miroirs-après la République espagnole


APRES LA GUERRE CIVILE
LES SOUTIENS
L'armée
L'armée est à l'origine même de la dictature du général Franco, et demeure jusqu'à la fin son pilier central.
Dans cette perspective, le franquisme apparaît tout à la fois comme une dictature militaire et comme le plus civil des régimes que l'Espagne ait connus depuis le XIXe siècle, dans la mesure où la présence de très nombreux généraux dans les gouvernements du général Franco va de pair avec une discipline quasi totale de l'armée sur le plan politique.

Quand l'Allemagne Nazi attaqua l'URSS en 1942, la "division Azul", formée de 47 000 volontaires phalangistes armées par Franco, sous ordres du génnéral Munoz Grandes, combattit aux côtés des Allemands, en particulier à Stalingrad.
Pendant toute la première partie de la guerre, l'Espagne nationaliste mit à la disposition de l'Allemagne des bases de sous-marins, des installations d'écoute radio, du matériel de guerre, et même des bases aériennes.


La Phalange
Les phalangistes et autres adeptes des petits groupes fascistes d'avant 1936 ne sont que des trublions habiles à l'exercice de la violence anticommuniste, ou des intellectuels parfois doués, mais de statut marginal.
La guerre leur permet d'assouvir leurs rancunes sur les arrières du front quand les militaires le tolèrent.
Le monopole politique octroyé à celle-ci par le décret d'unification du 19 avril 1937 la condamne en fait à l'impuissance. La Phalange promue au rang de parti unique par la grâce de Franco n'est pas seulement le hâvre offert aux ardeurs politiques tout à la fois anticommunistes et relativement laïcisantes des petits-bourgeois fascistes.
Elle constitue dorénavant l'atelier idéologique officiel du régime, étant entendu que celui-ci doit produire une doctrine mêlant la condamnation du bolchevisme à un cléricalisme acceptable.

L'Église
La plus grande partie du clergé et des masses catholiques se rallie d'enthousiasme au soulèvement militaire, l'attitude de la hiérarchie ecclésiastique et du Vatican demeure ambiguë.
C'est que, au début, l'Église veut voir rétablir ses privilèges passés touchant au retour au caractère confessionnel de l'État, à la suppression du divorce, à son monopole de fait sur l'enseignement secondaire.
L'entrée d'un nombre imposant de catholiques dans l'appareil du pouvoir lui donne satisfaction.
La présence des membres de l'Action catholique, et de l'Opus Dei dans les rouages de l'Etat est une garantie pour l'Eglise catholique.

Le 24 avril 1939, 23 jours après la victoire de Franco, le pape Pie XII lui envoie le message suivant :

"C'est avec une joie immense que Nous nous tournons vers vous, très chers fils de la très catholique Espagne, pour vous exprimer nos félicitations paternelles en raison du don de la paix et de la victoire, dont Dieu a daigné couronner l'héroïsme de votre foi et de votre charité."

L'église se prêta avec délections aux manifestations de triomphalisme catholique qui suivirent la victoire de Franco. L'église dans son ensemble, choisit l'esprit de revanche et soutint le massacre sytématique de dizaines de milliers de Républicains.
La répression franquiste fut d'une cruauté à peine concevable. Le chiffre de 200 000 victimes a été avancé par plusieurs historiens.
Des centaines de milliers d'hommes, de femmes, d'enfants furent chassés avec l'accord quasi total de l'église qui a ainsi participée en Espagne à une des pages les plus noires de l'histoire de la chrétienté.


Les appuis populaires
L'armée aussi bien que l'Église et la Phalange représentent des éléments de l'ossature du franquisme plutôt que des milieux sociaux. Les ouvriers ne le soutiennent guère, que la majorité des Catalans et des Basques rejettent la dictature dès le premier jour, celle-ci ne bénéficie pas uniquement des sympathies naturelles des grands propriétaires terriens ou de la haute bourgeoisie industrielle et financière.

L'État franquiste
Franco gouverne de façon autocratique de 1936 à 1967, s'entourant de collaborateurs qui n'ont de responsabilité qu'envers lui, à commencer par les ministres.
Faut-il rappeler que le franquisme des origines est infiniment plus répressif et sanglant que le fascisme italien.
Le franquisme des années immédiatement postérieures à la guerre civile achève la contre-révolution entreprise depuis 1936, mais demeurée inachevée dans les territoires contrôlés jusqu'à leur défaite finale par les républicains.
Cette opération réactionnaire est pour une part une contre-réforme agraire, une remise en ordre violente des zones rurales collectivisées par les communistes ou les anarchistes.
Elle se présente plus cruellement encore, d'autre part, comme une " solution finale " visant à l'élimination physique des militants ouvriers ou de gauche demeurés dans le pays.
Dans cet esprit, on procède à 192 000 exécutions légales du 1er avril 1939 au 30 juin 1944, sans compter les assassinats perpétrés par tous ceux qui s'attribuent le droit de venir puiser leur contingent de victimes dans les prisons pendant les mois qui suivent la victoire.

Prisons ou camps de concentration qui rassemblent des centaines de milliers d'ex-soldats loyalistes en 1940-1941, astreints ensuite à un long service expiatoire plutôt que militaire dans les unités disciplinaires de l'armée nationale.
Cette mise au pas sanglante de la classe ouvrière constitue bien l'essentiel, qui s'apparente à la répression de la Commune de Paris par les versaillais plutôt qu'au fascisme, et répond au vœu des grands propriétaires, des industriels, mais aussi d'une masse petite bourgeoise et paysanne qui assiste au spectacle avec une sorte de fascination satisfaite.

Dès 1944, toutefois, la situation internationale évolue dans un sens peu conforme à ces orientations mollement totalitaires et furieusement réactionnaires.
Les pays alliées de l'Axe pendant la guerre civile (Allemagne, Italie…) sont défaits.
L'automne de la même année et le printemps de 1945 sont vécus par les Espagnols apeurés ou euphoriques comme une veillée d'armes précédant le départ inéluctable de Franco.
Les républicains en exil se réorganisent, font pression sur les alliés pour obtenir une condamnation officielle de la dictature.

FRANCO SAUVE PAR LES USA ET L'EGLISE
Mais la dictature ne sera véritablement sauvée que par la guerre froide. Dès 1948, les États-Unis découvrent que la ferme autorité de Franco offre les meilleures garanties pour la stabilité politique de l'Espagne.
Conviction qui débouche sur la signature des accords hispano-américains du 26 septembre 1953, véritable bouée de sauvetage pour l'économie en faillite et caution diplomatique quasi inespérée pour un gouvernement aux abois.
De son côté, le Vatican était déjà sorti de ses tergiversations dans les semaines précédentes, avec la conclusion le 27 août d'un concordat constamment remis depuis 1938. L'Espagne franquiste reçoit presque dans le même temps l'onction occidentale et l'onction romaine.


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