miroirs-la guerre civile en Espagne


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La guerre civile espagnole (juillet 1936–mars 1939) fut sans aucun doute l'un des événements majeurs du XXe siècle. Ses conséquences et l'attitude des gouvernements européens pendant la guerre influèrent largement sur le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et sur les formes qu'elle prit.

La chute de la monarchie et la IIe République
En septembre 1923, le coup d’État du général Miguel Primo de Rivera est accepté par Alphonse XIII, favorable au retour de l’ordre. Primo de Rivera instaure une dictature (1923-1930) et substitue au Parlement un Directoire de militaires.
Les partis politiques sont interdits et les privilèges autonomistes de la Catalogne supprimés. La pacification du Maroc, avec l’aide des Français en 1926, est ruineuse.
L’opposition grandit en 1928-1929. Critiqué, devant faire face à une grave crise financière et sociale, Primo de Rivera démissionne en janvier 1930. La situation du roi devient alors difficile car la Couronne a soutenu la dictature. Les républicains remportent une majorité écrasante aux élections municipales d’avril 1931. Alphonse XIII s’exile sans abdiquer. La IIe République espagnole est aussitôt proclamée le 14 avril 1931.

Un gouvernement provisoire, réunissant une large coalition (républicains conservateurs, radicaux, socialistes modérés, autonomistes catalans), est constitué, avec à sa tête un ancien ministre de la monarchie, Niceto Alcalá Zamora. Mais celui-ci démissionne rapidement.
En octobre 1931, Manuel Azaña, qui dirige l’Action républicaine, devient chef d’un gouvernement de coalition de gauche. Il reste au pouvoir jusqu’en 1933 et mène une œuvre réformatrice de grande envergure.
Une nouvelle Constitution institue une république laïque et parlementaire. Le droit de vote est accordé aux femmes. Le nombre d’officiers se trouve considérablement réduit. Le principe de l’autonomie, déjà accordé à la Catalogne, est étendu au Pays Basque.

Le gouvernement entreprend de grandes réformes sociales et fiscales puis, en 1932, une réforme agraire prévoyant la redistribution des terres des latifundia, dans le Sud. Il lance un vaste programme de travaux publics.

Il mène également une politique anticléricale, marquée par la séparation de l’Église et de l’État, la laïcisation de l’enseignement, l’expulsion des jésuites et l’introduction du divorce. Mais devant les résistances de la société et les difficultés à faire appliquer un programme aussi ambitieux, la coalition au pouvoir s’effrite peu à peu en 1933. Les modérés trouvent trop rapide le rythme des réformes sociales. Les socialistes radicaux et les anarchistes les jugent insuffisantes et trop lentes. L’opposition monte aussi parmi les catholiques, hostiles à l’anticléricalisme républicain, mais surtout parmi les représentants de l’Église, de l’armée ou encore parmi les grands propriétaires, frappés de plein fouet par les réformes.

Les élections de novembre 1933, qui donnent la majorité à une coalition de droite, inaugurent une période d’agitation politique. Des mesures visant à atténuer l’anticléricalisme et à annuler la réforme agraire et la législation sociale provoquent une vive réaction de la gauche. La tension éclate en octobre 1934 avec une insurrection ouvrière dans la région minière des Asturies, menée par les socialistes et les anarchistes. Elle est sévèrement matée, et de nombreux militants de gauche sont poursuivis et emprisonnés.

Les élections de février 1936 donnent toutefois une courte victoire au Front populaire (Frente popular), large coalition de gauche. Manuel Azaña redevient président. Les socialistes, de plus en plus dominés par la tendance révolutionnaire communiste, refusent de participer au nouveau gouvernement.
Le Front populaire rétablit une législation réformatrice. Mais les désordres se multiplient : combats de rue opposant militants d’extrême gauche et phalangistes, prise de possession des terres par les paysans, grève générale, églises brûlées. De violentes critiques s’élèvent dans les rangs de l’opposition menée par Gil Robles et José Calvo Sotelo. Le 13 juillet 1936, Calvo Sotelo est assassiné.

L'instabilité de la seconde République espagnole
La seconde République espagnole, instaurée en 1931 après les élections municipales et le départ pour l'exil d'Alphonse XIII, ne fut jamais un régime parlementaire stable, mais une longue suite de conflits politiques qui ne purent s'exprimer en dernier ressort que dans la guerre civile. Les gouvernements du centre tentèrent de se maintenir en évitant un basculement à gauche ou à droite. En 1932, déjà, le général Sanjurjo avait tenté sans succès un coup d'État.

En octobre 1934, lorsque la droite entra au gouvernement, après son succès électoral de novembre 1933, les mineurs des Asturies se soulevèrent au cri de UHP (Unión de hermanos proletarios) et le gouvernement républicain envoya pour les réprimer la Légion étrangère espagnole, commandée par les généraux Franco et Goded, les mêmes troupes et les mêmes chefs qui devaient se soulever contre la République. La droite et la bourgeoisie étaient terrorisées par l'existence de deux millions d'ouvriers anarchistes organisés dans le syndicat CNT, lui-même contrôlé par la société secrète de la FAI (Federación anarquista ibérica), que l'on savait armée, et dont les bastions étaient à Barcelone et dans les campagnes d'Andalousie, de Castille et de Catalogne.

En Catalogne et au Pays basque, les mouvements qui réclamaient l'indépendance dans le cadre d'une république fédérale disposaient d'un appui massif. Le parti socialiste, puissant, s'appuyait sur le non moins puissant syndicat UGT. Le parti communiste, de moindre importance, s'exprimait aux Cortés par la voix de Dolorès Ibarruri, «la Pasionaria», et bénéficia, avant et pendant la guerre, du prestige grandissant de l'URSS.

Un nouveau parti fasciste, la Phalange, fondé par José Antonio Primo de Rivera, fils du dictateur déchu, se développait, mais seule l'armée pouvait faire derrière elle l'unité de la droite, des phalangistes, des monarchistes, des carlistes (monarchistes dissidents de Navarre), et des catholiques qui apportaient leur soutien au parti parlementaire CEDA (Confederación española de derechas autónomas). Le coup d'État était préparé en permanence par l'UME (Unión militar española), qui rassemblait les officiers de droite.

La rébellion militaire
Devant la crise des gouvernements du centre, des élections furent décidées pour le 16 février 1936. Elles donnèrent la victoire au Front populaire contre le Front national (droite) et le centre. Mais la gauche manquait d'un rassembleur politique, et les anarchistes de la CNT refusaient le jeu électoral. Le gouvernement fut entièrement formé de républicains des partis d'Azaña et de Martinez Barrio.
Aussitôt après les élections, qui avaient été calmes, ce fut un déchaînement de violence entre les «señoritos» de la Phalange, les «pistoleros» de la FAI et les jeunesses socialistes. Les corps de police s'affrontèrent entre eux, garde civile (droite) contre «asaltos» (gauche).

Les généraux préparaient le coup d'État, principalement Sanjurjo, réfugié au Portugal. Le 13 juillet, le leader de la droite parlementaire, Calvo Sotelo, fut assassiné par des «asaltos». Cette exécution acheva d'effrayer la bourgeoisie, tandis que Largo Caballero, leader socialiste, lançait le mot d'ordre de «révolution prolétarienne».
La rébellion militaire éclata alors au Maroc espagnol avec les troupes coloniales pour appuyer la rébellion en Espagne. Alors que son chef, Sanjurjo, trouvait la mort dans un accident d'avion, le général Goded contrôla Majorque et Queipo de Llano s'empara de Séville. La Navarre, farouchement carliste, était acquise à la rébellion, ainsi que les provinces du Nord et de l'Ouest, très traditionalistes, avec Saragosse, Burgos, Salamanque, Valladolid, Vitoria, Ávila.

Les nationalistes s’unissent derrière un chef d’envergure, le général Francisco Franco. Celui-ci se proclame chef de l’État le 1er octobre 1936. Les nationalistes bénéficient du soutien militaire de Mussolini et d’Hitler, qui envoient des soldats et du matériel de guerre ultramoderne. Les républicains, avec pour chef de file Juan Negrín, socialiste modéré, sont plus divisés. Leur armée rassemble des modérés, des socialistes, des anarchistes, des régionalistes basques et catalans, et des communistes.
Ils ne peuvent bénéficier que d’une aide officieuse de la France et de la Grande-Bretagne, qui adoptent une politique de non-intervention, mais reçoivent d’importantes fournitures de matériels de l’URSS. Des Brigades internationales, constituées à l’instigation du Komintern par des volontaires venus d’Europe et d’Amérique, viennent renforcer leurs rangs.

Mais partout où la classe ouvrière était très nombreuse et organisée, les militaires furent écrasés, notamment à Madrid et à Barcelone, par la CNT. Tout le centre et l'est de l'Espagne échappaient aux militaires, ainsi que le Pays basque et les Asturies, mais les nationalistes, installés sur les deux rives du détroit de Gibraltar, purent faire passer en Andalousie les troupes coloniales, dont Franco prit la tête.

L'Espagne était coupée en deux, et la répression s'abattait d'un côté sur les quartiers ouvriers (massacres de Séville et Grenade) et de l'autre sur la bourgeoisie de droite – notamment à Barcelone, où les anarchistes vengèrent les leurs tués dans les durs combats du 19 juillet – et surtout sur le clergé.

L'aide militaire et politique aux deux camps
Après les premiers combats à l'Alto de León et à Somosierra, les républicains, comme les nationalistes, demanderont des armes à l'étranger. Hitler et Mussolini apportèrent à Franco une aide précieuse: l'aviation allemande réalisa, du Maroc en Espagne, l'un des premiers ponts aériens et opéra à travers la légion Condor; plusieurs divisions italiennes renforcèrent l'armée franquiste. La République ne reçut que très peu d'aide du Front populaire car Léon Blum craignait la guerre avec l'Allemagne.
L'aide soviétique aux républicains suivit toutes les volte-face de la politique de Staline: elle consista surtout en camions, en armes et munitions, en quelques blindés et en conseillers. Les Brigades furent formées à l'automne 1936.

Les offensives franquistes
Du tableau des opérations militaires, il ressort que les seuls grands succès républicains furent défensifs, et que toutes leurs offensives, après avoir remporté des gains limités, tournèrent en épuisantes batailles d'usure. L'histoire militaire est donc celle des offensives successives des troupes franquistes, jusqu'à l'effondrement de la République. Dès le mois d'août 1936 se dessina en Aragon une ligne de combat; les «requetés» carlistes et les anarchistes commandés par Buenaventura Durruti (1896- — 1936) s'affrontèrent avec fureur, mais sans résultats décisifs.

Au même moment, les troupes coloniales de Franco, transférées par l'aviation allemande à Séville, marchaient vers le nord et vinrent dégager l'Alcazar de Tolède, où s'étaient réfugiés les cadets de Moscardo. Puis Franco lança quatre colonnes sur Madrid (c'est à cette occasion que naquit l'expression «cinquième colonne», par allusion aux franquistes clandestins et armés dans Madrid).

L'arrivée du matériel russe et des premières brigades internationales vint appuyer la défense de Madrid par les miliciens. Les troupes de Franco, malgré des combats sans merci, ne dépassèrent pas le faubourg de Carabanchel et la Cité universitaire. En revanche, en plusieurs offensives appuyées par des bombardements de terreur de la Légion Condor (raid sur Guernica, en avril 1937) les franquistes conquirent tout le Pays basque, malgré la résistance héroïque de Bilbao.

La fin de la République espagnole
Ce fut en 1937 que la guerre prit le visage futur de la guerre mondiale. Les offensives républicaines de 1936-1937 enfoncèrent plusieurs fois les lignes adverses, à Brunete, à Belchite puis sur l'Èbre, après que les franquistes eurent conquis l'Aragon; mais ces succès, toujours chèrement payés, ne furent jamais décisifs.

En 1938, les franquistes atteignirent la Méditerranée à Vinaroz (15 avril) et coupèrent en deux l'Espagne républicaine. En février 1939, après la conquête de Barcelone (26 janvier), les réfugiés républicains commencèrent d'affluer en France. L'Angleterre et la France reconnurent le gouvernement de Franco. Madrid, ravagée par des combats entre factions communistes et anarchistes, se rendit le 28 mars; Valence fut conquise le 30.

La guerre d'Espagne avait fait plus d'un million de victimes: 145 000 morts, 134 000 fusillés, des représailles inexpiables des deux côtés, 630 000 morts de maladie. Plus de 400 000 Espagnols s'exilèrent; le régime franquiste s'installait dans un pays ruiné.

Chanson en fond sonore : L'Estaca Le Pieu - Chantée en catalan par Lluis Llach - véritable hymne antifranquiste






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