miroirs-le cinéma sous l'occupation
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La défaite de 1940 semblait devoir être fatale à un cinéma français qui avait déjà vu sa production réduite de près de la moitié en 1939. De nombreux acteurs et réalisateurs s'expatrient.

Jean Renoir, René Clair, Charles Boyer, Jean Gabin, Michèle Morgan rejoignent Julien Duvivier à Hollywood. Jacques Feyder se replie en Suisse.

Les Allemands s'installent à Paris et le flot de leurs films envahit les écrans. Goebbels défini la ligne de conduite : "Notre politique en matière de cinéma doit être identique à celle des Etats Unis envers l'Amérique du Nord et du Sud. Nous devons devenir le pouvoir cinématographique dominant sur le Continent Européen.
Dans la mesure où des films seront produits dans d'autres pays ils devront garder un caractère purement local. Nous avons pour but d'empêcher, autant que possible, la création de toute industrie nationale du Cinéma". (1)


Pourtant malgré la création d'une société de production allemande, la Continental, les Nazis échouèrent.
Goebels se déclara ainsi furieux après la diffusion de la "Symphonie Fantastique", inspirée par la vie et l'oeuvre de d'Hector Berlioz de Christian-Jacque, produit par la Continental. "Je suis furieux que nos bureaux de Paris montrent aux Français comment représenter le nationalisme dans leurs films. J'ai donné des directives très claires pour que les Français ne produisent que des films légers, vides, et si possible, stupides. Je pense qu'ils s'en contenteront. Il n'est pas besoin de développer le nationalisme."

Paradoxalement la période de 1940-1944 apparait encore aujourd'hui comme un "âge d'or" pour le cinéma français qui, débarrassé de la concurrence américaine et contraint de composer avec lea censure de l'occupent, du trouver de nouvelles sources d'inspiration et aborder de nouveaux sujets qui rencontrèrent des succès auprès du public.

Deux cents films furent ainsi produits durant ces quatre ans dont plusieurs marquent l'histoire du cinéma :
- La Fille du Puisatier de Marcel Pagnol, Volpone de Jacques de Baroncelli, Les Inconnus dans la Maison d'Henri Decoin, La Nuit Fantastique de Marcel l'Herbier, Les Visiteurs du soir de Prévert et Marcel Carné, Goupi mains rouges de Jacques Becker, et bien d'autres comme L'Assassin habite au 21, Lumière d'été, Le Corbeau, L'éternel retour, Le Ciel est à vous et Les Enfants du Paradis.


LES ENFANTS DU PARADIS

En deux époques : "Le boulevard du Crime", deuxième époque : "L'homme blanc". Durée : 3 h 05.
Mise en scène, Marcel Carné. Scénario, Jacques Prévert. Musique, Maurice Thirier, Joseph Kosma. Interprétations, Arletty (Garance), Jean-Louis Barrault (Dubereau), Pierre Brasseur (Lemaître), Maria Casares (Nathalie), Paul Frankeur (le commissaire), Marcel Herrand (Lacénaire).


Le sujet : Vers 1830, dans le petit monde du spectacle de Boulevard du Temple, les chassés-croisés de Frédérick Lemaître, le bon vivant, Baptiste Debureau, le mime, de l'anarchiste Lacenaire et de la séduisante Garance. Dans le second épisode, nous retrouvons les mêmes personnages, les uns ayant évolué, les autres étant toujours les mêmes ne rendant pas tous les amours possibles.

Le contexte : A quelques mois de la Libération c'est un des plus gros succès populaires de l'histoire du cinéma français. Il est vrai qu'en filigrane des dialogues de Prévert, ont peut deviner une réflexion subtile de la société de l'Occupation.
Les Enfants du Paradis s'impose comme un défi lancé aux aléas de l'Histoire. En déjouant la censure, Carné emploie le décorateur Alexandre Trauner et le compositeur de Joseph Kosma, deux juifs au générique d'une fresque consacré à l'esprit français, cest un pied-de-nez formidable aux occupants nazis.

La critique : Le chef-d'oeuvre de tous les films qui durent bon gré mal gré mettre l'accent sur des préoccupations esthétiques fut "Les enfants du Paradis" de Marcel Carné (1943-1945).
Son action romantique se reportait au temps des "Mystères de Paris". Les amours du mime Deburau (Jean-Louis Barrault) et d'une courtisane presque balzacienne (Arletty), la détresse d'une épouse fidèle (Maria Casarès), la bohème d'un acteur illustre (Pierre Brasseur), l'anarchisme d'un assassin littéraire (Marcel Herrand), les théâtres populaires, le boulevard du Crime, les bains turcs, les tapis-francs furent les éléments d'un somptueux divertissement, dont la perfection fut presque inégalable.
Le fond fut un grand discours sur l'art et la réalité, appuyé par des comparaisons entre les différents spectacles : mélodrame, tragédie, pantomime, cinéma, et la vie elle-même.
Par sa noblesse, son équilibre, sa qualité, son raffinement, cette oeuvre mérita le grand succès international qui l'accueillit sitôt après la guerre.
Georges Sadoul

Georges Sadoul, historien et critique français (1904-1967).
Dans l'histoire française du cinéma il y a Sadoul et l'après Sadoul. Ancien surréaliste, il devint communiste en même temps que Louis Aragon en 1932.
Journaliste aux Lettres Française, professeur à l'IDHEC, militant du cinéma il est l'auteur d'une prodigieuse " Histoire générale du cinéma " dont le premier volume est paru en 1946 et qui aujourd'hui est une référence.


(1) Journal intime du Dr Goebbels retrouvé après son suicide et la défaite d'Hitler.



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