miroirs-Grande Bretagne
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La Grande-Bretagne est la plus grande île d'Europe, et le composant principal du Royaume-Uni.
Elle se situe dans l'Atlantique Nord, qu'elle sépare de la mer du Nord. Elle est séparée de l'Irlande par la mer d'Irlande et du continent (la France) par la Manche, traversée par le Tunnel sous la Manche.
D'une superficie de 229 850 km², elle est la plus grande de l'archipel des Îles britanniques, qui comprend aussi l'Irlande et plusieurs îles plus petites telles que les Orcades, Shetland, les Sorlingues, les îles Hébrides, l'île de Man, etc.

Le terme Grande-Bretagne est parfois utilisé comme synonyme de Royaume-Uni, mais ceci est une erreur ; ce dernier est aujourd'hui le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, bien qu'on qualifie tous ses citoyens de Britanniques.

Politiquement, la Grande-Bretagne est divisée en trois pays : l'Angleterre, l'Écosse, et le Pays de Galles. Ces pays sont sous la même couronne depuis Jacques Ier d'Angleterre et VI d'Écosse, qui prit le trône écossais en 1567 et l'anglais en 1603. Ils constituent un même royaume, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne, depuis l'Acte d'Union sous la reine Anne Ire de Grande-Bretagne.
En 1801, la couronne d'Irlande, que les Anglais tenaient depuis le XIIe siècle, fusionna de la même façon avec la couronne britannique, créant ainsi le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, ou Royaume-Uni tout court. L'État libre d'Irlande quitta le royaume en 1922, le laissant avec le nom de Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord.

Population : 59 778 002 habitants (est. 2002)
Densité : 244.87 hab./km²
Superficie : 244 119 km² Capitale : Londres
Principales villes : Birmingham, Manchester, Glasgow, Liverpool, Leeds, Newcastle, Belfast, Sheffield, Bristol, Cardiff, Coventry, Edinburgh, Nottingham
Pays voisins : Irlande Point culminant : Ben Nevis 1 343 m.
Monnaie : Livre sterling
Langue(s) parlée(s) : Anglais, Gallois, Ecossais Langue(s) officielle(s) : Anglais
Fête nationale : 2ème samedi de juin
Statut : Monarchie constitutionnelle

Les dynamiques économiques
Après avoir été le premier pays industrialisé au monde, avoir possédé et largement profité d'un immense empire colonial, les îles Britanniques ont connu une évolution économique et sociale difficile. Après la Seconde Guerre mondiale, le malaise de l'économie s'est aggravé, et le pays, que l'on a parfois nommé l'‹ homme malade de l'Europe › dans les années 1970, s'est administré deux types de remèdes.
Le premier, l'État-providence (Welfare State), soutient, grâce à une forte injection de subventions, les secteurs les plus chancelants de l'économie, exerce un rôle majeur dans la gestion de l'espace, contrôle les localisations d'emplois nouveaux.
Le second, à partir de 1979, avec l'arrivée des conservateurs au pouvoir, a consistéà systématiser les privatisations. Ainsi, British Airways, British Aerospace, British Telecom, les compagnies distributrices d'eau et d'électricité sont privatisées, les stratégies d'aménagement du territoire sont délaissées, et le chômage recule (5,8 % en 1998).

La ligne qui divise Nicosie sépare la Turquie de Bruxelles a-t-on l’habitude de dire ici. Les Chypriotes, tant au nord qu’au sud voient dans l’adhésion un espoir de réunification.
Au sud de l’île, même si l’on sait que l’adhésion ne se fera pas sans sacrifices (voir plus loin), la demande d’intégrer l’UE est très forte.
Au nord, deux positions s’affrontent lourdement. Celle du gouvernement, hermétique à la Démocratie, refuse le moindre geste en faveur de la réunification.
Celle du peuple, fortement demandeur d’intégration européenne et de réunification et qui assimile de plus en plus la partition à une prison.

Charbon et pétrole
Le charbon, sur lequel reposait la réussite anglaise aux XVIIIe et XIXe siècles, a perdu sa prééminence. Il représentait 96 % du bilan énergétique à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il n'en représente plus que 20 % à la fin des années 1990. Il était exploité de part et d'autre de la chaîne des Pennines dans le Yorkshire (Durham) et dans le Lancashire, au pays de Galles, en Écosse dans les Lowlands, dans les Midlands. La crise traversée par les régions charbonnières rend leur reconversion difficile. De plus de 120 millions de tonnes en 1979, la production est tombée à 45 millions en 1998.

Au cours de cette période de profondes mutations, les îles Britanniques ont su tirer parti des ressources en hydrocarbures de la mer du Nord. Non seulement le Royaume-Uni accède à l'autonomie énergétique, mais il exporte son surplus.
Si une part du pétrole est extraite dans le Dorset, l'essentiel vient du plateau continental de la mer du Nord, où l'extraction s'effectue à bord de plates-formes.
Le pétrole (128 millions de tonnes en 1998) est exporté par six oléoducs qui relient les gisements aux terminaux côtiers (celui de Sullom Voe, aux Shetlands, dispose de seize réservoirs de 600 000 barils chacun), en général dépourvus de raffineries. Des gisements de gaz sont aussi en exploitation (90 millions de m3 en 1998). L'électricité est produite par des centrales thermiques fonctionnant au charbon ; par des centrales hydroélectriques dans les Highlands d'Écosse ; par des centrales nucléaires implantées sur les littoraux. Le Royaume-Uni a été le premier producteur mondial d'électricité nucléaire dans les années 1960 : en 1998, celle-ci represente 29 % des 345 millions de kilowatts produits.

Industries du Royaume-Uni
La part des industries de transformation diminue. L'industrie a été, aux XVIIIe et XIXe siècles, la base du développement britannique avec l'invention de la machine à vapeur, du chemin de fer et la mécanisation de l'industrie textile. Le développement des industries chimique et automobile, ainsi que celle des métaux légers (aluminium) a été plus tardif.
À la fin du XXe siècle, les industries à haute technologie et à fort potentiel de recherche sont en essor dans les technopoles de certaines villes (Édimbourg, Glasgow, etc.). La sidérurgie, localisée sur les bassins charbonniers, a subi comme en France une grave crise dans les années 1970-1980 ; il n'en reste que quelques centres.

L'industrie automobile, concentrée dans les Midlands et dans la région londonienne (Rover, Rolls Royce, Austin, Morris) a enregistré de profondes mutations. La production a diminué (près de 2 millions de voitures en 1972 ; 1,7 million en 1997), mais s'est relativement maintenue grâce à l'implantation des constructeurs japonais.
L'industrie aéronautique, en relation avec d'autres pays de l'Europe ou avec les États-Unis, est bien implantée dans la région londonienne, dans le Sud-Ouest anglais, dans les Midlands et en Écosse.
À cela s'ajoutent les industries spatiales et d'armement, l'industrie chimique, le textile (une des bases traditionnelles de l'économie britannique), et les industries agroalimentaires, qui sont les plus puissantes d'Europe.
L'économie britannique a dans le passé largement tiré parti de la mer et des réseaux de transports intérieurs (réseau ferré qui relie la côte sud à Glasgow dès 1850, voies navigables et routes, plus récemment autoroutes et tunnel sous la Manche). Ces axes jouent un rôle majeur dans l'organisation du territoire.
Enfin, en raison de ses richesses naturelles et culturelles, le Royaume-Uni connaît un bon développement du tourisme (plus de 25 millions de visiteurs en 1998).

Agriculture
L'agriculture occupe une place réduite dans l'économie du Royaume-Uni, n'employant qu'une fraction minime de la population active (2 % en 1998). Elle est moderne, très productive, intégrée à la politique agricole commune de l'Union européenne. L'élevage bovin compte près de 12 millions de têtes, le pays possède le premier troupeau ovin de la communauté (42,6 millions de têtes) et un important troupeau de porcs (8 millions de têtes).
Le Sud-Est, grande région agricole, produit des céréales ; la betterave à sucre et, plus encore, la pomme de terre occupent une place importante. Alors qu'une surface réduite (moins de 10 % de l'espace national) revient à la forêt, des efforts sont faits pour reboiser. L'État, qui avait décrété certains espaces parcs nationaux dès 1949, a constitué des réserves naturelles et inventorié les sites d'intérêt scientifique. La protection de la nature est aussi l'affaire d'organismes privés d'intérêt public, comme le National Trust, qui possède un patrimoine de plus de 200 000 hectares.
La pêche, qui emploie 17 000 personnes, a fortement décliné depuis la Seconde Guerre mondiale (980 000 tonnes en 1998). Des ports autrefois très actifs, comme Hull (sur l'estuaire de la Humber), ont abandonné cette activité. Le premier port de pêche est Aberdeen sur la côte de l'Écosse. L'aquaculture est en pleine expansion (élevage de saumons en Écosse).


LE MIRACLE BRITANIQUE

Les considérables transformations structurelles de l'économie se sont cependant accompagnées d'une aggravation des inégalités sociales. En mars 1999, le ministre de Finances révèle que la pauvreté a triplé en 20 ans, atteignant 12 millions de personnes, alors que, dans le même temps, les inégalités de revenus ont augmenté d'un tiers en moyenne. En avril 1999, le gouvernement a institué une sorte de SMIC horaire (3 livres de 18 à 21 ans, et 3,60 livres sur la base de 40 heures par semaine).
En France les libéraux mettent régulièrement en avant la grande réussite économique de ce pays pour justifier précarisation, privatisation et dérèglementations.
La réalité est beaucoup moins réjouissante.

Nombre de Britaniques quittent ce "paradis" pour s'installer ailleurs, en France en particulier.
Tout chômeur est indemnisé au maximum 182 jours, après il n'est plus considéré comme demadeur d'emplois. Le très bas niveau de chômage trouve ainsi son explication.
Les services publics continuent d'être démantélés.
La situation des écoles est dramatique dans les régions les plus pauvres. Les directeurs sont tenus d'équilibrer leurs budgets à coup de suppressions d'enseignants et autres économies.

La situation des hôpitaux bien qu'en amélioration reste précaire avec des attentes de plus de six mois pour se soigner.
Le prix des logements est exorbitant et a doublé en six ans.
REPORTAGE
La terrible réalité du « modèle » Blair

Politique sociale. Syndicalistes, hommes politiques ou universitaires : des Britanniques décrivent la vraie physionomie de la situation du Royaume-Uni, alors que le gouvernement travailliste, président en exercice de l’UE, voudrait exporter ses recettes dans l’Union.


Londres,envoyé spécial.
« À Londres, 54 % des enfants vivent en situation de pauvreté, et 38 % dans tout le pays. Est-ce que c’est cela que l’on veut pour l’Europe ? » L’interrogation d’Ute Navidy, dirigeante de l’Assemblée nationale des femmes (NAW) du Royaume-Uni, pourrait résumer l’esprit de la rencontre qui a réuni ces deux derniers jours à Londres des responsables syndicaux, politiques ou associatifs britanniques. Au centre des débats : faire connaître la face cachée du « modèle Blair » à une semaine du sommet européen informel que le premier ministre travailliste, actuellement président de l’UE, organise sur les réformes prioritaires de l’Union (1).
« Tony Blair se présente en champion de la - rénovation du modèle social européen, en s’appuyant sur l’expérience de son pays qu’il considère comme exemplaire. Il était important que Tony Blair et Gordon Brown [ministre de l’Économie - NDLR] ne soient pas les seules voix britanniques que l’on entende dans ce débat », explique Francis Wurtz, organisateur de la rencontre et président du groupe de la Gauche unitaire européenne-Gauche Verte nordique (GUE-GVN) au Parlement européen.

Des services publics orientés vers le privé
Parmi les avancées dont se targue le gouvernement Blair, la relance des services publics, après les sombres années Thatcher, reste largement artificielle.
Jeremy Corbin, député dissident du Labour, constate en introduction des débats que la majorité a « calqué les prestations et les méthodes du secteur public sur celles du privé, avec le souci de la rentabilité. C’est la fin du principe travailliste selon lequel les services sont rendus en fonction des besoins de gens, et non pour tirer profit d’eux ».
L’exemple de la santé est frappant, avec la fermeture de 10 000 lits d’hôpitaux depuis l’arrivée de Tony Blair au pouvoir, et la fin de la gratuité totale des prestations après six semaines de soins. Parallèlement, c’est dans ce secteur qu’on a constaté, sous la - relance des services publics, la multiplication de « cadeaux pour le privé », comme l’a - développé Allyson Pollock, spécialiste des politiques - publiques.

« Les conservateurs avaient déjà privatisé la gestion des hôpitaux puis sous-traité les emplois peu qualifiés, précise Pollock. La phase actuelle, menée par Blair, est celle des partenariats public-privé : l’État concède à des groupes privés l’achat des terrains, la construction des bâtiments, etc.
Le service public est abandonné à des banques et à des multinationales qui se remboursent ensuite sur des périodes de trente, soixante voire même quatre-vingt-dix ans. » Ce système, qui permet à court terme de dépenser moins d’argent public, se transforme en rente pour les investisseurs privés.

Les pauvres exclus des retraites privées
Le danger, souligne Allyson Pollock, est que « le gouvernement Blair est en train d’exporter ce modèle partout dans le monde », y compris en France où une douzaine de partenariats public-privé sont en examen. Au Royaume-Uni, le système s’étend déjà à d’autres secteurs que la santé, comme l’enseignement, l’administration et même le système pénitentiaire.

L’autre argument avancé par Tony Blair pour étendre son modèle à toute l’Union est sa situation de quasi plein-emploi, avec un taux de personnes sans emploi de 5 %. « C’est vrai qu’en Grande-Bretagne on peut dire qu’il y a peu de chômage.
Mais la précarité est énorme, souligne la féministe Ute Navidy. Sur cinq travailleurs à temps partiel, quatre sont piégés par une situation qu’ils n’ont pas choisie, et restent sous— employés. » Les femmes sont les plus touchées par ce phénomène qui a créé les « working poors », ces travailleurs pauvres. Entre la faiblesse de leurs revenus - même après la création d’un salaire minimum, insuffisant - et l’inexistence de structures d’accueil, elles doivent souvent renoncer à travailler quand elles ont des enfants.

La faiblesse ou le démantèlement de politiques publiques touche aussi les retraités. « Cette année, le Royaume-Uni a connu une expansion massive des retraites gouvernementales, détaille, de façon paradoxale, John Grahl, universitaire. Les grandes sociétés d’assurance privées ont contraint leurs clients les plus modestes à fermer leurs comptes d’épargne salariale parce qu’ils ne leur rapportaient pas assez. Ces ménages se retrouvent en situation difficile, avec des revenus qui n’atteignent pas le minimum pour vivre.
En même temps, le gouvernement Blair favorise les retraites des plus riches en accordant des baisses d’impôts s’ils effectuent des placements sur les fonds privés. »
Une frange importante des ménages les plus pauvres n’ont pas vu leur situation s’améliorer par rapport à ce qu’elle était sous les majorités conservatrices. « Économiquement, Tony Blair a conservé l’orientation néolibérale de Margaret Thatcher, analyse Philippe Marlière, politologue installé à Londres.
Il a conquis l’électorat conservateur modéré sur des questions sociétales : l’égalité des sexes, les droits des minorités, l’environnement. » En matière économique et sociale, l’armature législative des années Thatcher a été conservée.

Grève victorieuse à British Airways
« Les lois antisyndicales qui interdisent les grèves de solidarité n’ont jamais été abrogées », dénonce Iggy Vaid, syndicaliste chez British Airways.
Il est lui-même en instance de licenciement pour avoir fait cesser le travail en soutien de 800 salariés d’une filiale du transporteur, tous mis à la porte cet été au profit de travailleurs polonais moins chers. Cette grève, victorieuse, reste une exception dans un pays où les syndicats demeurent en position de faiblesse par rapport à un gouvernement travailliste qu’ils soutiennent pourtant, politiquement et financièrement.

« La colère monte, prévient Brian Denny, membre du RMT, l’union des travailleurs du transport. Les usagers du rail ont vu les problèmes se multiplier après les privatisations impulsée par l’UE depuis 1991. Et 80 % des syndicats ont voté contre la constitution européenne et contre la directive services, dont Tony Blair fait le socle de sa politique. »

Pour Nick Crook, de la centrale Unison (services publics), « on est passé d’une situation où l’Europe consitutuait une protection relative contre les attaques du gouvernement Thatcher, à une situation où elle renforce les inégalités ». Une évolution largement due au poids grandissant de l’idéologie néolibérale britannique au sein de l’Union.
Paul Falzon

Photo de manifestants de Britsh Airways à Paris






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