pas moins avec Julie Candeille, jolie femme, actrice, musicienne et écrivain, laquelle toutefois, jouant sur les mots et sur le prénom du peintre, l'appelait, non ma chère âme, mais ma chère Anne. Bref, l'essentiel, c'est qu'il faisait alors entrer dans la peinture un arrière-plan du désir, un trouble et une poétique érotiques qui rompaient tout autant avec les grands - sujets vertueux qu'avec les scènes galantes ou friponnes des maîtres du XVIIIe, Boucher ou Fragonard.
Quand il peint l'Apothéose des héros français morts pour la patrie, il mêlera ainsi les généraux de la Révolution aux dieux et aux héros, dans une lumière de nulle part venant des écrits d'un jeune Écossais qui affirmait les avoir repris d'un barde.

un regard aigu sur son temps
Il ouvre la porte aux fantômes et à la scène de l'inconscient, en même temps qu'il porte un regard aigu sur son temps.

À l'inverse du tableau qui vient d'être évoqué, sa puissante composition appelée Scène de déluge, et dont il précisa qu'il s'agissait bien d'une scène de déluge et non du Déluge, en 1806, n'est sans doute pas étrangère à l'esprit du temps chez celui qui dénonçait dans ses lettres la servitude que l'on veut imposer à la plume et au pinceau.

Ce n'est sans doute pas un hasard s'il fut le portraitiste de Chateaubriand, de l'ancien esclave Belley et si, dans sa très célèbre peinture représentant la révolte du Caire, le regard choisit immédiatement les insurgés.
Certes Girodet, mort en 1824 et salué par une foule considérable lors de ses obsèques, se rangera. Mais il faut regarder ses trois petites esquisses de Napoléon, en 1812. L'empereur s'endormant à un spectacle, se réveillant stupide puis inquiet qu'on ait pu le voir. Vrai jusqu'à la cruauté.

Peinture : Benoit Agns Trisson


Au musée du Louvre. Jusqu'au 2 janvier 2006.

À voir également au Louvre jusqu'au 22 janvier : " Gérard, Girodet, Gros, l'atelier de David " et à Montargis le musée Girodet.


Maurice Ulrich, l'Humanité du 20/09/2005



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