miroirs-Les chateaux
Cliquez ici pour découvrir le Journal Mosaïque de ce mois



Le château a longtemps eu une fonction défensive ; ainsi du château fort médiéval, avec fossé et pont-levis. Il a pris plus tard une élégance propre à la Renaissance puis au classicisme jusqu'aux constructions gothiques du xixe siècle.
Le château est d'abord une forteresse, lieu de refuge aux époques où un pouvoir central s'effondre et où se recomposent des autorités locales à travers des luttes intestines. Ainsi dans la France féodale issue de l'émiettement de l'empire de Charlemagne, prolifèrent les châtellenies, appuyées sur un lieu fortifié (la ferté), dominé par un château construit d'abord en bois, puis en pierre.

Le château est à la fois le moyen et la base visible du pouvoir : ce sera un privilège de la noblesse que d'élever des tours, des donjons et de les entourer de douves.
La double évolution, à la Renaissance, des techniques de combat, avec l'apparition de l'artillerie, et de la vie sociale, avec le faste des princes italiens, transforme le château fort en demeure de plaisance : palais en ville, rendez vous de chasse à la campagne. Le château connait ainsi lui-même une double métamorphose : vers la résidence royale et princière de prestige et vers la maison des champs. la première formule donne plus d'importance à l'architecture et s'épanouira dans l'art baroque ; la seconde met l'accent sur l'environnement et fait du parc ou du jardin l'élément capital : le château est avant tout un point de vue sur un paysage.

Photo : château de Blandy les Tours en Seine et Marne et parc du château de Versailles

Châteaux-n. m. Habitation seigneuriale ou royale, fortifiée ou non.
Dérivé du latin castellum, le mot désigne d'abord une construction fortifiée permanente défendant un passage ou abritant la famille d'un chef de guerre : ce qu'on appelle communément un château fort.


L'Antiquité
En Grèce, les châteaux forts servent à la protection des cités : celui d'Éleuthère, commandant la route d'Athènes à Thèbes, possède une enceinte rectangulaire renforcée par des tours. Dans le monde romain, ils contribuent à la défense de l'Empire : celui de Deutz, qui défend un pont sur le Rhin, dresse à 20 m de hauteur ses murailles ou courtines crénelées, rectangulaires, flanquées de dix-huit tours, et préfigure les châteaux forts du Moyen Âge. Exceptionnelle et plus complexe, la résidence de l'empereur Dioclétien à Spalato (Split) se présente à l'extérieur comme un vaste et puissant castellum dissimulant derrière ses hautes courtines et ses tours un somptueux palais.

Le Moyen Âge
Les Byzantins, successeurs des Romains, multiplient les châteaux forts sur tous les points vulnérables de l'Empire. Les Arabes, à leur tour, dans les territoires enlevés à Byzance, édifient de nombreux ribats, châteaux forts à la romaine, points de refuge pour les populations voisines, qui possèdent une salle de prière que signale un minaret bâti sur l'une des tours de l'enceinte.
En Europe, les châteaux forts se multiplient à partir du Xe siècle, mais changent de caractère à la suite du développement de la féodalité, qui donne aux seigneurs la maîtrise de territoires plus ou moins étendus. Le château fort devient le symbole de cette puissance territoriale en même temps que la résidence du seigneur et de ceux qui l'entourent. Il est le point de départ de ses expéditions guerrières et le refuge contre les attaques ennemies.
Les premiers châteaux forts sont souvent des constructions précaires, car les moyens matériels sont réduits. Sur un point facile à défendre, une palissade de bois, souvent renforcée par un fossé, délimite une cour pour les communs et, au-delà d'un autre fossé, un tertre naturel ou artificiel, " la motte ". Sur cette motte se dresse une tour en bois àétages, en général quadrangulaire, communiquant avec la cour par une légère passerelle. À partir du XIe siècle, la pierre remplace peu à peu le bois. Les courtines et les tours couronnées de créneaux et de merlons percés de meurtrières ou archères, souvent précédées d'un fossé profond, sont défendues par l'encorbellement des hourds en bois, puis des mâchicoulis de pierre. À la tour en bois est substitué un donjon de pierre (de dominus, maître), dont l'importance témoigne de celle du seigneur.
Création originale des maîtres d'œuvre du Moyen Âge, les premiers donjons ont souvent un plan carré ou rectangulaire et, comme la Tour de Londres, sont renforcés aux angles par des tourelles. Puis ils deviennent cylindriques et s'élèvent souvent, alors, non au centre du château, mais tout à côté de l'enceinte pour soutenir un point faible. Des ponts-levis rendent leur accès de plus en plus difficile, notamment celui de la cour du château.

Le XIIe et le XIIIe siècle voient la construction des défenses des châteaux portée à son maximum de perfection, tel celui de Castel del Monte (près de Bari, Pouilles, v. 1240) flanqué de huit tours octogonales. Mais, contrairement à une opinion répandue, il ne semble pas que ces perfectionnements soient le fruit de la collaboration entre architectes chrétiens et arabes à l'occasion de la construction, durant les croisades, des châteaux forts de Syrie, dont le krak des Chevaliers, qui est une des nombreuses forteresse en Terre sainte, demeure le plus célèbre : son aménagement aura duré près d'un siècle.
Bien au contraire, les architectes chrétiens ont amélioré les défenses des châteaux byzantins et arabes en substituant des tours rondes aux tours quadrangulaires. Au XIVe siècle, si le château conserve à l'extérieur toute sa puissance défensive, il s'humanise à l'intérieur de ses murailles : le château-palais des Papes à Avignon, celui de Vincennes, ceux d'Olite et de Coca, de style mudéjar (XVe s.), en Espagne, de nombreux manoirs anglais fortifiés, comme les demeures seigneuriales dont les frères de Limbourg illustrent Les Très Riches Heures du duc de Berry, témoignent, dans la disposition des salles, d'une recherche nouvelle du confort et de la lumière. Cette préoccupation grandit au XVe siècle : elle se manifeste dans la gracieuse décoration de la grande cour intérieure du château de Tarascon, dont la puissance extérieure s'apparente à celle de la Bastille parisienne.

La Renaissance
Au XVIe siècle, la stabilité du pouvoir, les progrès de l'artillerie rendent moins nécessaires les défenses médiévales des châteaux forts, qui vont se dédoubler : d'une part, forteresses au service de l'État, comme chez les Romains ; d'autre part, résidences civiles de ceux qui vont constituer la noblesse de la monarchie absolue. L'armature guerrière de créneaux et de mâchicoulis devient, à Azay-le-Rideau, un simple décor, tandis qu'à Chaumont s'ouvre la cour intérieure ; à Chambord, les fenêtres se multiplient dans les courtines même si l'édifice cerné par des douves conserve des tours d'angle. Parallèlement, dans tous ces châteaux des bords de la Loire, où se fixent, au début du XVIe siècle, monarchie et noblesse, le gracieux décor de la pré-Renaissance italienne développe pilastres et arabesques. Une même évolution caractérise bien des châteaux anglais de la période des Tudors.
En Espagne, le palais-monastère de l'Escurial (1563-1584) témoigne d'un dépouillement qui n'est pas sans grandeur. Cette exubérance décorative fait place, vers 1530, à une sobriété dont Philibert Delorme (château d'Anet) et Jean Bullant sont en France les représentants. Le plan ferme du château fort est remplacé, àÉcouen, par un corps principal s'appuyant sur deux ailes terminées par deux pavillons.

Le XVIIe siècle
L'association de la brique et de la pierre, les combles d'ardoise, les hautes cheminées héritées des manoirs tourangeaux, qui, tel Plessis-lès-Tours pour Louis XI, ne voulaient être que des résidences sans prétention, donnent aux châteaux français du début du XVIIe siècle une allure élégante et ouverte qu'accentue la disparition des ailes latérales. Mais cet essai d'architecture française demeure sans lendemain, étouffé par la vogue du style baroque qui triomphe dans l'Europe du XVIIe siècle.
En Allemagne, une composition et une symétrie classiques marquent le château de Heidelberg, tandis qu'en Italie, dans les " villas ", dont il parsème la Vénétie, Andrea di Palladio inaugure un classicisme imprégné de poésie que l'on retrouve en Angleterre dans les réalisations d'Inigo Jones et de ses disciples palladiens.

Classicisme et baroque
Avec plus de majesté, l'art classique s'impose en France avec (1)François Mansart , qui, aussi bien à Blois qu'à Maisons-Laffitte, lui imprime un caractère français par ses toits d'ardoise en pente et ses hautes cheminées, que Louis Le Vau conserve à Vaux-le-Vicomte mais supprime à Versailles.
Lorsque ce château, agrandi par Jules Hardouin-Mansart, développe sur le parc son admirable façade, il devient, par la majesté puissante de ses lignes comme par la pureté de sa décoration, le prototype universellement admiré du château classique. Tous les princes européens veulent une résidence à l'instar de Versailles : parmi beaucoup d'autres châteaux s'édifient Schönbrunn à Vienne , et en Russie (château Mon Plaisirà Peterhof).
Mais le style baroque, dont le dynamisme des courbes s'oppose à la rigoureuse clarté du classicisme prévaut, aux XVIIe et XVIIIe siècles, dans l'architecture des châteaux italiens et de l'Europe centrale. Filippo Juvara, au château piémontais de Stupinigi, Luigi Vanvitelli dans celui de Caserte, près de Naples, Johann Lukas von Hildebrandt, pour celui du Belvédère en Autriche, Johann Balthasar Neumann, à Würzburg en Bavière, développent courbes et contre-courbes.
Par un curieux parallélisme, au Japon, la même période voit l'édification de châteaux forts-palais d'une hardiesse baroque, dont les toitures multipliées et souvent ondulées se dressent sur un socle de maçonnerie massive résistant au canon.
Le classicisme triomphant au XVIIIe siècle imprègne le Petit Trianon, chef-d'œuvre de Jacques Ange Gabriel à Versailles, qui demeure, au XIXe siècle, le prototype de ces résidences néoclassiques qui semblent gagner en grâce ce qu'elles perdent en ampleur.

(1) Mansart François : Architecte français (1598-1666). Il fut le véritable créateur de l'architecture classique ; ses oeuvres sont remarquables par leur noblesse et leur élégance.
découvrir "châteaux en Essonne" sur Mosaïque91



Musique libre




Haut de la page-[menu précédent]





NOMBRE DE VISITEURS ACTUELLEMENT
EN VISITE CE JOUR SUR MOSAIQUE