miroirs-Danièlle Casanova
Danielle déportée le 21 janvier 1943 à Auschwitz

MATRICULE 31655

DANIELLE
- Danielle Casanova a été arrêtée l5 février 1942 par la police française, elle reste au dépôt de la préfecture de police jusqu'au 23 mars 1942 pour intérrogatoire.
- le 23 mars elle est emprisonée à la prison de la sante.
- le 9 juin 1942 elle est livrée à la gestapo.
- Le 24 aout 1942 elle est emprisonnée au fort de romainville (par les allemands)
- Le 24 janvier 1943 elle est déportée sur Auschwitz
- le 27 janvier 1943, arrivée à Auschwitz
- Le 9 mai 1943, elle meurt du typhus

Danielle est déportée le 24 janvier 1943.
Ce convoi arrive le 27 janvier 1943 aux portes d'Auschwitz-Birkenau, c'est le convoi des otages. Elles sont 230.
Qui étaient elles ?
- 118 ouvrières et paysannes,
- 57 employées,
- 27 intellectuelles (enseignantes, chercheuses, membres de professions libérales, comme, par exemple, la dentiste Danielle Casanova qui était chirurgien dentiste),
- 28 lycéennes ou sans profession.
Elles avaient entre dix-sept et soixante-neuf ans :
- 119 d'entre elles étaient communistes ou proches du Parti communiste
- 12 appartenaient à des réseaux gaullistes
- 51 avaient été arrêtées pour divers actes de Résistance
Soixante-treize jours après leur arrivée, elles n'étaient plus que 70. A la fin, il n'y en aura plus que 49.

Le voyage dura trois jours.
Entassées à soixante-dix dans des wagons à bestiaux, presque sans nourriture et sans eau, avec une tinette vite débordante pour tout lieu d'aisance.
Les femmes ont souffert du manque d'air, de l'obscurité porteuse de peur, et du froid glacial de cet hiver maudit.
Quelques gares aperçues de jour leur ont appris qu'elles avaient quitté la France. Elles traversaient maintenant l'Allemagne, d'Ouest en Est.


Au petit matin, où étaient-elles? Toujours en Allemagne? Elles ne le savaient pas ! Le train s'est arrêté dans le crissement de ses freins usés. Les portes à glissières ont été tirées. Des SS accompagnés de chiens grondants escaladent les wagons, hurlant des «los! los! schnell! schnell !»
Les matraques volent tandis que les femmes, traînant leurs maigres bagages, sont rassemblées par rangs de cinq.
Le jour se lève à peine sur une plaine désolée qui fait immédiatement penser à Marie-Claude Vaillant-Couturier au chant des camps de concentration que ses amis allemands lui avaient appris avant guerre :

- Loin vers l'infini s'étendent de grands prés marécageux
Pas un seul oiseau ne chante dans les arbres secs et creux .

De Vincentella à Danielle
Vincentella Périni que l'on surnommait Lella, est née le 9 janvier 1909 à Ajaccio. Elle est la troisième enfant, d'un couple d'instituteurs.
tous les enfants Périni sont nés à Ajaccio. Leur grand- père maternel avait été juge de paix. En 1928, Vincentella adhéra aux Jeunesses communistes, dirigées alors par Victor Michaut . Vincentella est secrétaire du groupe de la faculté de Médecine, elle milite dans le Ve et le XIIIe arrondissements de Paris et accède aux fonctions de secrétaire du 4e rayon des Jeunesses communistes.
C'est à partir de cette époque qu'elle se fait appeler Danielle.
Leur grand-mère, paysanne vêtue de noir, ne voulut jamais parler que le corse.
Vincentella (Lella) est une enfant vive, joyeuse rieuse, elle joue dans les rues avec les enfants du quartier.
Elle aime la vie, la joie, l'amitié, le rire et les jeux. elle travaille bien à l'école; lit beaucoup et posséde une intelligence et un dévouement exceptionnels.
Après l'école primaire, c'est le cours secondaire.
Les vacances scolaires se passent à Vistale, un petit hameau de la commune de Piana où vivent les grands-parents.
Elle a l'amour de la famille, et est profondèment attachée à sa Corse natale. L'amour familial, cette solidarité entre proches, plus forte encore en Corse que dans les autres régions de France.

Elle quitte Marseille et, débarque en Corse, chez ses parents stupéfaits. Elle leur annonçe qu'elle ne voulait pas être professeur et qu'une profession libérale la tentait beaucoup plus.
Son adhésion au Mouvement de la Jeunesse communiste, en 1928, va la mettre en contact avec la classe ouvrière. Son horizon s'élargissait. Elle poursuivait ses études de chirurgie dentaire, toujours avec assiduité.
Le courant « ouvriériste » qui domine encore est battu en brèche dès la fin de 1930 alors que Maurice Thorez est devenu secrétaire général du PC en juillet de la même année.
1933 avait vu l'arrivée au pouvoir de Hitler en Allemagne.
En février 1934, les ligues fascistes avaient tenté de renverser la République en France.
En février 1934, au congrès d'Ivry des Jeunesses communistes, Danielle Casanova avait été élue membre d'une nouvelle direction du Mouvement.
Dès le mois d'octobre, le nombre d'adhérents de la Jeunesse Communiste passe de 4 198 à plus de 15 000. En décembre 1935, ils atteignent 30 000.
Dès décembre, quarante-deux foyers de filles adhérentes à la Jeunesse communiste avaient' été créés (dont dix à Paris). Au début, on parlera de l'Union des jeunes filles communistes Du 31 août au 7 septembre 1936, s'était tenu à Genève, sous l'égide de la Société des Nations, un Congrès mondial de la jeunesse réunissant sept cents délégués de vingt-cinq pays avec des représentants de l'Internationale communiste des jeunes, de l' Association mondiale des associations chrétiennes des jeunes gens, de la Communauté mondiale de la jeunesse pour la paix, la liberté et la culture, etc. 1936 avait vu l'entrée de la nouvelle Wehrmacht en Rhénanie.
La servitude et la mort ne sont plus très éloignées pour la France. En septembre 1938, l'acceptation, à Munich, par Paris et par Londres des revendications de Hitler sur la Tchécoslovaquie a soulevé la protestation indignée du Parti communiste français qui sera seul en tant que parti à en refuser les termes.
Gabriel Péri déclarera à la chambre des députés que Munich, ce n'est pas la paix mais la guerre. Les Jeunesses communistes dénoncent la trahison: « Monsieur Daladier, partez! « Vous menez la France à la catastrophe. », Danielle Casanova prend une part essentielle à l'action pour la paix. Six mois après Munich, Hitler, qui a déjà annexé le Pays des Sudètes, envahit le reste de la partie occidentale de la Tchécoslovaquie, la Bohême-Moravie, et transforme en protectorat fasciste la Slovaquie.
Munich est le point de départ de la catastrophe finale. Du côté socialiste, on est inquiet, mais Léon Blum a parlé de :« lâche soulagement ».

DEPORTE - MATRICULE 31655
Une Aufseherinen «surveillantes ss » avait demandé s'il y avait une dentiste dans le groupe des Françaises. Après quelques hésitations, Danielle avait levé la main. On l'avait tout de suite emmenée. Sans passer par la désinfection, elle s'était vu tatouer le matricule 31655 sur son bras gauche et, immédiatement, on l'avait conduite, vêtue d'une tenue rayée propre, dans l'enceinte du Revier , l'infirmerie, où se trouvait une baraque réservée aux soins dentaires. Cette baraque était divisée en trois pièces:
- une salle d'attente
- une chambre meublée de trois lits (pour la dentiste et ses deux assistantes)
- le cabinet proprement dit, très bien équipé aux dires de Danielle Casanova elle-même.
Pourquoi les SS avaient-ils besoin d'un cabinet dentaire dans l'enfer d'Auschwitz ? Le dentiste SS responsable du cabinet de Birkenau envoyait des rapports fréquents à Berlin pour donner une haute idée de son efficacité (Danielle pratiquait plus de quatre-vingts interventions par jour). Il avait d’ailleurs la plus grande estime pour la compétence professionnelle de son « aide ».
Les kapos voulaient qu'on leur soigne les dents et non qu'on les leur arrache simplement comme le voulait le règlement.
En principe, seuls pouvaient se faire soigner au cabinet dentaire les Kapos, les Kolonneführerinen les « Blockova » (chefs de Blocks) et d'autres détenus considérés par les SS comme leurs auxiliaires dévoués (ce qui était le cas, en général, pour les «droits communs », mais pas pour les « politiques »).
Le hasard du premier jour a donné à Danielle un avantage énorme: elle a presque immédiatement pu établir le contact avec l'organisation clandestine. Par la détenue slovaque Malhova, qui servait d'interprète à la Lageralteste (doyenne du camp, c'est-à-dire chargée de la direction de l'administration internée), la communiste allemande Gerda Schneider, elle trouve la filière internationale de la Résistance dirigée par des communistes dont certains connaissent le rôle éminent que Danielle a joué dans la France de l'avant-guerre.

Elle obtient ainsi des informations sur le camp, sur le déroulement de la guerre.
Elle contribue à faire connaître à l'extérieur la vérité sur le sort des détenus. Dès fin avril, début mai 1943, des tracts dénonçant l'horreur d'Auschwitz circulent en France.

Danielle sait tout. Elle vit avec la mort. Elle connaît l'affreux Block 26 ((Block - Baraque) où sont parquées la plupart de ses camarades. Elle s'y rend chaque soir, console les mourantes, soigne les malades, donne des nouvelles, encourage tout le monde.
Les déportées couchent sur des châlits à trois étages, serrées comme des sardines, souvent sans même une paillasse.
Pour toute nourriture, elles reçoivent une soupe d'orties, un morceau de pain gluant et noir. A trois heures et demi, dans la nuit noire, elles sont jetées hors de leurs lits à coups de matraques par des Stubeniilteste (chefs de chambrée) féroces.
Après une infecte tisane, c'est l'appel dont nulle n'est dispensée, en présence des Aufseherinen qui frappent sauvagement.

Le 1er mai 1943, Danielle est prise d'une fièvre violente. Quelques amies, dont Charlotte Delbo, lui rendent visite, mais elle ne les reconnaît pas. Puis la fièvre retombe brusquement. Tout le monde sait que c'est un signe fatal. Le 9 mai, Danielle n'est plus.


LETTRE DE DANIELLE
Nous ne sommes jamais tristes. La souffrance n'attriste pas elle donne des forces. Quand ils ont fusillé Georges, Félix, Arthur, nous avons connu la plus grande douleur qui soit.

Le jour où nous aurons nos oppresseurs, ils paieront cher tout cela.
Nous sommes au courant par les communiqués allemands des combats de l'Est. Les peuples de l'URSS sont sublimes, ils sont l'honneur de l'humanité.

Si le ventre est creux, toujours bon pied, bon œil. Vois-tu, ils peuvent nous tuer, mais de notre vivant, ils n'arriveront jamais à nous ravir la flamme qui réchauffe nos cœurs. Nous savons très bien que le combat est dur.

Notre confiance repose sur la certitude raisonnée de la Victoire sans aucune impatience fébrile. Les jours sont proches où notre Patrie retrouvera son indépendance, où l'URSS vaincra.

Nous sommes chaque jour avec vous.

Avec Maï, Maire-Claude et nos amies les Plus proches, nous ne nous lassons pas de parler de vous, de ceux qui, dehors, continuent le combat.



Voir aussi Auschwitz, le camp de l'horreur


Haut de la page-[menu précédent]