
Toujours associé à une profonde dépression tropicale, le cyclone est un phénomène météorologique de grande ampleur. Quasi circulaire, la zone cyclonique a un diamètre généralement compris entre 200 et 500 kilomètres, mais certains cyclones peuvent être de plus grande envergure, comme le cyclone tropical Georges (septembre 1998), d’un diamètre de 800 kilomètres. Les différents services météorologiques considèrent qu’un cyclone atteint sa phase de maturité lorsque le vent moyen qui souffle en son sein dépasse 118 kilomètres par heure.
La masse nuageuse qui accompagne le cyclone, très épaisse, est composée essentiellement d’énormes cumulo-nimbus ; elle s’élève jusqu’à la tropopause, c’est-à-dire à une altitude pouvant avoisiner une quinzaine de kilomètres. Les nuages se développent en spirale autour d’un centre : l’œil du cyclone. À l’intérieur de cette zone très restreinte, d’un diamètre de 20 à 35 kilomètres, règne un calme apparent : les vents sont très faibles, le ciel est clair ou simplement voilé par des nuages élevés et la pression est basse.
C’est au centre d’un cyclone au large des Philippines que l’on a enregistré la pression barométrique la plus basse jamais observée dans le monde : 867 hectopascals. La taille de l’œil diminue proportionnellement à la chute de pression : plus un cyclone est violent, plus le diamètre de l’œil est réduit. D’une apparence caractéristique, il est en général parfaitement perceptible sur les photos de satellites.
Comparativement, la zone périphérique qui entoure l’œil paraît bien plus agitée. Dans cette zone concentrique, nuageuse et orageuse, les vents sont très forts et soufflent en tempête. L’air y est saturé d’humidité.
Les pluies présentent un caractère orageux très marqué et peuvent être torrentielles. Ces précipitations, variables d’un cyclone à l’autre, peuvent être amplifiées si le cyclone se déplace lentement. De même, la présence du relief leur donne une intensité supplémentaire. Les records mondiaux ont été observés à l’île de la Réunion avec 1 824 mm en 24 heures, du 15 au 16 mars 1952. De telles précipitations sont fréquemment à l’origine d’inondations et de glissements de terrain.
Les variations de pression, très importantes en des endroits rapprochés, provoquent des vents très violents, fréquemment de 150 à 250 kilomètres par heure. L’énergie développée par le vent étant proportionnelle au carré de sa vitesse, ces vitesses excessives, associées à de brutaux changements de direction, sont fréquemment à l’origine de dégâts matériels considérables. Des rafales à plus de 200 kilomètres par heure ont un effet de percussion brutal, un choc destructeur pour les obstacles qu’elles rencontrent.
C’est une mer démontée qui caractérise le passage d’un cyclone. La baisse brutale de la pression atmosphérique, combinée aux effets du vent, provoque une surélévation anormale du niveau marin, appelée « marée de tempête », qui peut dépasser plusieurs mètres. Cette marée est l’un des phénomènes les plus meurtriers associés au cyclone. Ainsi, au Bangladesh, pays situé au ras de l’eau, on considère que chacune des marées de tempêtes de 1916, 1970 et 1991 fut responsable de plusieurs centaines de milliers de victimes.
L’influence du cyclone sur l’état de la mer peut être perceptible à de très grandes distances. À des
milliers de kilomètres du centre, le vent, qui se déplace plus vite que le cyclone lui-même, génère
une houle caractéristique. Cette houle constitue souvent le signe précurseur de l’arrivée du phénomène.
2. Le fonctionnement d’un cyclone
Un cyclone est une formidable machine thermodynamique qui « consomme » des milliers et des milliers de kilomètres cubes d’air . Ces mouvements d’air, extrêmement violents, génèrent des phénomènes météorologiques gigantesques qui développent une énergie considérable, équivalente à celle de plusieurs bombes atomiques par seconde !

À l’intérieur de la zone couverte par l’œil , l’air subit de puissants mouvements descendants. Cette subsidence contrarie la formation des nuages et parvient fréquemment à les faire disparaître. C’est ainsi que l’on explique le ciel relativement dégagé que l’on observe le plus souvent dans cette zone. De même, cette compression des couches d’air vers le bas provoque une hausse de la température ; de fait, les températures sont fréquemment plus élevées à l’intérieur de l’œil qu’à l’extérieur. Quand les masses d’air atteignent l’océan, elles prennent un mouvement tourbillonnaire sous l’effet de la force de Coriolis et divergent en subissant une force centrifuge qui tend à le déporter vers l’extérieur.
Simultanément, l’air qui se trouve en surface, au-dessus de l’océan, à quelque distance du cyclone, est attiré vers le centre de celui-ci, c’est-à-dire vers l’œil. La pression, très basse à l’intérieur de l’œil, peut être comparée à un véritable puits qui attire l’air irrésistiblement. Celui-ci se déplace en spirales et tournoie de plus en plus rapidement au fur et à mesure qu’il se rapproche du centre. Il se heurte à la force centrifuge exercée par les mouvements descendants de l’œil. Résultat, il est brutalement rejeté en altitude. Cet air chaud, léger, très humide, provoque la formation d’énormes nuages. C’est un véritable mur de nuages orageux qui entoure alors l’œil du cyclone. La condensation de la vapeur d’eau libère alors de la chaleur latente, ce qui accroît encore le processus et constitue en quelque sorte le « carburant » du cyclone.
Ce mécanisme explique le comportement du cyclone quand il atteint le continent. Privé brutalement de l’air chaud et humide qu’il trouvait en abondance au-dessus de l’océan, dépourvu de carburant, sa puissance diminue rapidement. Ainsi, les côtes sont toujours plus durement touchées que les régions de l’intérieur. On a vu des cyclones perdre une grande partie de leur intensité en survolant des îles et reprendre de l’activité sitôt l’océan retrouvé. À haute altitude, l’air est évacué vers l’extérieur du cyclone.
3. Les conditions nécessaires au développement des cyclones
Un cyclone tropical ne peut se former que si certaines conditions thermiques et dynamiques sont réunies. La température de la mer, le taux d’humidité de l’air, l’instabilité atmosphérique jouent un rôle essentiel.
Le mécanisme de formation des cyclones dépend en grande partie de la température de la mer. Elle doit être supérieure à 26 0C dans les 60 premiers mètres. Il faut que l’étendue océanique soit suffisamment chaude pour déclencher une évaporation à grande échelle. C’est alors que s’opèrent des transferts de chaleur et d’humidité de l’océan vers l’atmosphère.
Ces échanges sont à leur maximum vers la fin de l’été, quand les eaux de surface atteignent des températures de 28 à 30 0C. Cette condition permet d’expliquer l’absence des cyclones au-dessus des eaux trop froides de l’Atlantique sud et au sud-est du Pacifique.
Une forte humidité et une atmosphère instable sont indispensables à la formation des cumulo-nimbus. Ces conditions sont presque toujours remplies dans les régions tropicales. Quand la température de l’océan est suffisamment élevée, à partir de vingt-six degrés, elle réchauffe beaucoup l’air qui est à son contact.
La force de Coriolis doit être suffisamment importante. Cette force, engendrée par la rotation de la Terre, dévie les vents vers la droite dans l’hémisphère Nord, vers la gauche dans l’hémisphère Sud. Elle est nulle à l’équateur. Cette force doit être suffisante pour déclencher le mouvement tourbillonnaire initial. Ajoutée aux conditions thermiques, elle conditionne largement la répartition géographique des cyclones. La faiblesse de la force de Coriolis en dessous de 50 de latitude ne permet à aucun cyclone de se développer. Sur l’ensemble du globe, 65 p. 100 des cyclones prennent naissance entre 10 et 200 de latitude, 22 p. 100 sont observés entre 5 et 100.
D’autres conditions dynamiques viennent encore restreindre les zones géographiques où les cyclones ont la possibilité de se former. Ils sont absents des zones anticycloniques ou des zones dites à « marais barométrique », c’est-à-dire des zones où la pression varie très peu d’un endroit à l’autre, ou des zones anticycloniques. Mais ces dernières zones peuvent parfois, elles aussi, se déplacer, particulièrement pendant les événements E.N.S.O. (El Niño-Southern Oscillation), les cyclones se formant et sévissant alors en des lieux inhabituels.
Au cours d’une saison, on constate qu’une échelle de temps de plusieurs semaines est associée à la fréquence d’apparition des cyclones. D’une année sur l’autre, on observe une variation importante du nombre des cyclones dans les différents océans.
Cette variabilité sur de longues périodes est du même ordre de grandeur que celle qui affecte la circulation générale. L’apparition et l’extinction des cyclones, sur telle ou telle région du globe, semblent déterminées par une évolution lente de la circulation générale. Il est logique de penser qu’il existe, sur de telles échelles de temps, des interactions entre la circulation générale et les anomalies de la température des surfaces océaniques.
4. Situation géographique et trajectoires des cyclones
Un cyclone tropical ne peut se développer que si certaines conditions thermiques et dynamiques sont réunies. Ces conditions limitent, fort heureusement, les zones géographiques de la planète où les cyclones sont susceptibles de se former.
C’est ainsi que la plupart des cyclones tropicaux naissent à proximité de la zone intertropicale de convergence (Z.I.T.C.). Cette zone dépressionnaire matérialise la zone de convergence des alizés en provenance des deux hémisphères. La très forte instabilité atmosphérique qui règne dans cette zone donne naissance à d’énormes cumulo-nimbus. C’est là que se forment les ondes tropicales qui peuvent engendrer de simples perturbations mais aussi des dépressions tropicales et des cyclones.
Les données climatologiques montrent qu’il existe sept zones sur la planète où les cyclones trouvent les conditions nécessaires à leur développement . Ces zones sont réparties sur les océans Atlantique, Pacifique et Indien.
La climatologie des cyclones, établie grâce aux données de satellites, fait état de quarante-cinq cyclones par an en moyenne. La fréquence des cyclones est très inégale dans les deux hémisphères. Plus de 70 p. 100 d’entre eux se développent sur l’hémisphère nord. Le nord-ouest du Pacifique (zone 3) est de loin la zone la plus active avec plus de 35 p. 100 des cyclones du globe. C’est dans cette région que l’on observe les cyclones les plus violents et les plus destructeurs.
Très schématiquement, la trajectoire d’un cyclone peut être représentée par une branche de parabole. Cette forme parabolique est plus caractéristique avec les cyclones qui se développent sur l’Atlantique nord (zone 1) et sur le nord-ouest du Pacifique (zone 3). En effet, ces derniers sont repris par la circulation générale ouest-est. La forme des trajectoires est moins affirmée pour les cyclones qui se développent sur d’autres zones.
Deux raisons peuvent être avancées pour expliquer ces différences : ils rencontrent des eaux trop froides, aux environs de 220, et disparaissent avant même d’être repris par la circulation générale ; leurs trajectoires sont perturbées par la présence des continents. C’est notamment le cas dans l’océan Indien et aux environs de l’Australie.
La vitesse de déplacement des cyclones est généralement comprise entre 10 et 30 kilomètres par heure. Les vitesses de déplacement les plus lentes, moins de 20 kilomètres par heure, s’observent au voisinage des régions équatoriales. En revanche, quand le cyclone est repris dans la circulation générale, il subit une accélération et sa vitesse dépasse alors 25 kilomètres par heure.
5. La terminologie des cyclones
Les cyclones tropicaux prennent des noms différents selon la mer ou l’océan où ils naissent. On les appelle « typhons » (typhoon en anglais) dans le Pacifique, « Baguia » aux Philippines, willy-willies près des côtes de l’Australie, ou « ouragans » (hurricanes en anglais) dans l’océan Atlantique nord et sur la mer des Caraïbes.
De par le monde, les cyclones sont un tel fléau que les différents services météorologiques ont essayé de s’accorder sur une classification afin d’en estimer la violence. La vitesse du « vent moyen » a semblé le critère le plus objectif et le plus facilement mesurable. Malheureusement, à ce jour, les différents pays ne sont pas parvenus à donner une définition unique du vent moyen, c’est pourquoi il existe encore de grandes disparités dans les appellations.
Pour certains, il s’agit de vitesses moyennes de vent sur dix minutes alors que d’autres utilisent des vitesses moyennes sur une minute seulement. Ces divergences empêchent toute comparaison sérieuse d’un cyclone à l’autre.
Les services météorologiques français distinguent trois stades de perturbations cycloniques en fonction de la vitesse du vent moyen. L’expression « dépression tropicale » s’applique lorsque le vent moyen reste inférieur à 62 kilomètres par heure. La « tempête tropicale » fait référence à des vents compris entre 63 et 117 kilomètres par heure alors que, dans un « cyclone tropical », ils dépasseront 118 kilomètres par heure. Les services américains utilisent une autre classification, l’échelle de Saffir-Simpson, qui leur permet de classer les ouragans de 1 à 5 en fonction de la vitesse du vent moyen. Cette échelle donne également une idée du pouvoir destructeur du cyclone.
Très tôt, on a ressenti la nécessité de distinguer chaque cyclone tropical. On utilisait essentiellement les coordonnées géographiques : latitude et longitude. Mais le procédé s’est révélé peu pratique. Jusqu’au début du XXe siècle, pour avoir beaucoup frappé des colonies espagnoles ou portugaises, les cyclones étaient distingués par le saint du jour. C’est aux cours des années 1900 que l’on a commencé à leur donner des noms.
Un météorologiste australien les a baptisés de ceux des personnalités politiques qu’il n’aimait pas. Plus tard, les services de l’armée américaine utilisèrent l’alphabet de manière phonétique (ABLE, BAKER, CHARLIE, etc.). Puis, au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’habitude fut prise d’attribuer des noms féminins à ces calamités. Vers la fin des années 1970, les mouvements féministes américains obtinrent que les noms des cyclones portent alternativement des prénoms féminins et masculins. Ce système s’est internationalisé vers les années 1980. Ce sont désormais des comités qui sont chargés d’établir la liste des noms.
6. Prévision et prévention des cyclones
La prévision des cyclones consiste à évaluer le plus précisément possible la trajectoire du cyclone ainsi que tous les paramètres météorologiques qui lui sont associés.
Il s’agit de ne pas déclencher à tort des alertes qui peuvent causer un préjudice économique considérable par suite d’un arrêt quasi total de toutes les activités. À l’inverse, il s‘agit aussi de ne pas sous-évaluer les risques.
La prévision des cyclones nécessite des moyens considérables. C’est pourquoi, l’Organisation météorologique mondiale (O.M.M.) a créé quatre grands centres régionaux : Miami, New Delhi, Tokyo, Saint-Denis-de-la-Réunion. Ces centres ont la responsabilité de surveiller les perturbations cycloniques et d’en prévoir le comportement afin de diffuser des messages d’alerte en temps utiles. Tous les moyens d’observation sont utilisés : observations au sol et en altitude, images de radars et de satellites.
Il faut souligner l’apport du satellite dans la surveillance des cyclones, en
particulier sur des zones jusqu‘alors dépourvues de moyens d’observation météorologique.
L’amélioration de la fiabilité des prévisions a permis de diminuer très nettement les pertes en vies humaines.