Diderot Denis, Philosophe et écrivain français (Langres 1713 - Paris 1784). Issu de la bourgeoisie provinciale et destiné à une carrière ecclésiastique, il étudie la théologie chez les Jésuites et reçoit la tonsure. Il abandonne cependant bientôt cette voie pour mener à Paris une vie de bohème et suivre des cours de droit et de philosophie. Maître ès arts de l'université de Paris, c'est par des travaux de traduction qu'il entre en contact avec les milieux littéraires, et en 1746 le libraire Le Breton lui confie la traduction et l'adaptation de la Cyclopaedia de l'Anglais Chambers. Diderot en propose, avec d'Alembert, une édition originale, plus complète et plus ambitieuse : ce sera L'Encyclopédie, dont il assumera pendant près de vingt ans la direction. Cette tâche de synthèse des connaissances humaines, menée dans l'esprit de la philosophie des Lumières, le placera au centre du débat d'idées qui agite le XVIIIe siècle ; elle lui vaudra également nombre de déboires matériels, des condamnations et d'incessantes tracasseries administratives.L'œuvre de Diderot sera en grande partie éditée de façon anonyme, diffusée semi-clandestinement et publiée après sa mort. Philosophe, Diderot passe du déisme des Pensées philosophiques (1746), qu'il conçoit comme une réponse aux Pensées de Pascal, au matérialisme athée de la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient (1749), qui, jugée subversive, lui vaudra quelques mois de détention à Vincennes au cours desquels il recevra la visite de Jean-Jacques Rousseau. De l'interprétation de la nature (1753) et Le Rêve de d'Alembert (1769) développent ses conceptions sur la physique, opposées au matérialisme mécaniste d'Helvétius, et sur la morale sociale et individuelle. Homme de théâtre, Diderot est également le créateur d'un nouveau genre, le drame " bourgeois ", théâtre moralisateur et sentimental, illustré par des pièces comme Le Fils naturel (1757) ou Le Père de famille (1758). Il écrit aussi un essai sur le jeu des acteurs : Le Paradoxe sur le comédien (1773). Simultanément, en peinture, admirateur de Greuze, Joseph Vernet, Hubert Robert et Chardin, il mène une bataille tenace pour le renouvellement du goût et des critères esthétiques, tant dans ses Salons (de 1759 à 1781), dans lesquels il jette les bases de la critique moderne, que dans ses Essais sur la peinture (1765). Romancier, Diderot laisse avec La Religieuse (1760), Le Neveu de Rameau et Jacques le Fataliste (1773) trois romans qui remettent en question la forme narrative - par l'utilisation du dialogue et celle du rapport entre le narrateur et le lecteur - et qui reprennent ses idées philosophiques sur la liberté humaine et la morale naturelle. L'homme au cœur de l'œuvre Mais c'est sans doute dans sa participation àL'Encyclopédie que Diderot a le mieux exprimé son génie. C'est à lui que cette œuvre gigantesque, à laquelle participèrent les esprits les mieux informés du temps, doit sa cohésion et sa vigueur. Diderot nous apparaît ainsi comme le représentant de cette culture nouvelle qui a ouvert les voies à la Révolution française et qui a pour fondement le matérialisme en philosophie et la lutte contre l'absolutisme en politique. Abandonnant l'esprit de système, le pédantisme et la rhétorique à ses ennemis, il livre une œuvre où les préoccupations sur l'homme, " terme unique auquel il faut tout ramener ", ne sont jamais absentes. Journaliste, Diderot collabore à la Correspondance littéraire de Grimm. Il travaille également à un ouvrage contre l'esclavage et le colonialisme, l'Histoire des deux Indes, de l'abbé Reynal. Sa liaison avec Sophie Volland nous a laissé une superbe correspondance et ses liens avec Catherine II de Russie le projet d'une encyclopédie russe abandonné. ![]()
Encyclopédie de Diderot et d'Alembert ESCLAVE, (Jurisp.) est celui qui est privé de la liberté, & qui est sous la puissance d'un maître. Suivant le droit naturel tous les hommes naissent libres ; l'état de servitude personnelle est une invention du droit des gens. Voyez ESCLAVE. Quelques-uns prétendent que les Lacédemoniens furent les premiers qui firent des esclaves, d'autres attribuent cela aux Assyriens, lesquels en effet furent les premiers qui firent la guerre, d'où est venue la servitude ; car les premiers esclaves furent les prisonniers pris en guerre. Les vainqueurs ayant le droit de les tuer, préférerent de leur conserver la vie, d'où on les appella servi quasi servati, ce qui devint en usage chez tous les peuples qui avoient quelques sentimens d'humanité, c'est pourquoi les lois disent que la servitude a été introduite pour le bien public. Les Egyptiens, les Grecs avoient des esclaves ; il y en avoit aussi chez les Romains, ils inventerent même plusieurs façons nouvelles d'en acquérir, & firent beaucoup de lois pour regler leur état. Ceux que les Romains avoient pris en guerre étoient appellés mancipia quasi manu capta ; on faisoit cependant une différence de ceux, qui, après avoir mis bas les armes, se rendoient au peuple romain ; on ne les mettoit point dans l'esclavage, ils étoient maintenus dans tous leurs priviléges, & demeuroient libres ; on les faisoit seulement passer sous le joug pour marquer qu'ils étoient soûmis à la puissance romaine : on les appelloit dedititii quia se dederant, au lieu que ceux qui étoient pris les armes à la main ou dans quelque siége devenoient vraiment esclaves. Les Romains en achetoient aussi du butin fait sur les ennemis, & de la part reservée pour le public, ou de ceux qui les avoient pris en guerre, ou des marchands qui en faisoient trafic & les vendoient dans les marchés. Il y avoit aussi des hommes libres qui se vendoient eux-mêmes. Les mineurs étoient restitués contre ces ventes, les majeurs ne l'étoient pas. Cette servitude volontaire fut introduite par un decret du sénat du tems de l'empereur Claude, & abrogée par Léon le Sage par sa novelle 44. Les enfans nés d'une femme esclave étoient aussi esclaves par la naissance, suivant la maxime du droit romain, partus sequitur ventrem. Enfin la peine de ceux qui s'étoient rendus indignes de la liberté, étoit de tomber dans l'esclavage, ce qui arrivoit à tous ceux qui avoient commis quelqu'action deshonorante & odieuse, tels que ceux qui s'étoient soustraits au dénombrement, ceux qui avoient deserté en tems de guerre, les affranchis qui étoient ingrats envers leur patron. Lorsqu'un criminel étoit condamné à quelque peine capitale, la peine étoit souvent commuée en celle de l'esclavage. Les femmes libres qui étoient devenues amoureuses d'un esclave participoient aussi à sa condition, mais Justinien abolit cette peine. Quoique les esclaves fussent tous de même condition, on les distinguoit cependant par différens titres, selon l'emploi qu'ils avoient chez leur maître.
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