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CUBA SI !
Idées reçues et vérité cachée sur Cuba
Par Rémy Herrera, économiste, chercheur au CNRS (*)

Il est urgent de soutenir Cuba.
Non seulement parce qu'elle est la cible d'une véritable guerre de propagande, d'attaques médiatiques faites de mensonges et de calomnies visant à façonner une pensée unique anticubaine, mais aussi parce que la lutte du peuple cubain ne concerne pas que son propre devenir, ni même seulement celui de l'Amérique latine, écrasée par un néolibéralisme guerrier que rejettent tous les peuples, mais qui leur est imposé partout, sauf à Cuba : la lutte du peuple cubain nous concerne toutes et tous.

Cuba nous apporte en effet la preuve qu'il est possible de résister.
Elle nous démontre qu'un peuple uni peut résister à la mondialisation capitaliste et à son ordre inique, qui dessine les contours d'un apartheid mondial et les traits d'un impérialisme au " smiling fascism ".
Ce peuple conscient, conséquent, courageux, qui a tenu le choc durant la gravissime crise des années quatre-vingt-dix, réaffirme chaque jour davantage sa volonté de poursuivre un processus révolutionnaire dont la finalité est un projet de société autonome, souverain, alternatif.

Un projet qui se revendique toujours du socialisme.
Qu'une alternative socialiste en Amérique latine soit intolérable pour les États-Unis est une évidence. Que la fraction la plus réactionnaire de leur establishment s'acharne contre la Cuba socialiste n'est pas surprenant.
Ce qui l'est en revanche, c'est de voir notre presse et nos dirigeants politiques de gauche se fendre de billets d'humeur pour condamner Cuba, rivalisant de bassesse et d'ignorance, sans juger nécessaire d'en savoir plus que ce qu'en dit la machine de guerre médiatique, actionnée par l'extrême droite états-unienne.

La pression impérialiste contre Cuba a poussé la gauche française à se déchirer de ses propres mains et à se couper un peu plus de ses bases.
Pour comprendre ce qui anime et fait vivre cette révolution, et aussi pourquoi, malgré le bombardement des médias, tant d'hommes et de femmes se rangent aux côtés de Cuba partout dans le monde - y compris aux États-Unis, où nombre de partis politiques, syndicats, intellectuels se solidarisent avec Cuba -, il faut prendre la mesure (et conscience) de la violence des relations que lui imposent les États-Unis, sortir de cette pensée unique anticubaine et se débarrasser des idées reçues.

Le blocus serait un " prétexte " pour dissimuler le " cauchemar castriste ".
Le blocus n'est pas un prétexte, c'est, en tant qu'il porte atteinte à l'intégrité physique de tout un peuple, un crime contre l'humanité - et tous les membres de l'ONU le rejettent, sauf les États-Unis, Israël et les îles Marshall.
Il n'affecte pas que les entrées de biens et de capitaux, mais s'attaque à l'alimentation, à la santé. Jusqu'aux médicaments pour enfants. Injustifiables souffrances. Il doit cesser !

Cuba serait le résidu anachronique du soviétisme.
C'est oublier que la révolution cubaine est le produit de l'histoire des luttes de son prolétariat multi-ethnique (rébellions d'esclaves, guerres d'indépendance, luttes ouvrières et de paysans sans terre), qui ont convergé et conduit à la victoire de 1959.

Les États-Unis auraient développé l'économie. Faux !
La croissance obéissait avant la révolution à une logique de finance : des profits rapatriés (par Morgan et Rockefeller) sans développement local. Les États-Unis étaient propriétaires de l'île. La révolution est anti-impérialiste.

L'URSS l'aurait maintenue en état de " néo-colonie ". Cuba n'était certes pas un pays développé en 1990 ; mais peut-on oublier que l'aide soviétique a été décisive pour placer pour la première fois l'économie du pays au service du peuple ? Rien à voir avec le reste de l'Amérique latine, livrée au pillage de la finance.

La misère régnerait à Cuba.
Nous dit-on que même au plus fort de la crise, en 1994, la FAO et l'OMS publiaient des taux de carences nutritionnelles trois fois plus bas à Cuba qu'au Chili (modèle économique néo-libéral), deux fois plus bas qu'au Costa Rica (modèle social néo-libéral) ?
En 2003, Cuba est, selon le PNUD, le pays présentant le classement selon l'indicateur de développement humain le plus largement supérieur à celui selon le PIB ; ce qui signifie qu'elle obtient les meilleurs résultats sociaux compte tenu de ses ressources.
Il n'y a pas d'enfants illettrés, sans soins, sans logis, souffrant de la faim à Cuba, parce que les piliers de son système social, ébranlés, sont toujours debout. Parce que Cuba est restée socialiste.

Le capitalisme serait restauré.
Preuve : la dollarisation.
Il n'est pas tenable, à l'heure actuelle, de parler de transition au capitalisme à Cuba. Les mécanismes de marché (tourisme) ont accru les inégalités, mais elles sont limitées par le fait que les réformes de la révolution se font sans privatisation, ni marché financier, ni accumulation de capital privé. La révolution est anticapitaliste.

Les faiseurs d'idées reçues savent mentir, mais aussi calomnier. Il paraît que les porteurs du virus HIV sont enfermés dans des " sidatoriums ". Les malades du sida bénéficient, en milieu ouvert, des soins thérapeutiques les plus avancés, gratuits.

Dans " la plus grande prison du monde ", rares sont ceux qui peuvent sortir du pays. Et que font les milliers de médecins des missions internationalistes ? Cet internationalisme serait " cynique ". L'aide au FLN algérien dès 1961, au Vietnam des années de guerre ? Cynique la lutte (les armes à la main) pour la fin de l'apartheid sud-africain ? J'aurais tant aimé que notre pays l'eût été autant !

Pas d'élections à Cuba ?
Faux. Il faut être du Parti communiste pour être élu ? Faux. Et le parti unique ? Le parti unique n'a pas été imposé ou importé à Cuba.
Il est apparu comme une nécessité historique : celle d'unir la résistance d'un peuple face à l'agression impérialiste. Lui préférerait-on un parti unique du capital, sous couvert de multipartisme ?

Il se dit que la corruption est générale. Elle existe, et est combattue. Mais s'il est une chose que savent les capitalistes étrangers, c'est qu'ils ne peuvent agir là-bas comme ils le font parfois ailleurs au Sud : à Cuba, les hauts responsables de la révolution et l'armée ne sont pas corruptibles.

De Castro, que ne dit-on pas ! Mais Fidel - cela va sans dire, mais mieux vaut le dire - est admiré, est aimé par la grande majorité de son peuple, et par bien d'autres que le sien.

Mais enfin, c'est une dictature, tout le monde le dit !
Tous ceux autorisés à s'exprimer dans les médias de marché. Y a-t-il des disparitions, des tortures, des assassinats politiques à Cuba ?
Non. Des goulags, " purges staliniennes ", la terreur ? Dans l'imagination de nos experts en " barbarie moderne " assurément, mais pas à Cuba. Et les soixante-quinze journalistes et intellectuels, dissidents " raflés, jetés au cachot " ? Quatorze sont diplômés de l'université, dont quatre en journalisme ou communication, dont un a été un temps journaliste. Indépendants ?
Certainement pas du Bureau des intérêts des États-Unis à La Havane et de son chef, Cason, envoyé par Bush pour organiser à coup de dollars la " dissidence ". Les témoignages de membres de la Sécurité de l'État cubain, infiltrés depuis dix ans dans le Parti des droits de l'homme ou l'Association des journalistes indépendants, ont fait la lumière sur la façon dont ces dissidents travaillaient au service d'une puissance étrangère.
Laquelle ? Celle-là même qui impose le blocus et accueille les groupes " anticastristes " !
Celle qui incite à l'émigration illégale en refusant d'octroyer des visas mais en offrant la nationalité états-unienne à tout Cubain arrivé sur son sol (même par la violence), qui tient les flux migratoires venant de Cuba pour une atteinte portée à sa sécurité et menace à ce titre l'île d'une guerre ! Qui accepterait en France l'activité d'agents stipendiés par l'étranger pour déstabiliser le pays ?

Ne défendaient-ils pas la démocratie ?
Laquelle ? Celle du peuple ? Ou celle du plus riche pays du monde incapable de nourrir, loger, éduquer, soigner toute sa population, qui s'est donnée pour président un milliardaire du pétrole par une fraude électorale, qui foule aux pieds le droit international, l'ONU, l'opinion publique mondiale, qui fait subir ce que l'on sait au peuple irakien, qui domine sans partage le système mondial capitaliste, alors que nous rêvons toutes et tous d'" un autre monde possible " ?

Des cinq Cubains emprisonnés aux États-Unis pour avoir tenté de prévenir les actions terroristes des groupes anticubains de Miami ; des centaines de prisonniers de la base de Guantanamo, occupée par États-Unis sur le sol de Cuba ; des pirates de l'air cubains libérés sous caution en Floride, il ne saurait en être question.
La rhétorique des droits de l'homme est utilisée par États-Unis contre Cuba comme arme idéologique de destruction massive pour manipuler les consciences et neutraliser les résistances. À ceux qui ne le savent plus, les Chiliens se chargent de le leur rappeler, trente ans après le coup d'État fasciste contre Allende.

Comment soutenir un régime qui recourt à la peine de mort ?
Les événements récents, graves (exécution de trois preneurs d'otages), ne sont pas la modalité d'existence de la révolution, mais à la mesure de la terrible menace que l'actuel gouvernement des États-Unis fait peser sur l'île. L'auteur de ces lignes, opposé à la peine de mort, se souvient encore avec émotion et fierté du jour, pas si éloigné, où elle fut abrogée du droit français. Mais il comprend aussi que le peuple cubain a le droit de se défendre contre ses ennemis, contre ceux qui veulent détruire sa révolution pour l'exemple, contre ceux qui la menacent d'une guerre militaire.

Ne nous trompons pas de combat ! Il fallait cette révolution-là pour déchaîner de telles calomnies ! " Quel est ce pouvoir magique de changer la vertu en vice, et le vice en vertu ? ", disait Robespierre ; et d'ajouter : il faut " passer la vérité en contrebande ". Alors, camarades, soyons les contrebandiers de la vérité ! Nous pouvons la dire haut et fort !

(*) Coordinateur de l'ouvrage (collectif) Cuba révolutionnaire. Éditions L'Harmattan, 2003.

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