miroirs-L'esclavage
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L'esclavage en Grèce
En Grèce, la condition servile est très diverse et comporte des aspects contradictoires. D'une manière générale, la cité grecque est hostile à tout ce qui est étranger ; l'asservissement d'un Grec d'une autre cité n'a donc rien de scandaleux. D'autre part, on a longtemps pratiqué l'esclavage pour dettes (àAthènes, jusqu'à son abolition par Solon, en 594 av. J.-C.).
L'esclavage est donc un phénomène généralisé, massif, systématique. Athènes est la cité qui compte le plus d'esclaves (environ 200 000 sur une population totale de près de 400 000 habitants à la fin du Ve s. av. J.-C.) et celle où les philosophes socratiques élaborent la première formulation théorique de l'esclavagisme. Pour Platon, Aristote ou Xénophon, l'esclavage est une nécessité naturelle. Il faut que les citoyens soient déchargés des besognes matérielles pour pouvoir exercer leur liberté et le pouvoir politique. L'esclavage est la contrepartie du " miracle grec ".

Au reste, la condition servile n'a pas, en Grèce, la rigueur qu'on lui connaît dans d'autres civilisations antiques. Au temps d'Homère, l'esclave fait partie de la famille et noue des relations affectives avec le maître (ainsi le porcher Eumée). Hormis les mineurs extrayant, dans des conditions atroces, l'argent du Laurion pour le compte de quelques concessionnaires avides de profit, les esclaves ne forment généralement pas de grandes troupes, contraintes au travail forcé. Quelques-uns sont valets de ferme à la campagne.
La plupart vivent en ville, affectés à des tâches domestiques ou à des activités artisanales. Certains sont installés à leur compte, moyennant redevance à leur maître, et peuvent se constituer un pécule en vue de se racheter. Sans vouloir l'idéaliser, il reste que la condition servile, à Athènes, est souvent plus enviable que celle des hilotes de Sparte, qui, pourtant, ne sont pas des esclaves, mais des serfs de l'État mis à la disposition des citoyens.




L'esclavage à Rome
Comme la Grèce, Rome a longtemps connu un esclavage domestique et patriarcal. Mais, à partir de la fin du IIIe siècle av. J.-C., les structures sociales traditionnelles sont bouleversées par les conquêtes : pendant deux siècles, le bétail humain afflue de tout le bassin méditerranéen vers l'Italie.
Jules César, à lui seul, aurait fait vendre 1 million de Gaulois et, sous Trajan, il y aurait eu à Rome 400 000 esclaves sur 1 million d'habitants ! L'État les emploie pour les grands travaux publics ; d'autres servent comme domestiques ; d'autres encore sont gladiateurs. La plupart, cependant, forment le cheptel humain des grandes propriétés, les latifundia, qui l'emportent sur la paysannerie libre au temps des Gracques (IIe s. av. J.-C.).

Rares dans la Grèce classique, les révoltes d'esclaves sont nombreuses à Rome, surtout à la fin de la République. Certaines débouchent même sur de véritables guerres de classes. La plus terrible éclate à Capoue, en 73 av. J.-C., sous la direction de Spartacus, un gladiateur thrace.
Sa troupe, composée principalement de Celtes et de Germains, finit par regrouper 60 000 esclaves, pour lesquels il tente d'ouvrir, vers le nord, le chemin de la liberté. Spartacus tient la campagne deux ans. Mais Rome mobilise des moyens exceptionnels, et la répression est féroce : de Capoue à Rome, 6 000 crucifiés jalonneront le triomphe de Crassus le Riche qui met fin à la révolte.

Par la suite, avec l'établissement de la Paix romaine au début de l'Empire, le recrutement de nouveaux esclaves devient plus difficile, tandis que les affranchissements se font plus nombreux, notamment sous l'influence du stoïcisme.
La main-d'œuvre servile, plus coûteuse, devient ainsi moins rentable, ce qui favorise le développement d'énergies de substitution comme le moulin à eau, connu de longue date, mais peu employé tant que le moteur humain restait bon marché. Sous le Bas-Empire, les grands troupeaux d'esclaves ont tendance à disparaître des latifundia, qui préfèrent confier l'exploitation des terres à des paysans libres, les colons.




Esclavage et christianisme
Dans cette évolution, le christianisme n'a joué qu'un rôle limité. Unissant esclaves et maîtres dans une même communauté spirituelle, l'Église encourage, certes, les affranchissements, mais ne les impose à personne, pas même aux chrétiens. Sa doctrine dérive de saint Paul : Omnis potestas a Deo (toute autorité vient de Dieu).
Le maître doit traiter l'esclave avec douceur, mais celui-ci doit obéir, même au mauvais maître. Pour saint Augustin (mort en 430), l'esclavage a une valeur expiatoire, à laquelle il serait impie de se soustraire ; et saint Isidore de Séville (mort en 636) affirme que l'esclavage fait partie du plan divin pour le salut de l'humanité.
Cette idée selon laquelle l'opprimé est, au fond, responsable de son sort (Dieu, dans sa sagesse et sa bonté, ne le maintiendrait pas dans cet état s'il ne le jugeait pécheur) continue d'inspirer, pendant longtemps, la pensée chrétienne, puisque Jacques Bénigne Bossuet, en plein XVIIe siècle, rappellera à tous ceux qui voudraient se révolter que " par la bouche de saint Paul, le Saint-Esprit ordonne aux esclaves de demeurer en leur état et n'oblige point à les affranchir ".



L'esclavage aux Etats Unis

Quand l'esclavage américain prend une forme nouvelle et terrible
C'est en 1619 que les vingt premiers esclaves africains débarquent en Virginie.
Au départ, leur sort était variable : ils dormaient, mangeaient, travaillaient avec les Européens sous contrat, se mariaient parfois avec eux, étaient libérés pour un tiers d'entre eux. Or, à la fin du XVIIème siècle, les besoins en bras pour travailler la terre dans le Sud triplent alors que les travailleurs sous contrat en provenance d'Europe se raréfient à partir des années 1 660.

Les planteurs se tournent alors vers l'Afrique, pour en faire venir, cette fois pas du tout volontairement et massivement, des travailleurs qui serviraient à vie et qui pourraient d'autant moins se sauver que leur propre couleur les dénonçait.
L'esclavage prit alors sur ce continent, dans les régions agricoles, une forme totalement nouvelle, tant pour le travail fourni que sur l'aspect racial de l'exploitation.

À partir des années 1680, un arsenal de lois sépara totalement la population blanche de la noire, en augmentation constante. Le premier code de l'esclavage, établi en Virginie, date de 1680. Celui de la Caroline du Sud de 1690.
Tous furent renforcés par la suite jusqu'au milieu du XVIIIème siècle où l'esclavagisme fut définitivement érigé en système dans le Sud. Il devint le fondement même de l'économie locale dans toutes les régions d'agriculture commerciale intense.

10 à 11 millions d'Africains déportés
On évalue à 10 ou 11 millions le nombre d'Africains déportés comme esclaves en Amérique. Une minorité seulement (600 000 à 650 000) était à destination de l'Amérique du Nord, les autres partant vers le Brésil et les Caraïbes. Mais comme les conditions de vie et de travail y étaient extrêmement dures, qu'on n'y utilisait souvent que des hommes, ils y firent peu souche.
C'est la minorité envoyée en Amérique du Nord qui donna naissance à la plus importante population d'esclaves des deux Amériques (puisqu'un enfant d'esclaves était nécessairement esclave). En 1810 par exemple, selon le spécialiste Peter Kochlin, on trouvait aux Etats-Unis 1,1 million d'esclaves, soit le double de tous les Africains " importés " dans cette région en 200 ans.


Enfin l'abolition !
Lors de la guerre de Sécession, les États du Nord n'étaient d'accord sur rien (ni sur les droits des ouvriers, des femmes ou sur les taxes douanières)… sauf sur une chose : ils étaient tous d'accord pour abolir l'esclavage.
Celui-ci fut officiellement aboli le 1er janvier 1863 par le président Lincoln, mais il fallut attendre la fin de la guerre et la victoire du Nord pour que fut voté, en janvier 1865, le treizième amendement à la Constitution interdisant l'esclavage partout sur le sol des Etats-Unis d'Amérique.
Un changement fondamental, immédiat juridiquement, mais que le racisme mit du temps à rendre effectif dans les relations sociales… Une longue marche commençait.

Texte : Marie-Odile Mergnac, Notre Famille.com


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