miroirs-Le Caravage
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"Cet homme fut un assassin", écrivait Stendhal dans ses Promenades dans Rome.
La vie brève et mouvementée du Caravage teinte, jusqu'au début du XXème siècle, son oeuvre de scandale.
Ce héros du naturalisme et de la modernité, à qui on ne connaît pas d'élève, eut une postérité européenne.


Né en 1573 à Caravaggio, Michelangelo Merisi, dit " Le Caravage ", vient à Rome vers l'âge de 15 ans, luttant contre la misère et une santé précaire.
Moins de 10 ans plus tard, on parle de lui comme celeberissimo pittore, protégé par des mécènes illustres et puissants. Mais son tempérament colérique et violent lui vaut aussi des démêlés avec la police : querelles, rixes, affaires de mœurs, fuite vers Naples, Malte, la Sicile.
Il meurt de la malaria en 1610, sur le chemin du retour à Rome.
Son art se distingue par le traitement contrasté de la lumière qui dramatise le sujet, traité par ailleurs sur le mode d'un réalisme objectif associé à une dimension méditative. Le naturalisme avec lequel l'artiste traita à plusieurs reprises les scènes religieuses suscita l'indignation du clergé.


Caravage Michelangelo Merisi, dit il Caravaggio

En 1584, Merisi entre dans l'atelier du Lombard Simone Peterzano (v. 1540-1596) à Milan, où se perpétue la tradition du maniérisme. Vers 1590, il se rend à Rome et travaille dans l'atelier de Giuseppe Cesari, dit le Cavalier d'Arpin (1568-1640), dont la manière décorative était pourtant passée de mode. Protégé du cardinal Francesco del Monte, il loge dans le palais de ce collectionneur et mécène, protecteur de l'académie de Saint-Luc, la confrérie des peintres fondée en 1577. Le cardinal entre ainsi en possession de quelques-unes des premières œuvres du jeune artiste, qui incarnent déjà une profonde rupture avec la peinture romaine de l'époque.

Scènes de genre et scènes mythologiques
Dans Le Joueur de luth (1595-1596, Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage), l'innovation réside dans le naturalisme de la scène, dans la mise en avant d'une nature morte avec fleurs et fruits et dans le charme troublant du personnage (joueur ou joueuse ?), séparé du spectateur par un plateau où sont aussi posés un instrument de musique et une partition.
Des scènes de genre ou des scènes mythologiques témoignent, à la même époque, d'une étonnante force expressive : La Diseuse de bonne aventure (Paris, musée du Louvre), Le Concert de jeunes gens (v. 1595, New York, Metropolitan Museum of Art), Bacchus malade (v. 1593, galerie Borghèse), Le Jeune Garçon mordu par un lézard (1596-1597, Florence, Fondation Longhi), d'une saisissante spontanéité, L'Amour vainqueur (musées d'État de Berlin). Au cours de cette décennie, Caravage peint aussi des œuvres religieuses qui surprennent par leur nouveauté : l'étrange Repos pendant la fuite en Égypte (1595-1596, Rome, galerie Doria-Pamphili) comporte un des rares paysages dus à son pinceau.
De 1597-1598 date la célèbre Corbeille de fruits (Milan, bibliothèque Ambrosienne), qui se détache sur un fond paille.

Les grandes peintures religieuses
C'est probablement grâce au cardinal del Monte que le Caravage reçoit la commande de trois toiles pour la chapelle Contarelli de l'église Saint-Louis-des-Français.
Peintes entre 1598 et 1602, et toujours en place, elles représentent Saint Matthieu et l'ange, dont la première version, jugée vulgaire (détruite à Berlin en 1945), fut refusée par le clergé, la Vocation de saint Matthieu, scène de taverne animée de savants jeux d'ombre et de lumière, où le sacré s'exprime à travers le quotidien le plus trivial, et le Martyre de saint Matthieu, où de puissants effets de clair-obscur soulignent la position centrale et dominatrice du bourreau.

D'autres œuvres capitales sont ensuite exécutées pour la chapelle Cerasi de l'église Santa Maria del Popolo : La Conversion de saint Paul et Le Martyre de saint Pierre (1600-1601), placés de part et d'autre du tableau d'autel peint par Annibal Carrache. La renommée du Caravage, qui ne peindra plus guère que des œuvres religieuses, lui vaut la commande de La Madone des pèlerins (1604-1606, église de Saint-Augustin), où le classicisme de la Vierge s'oppose à la rusticité presque provocante de ses adorateurs, de La Madone au serpent (1605-1606, Rome, galerie Borghèse). Mentionnons aussi, parmi d'autres œuvres, La Mort de la Vierge (Paris, musée du Louvre), commandée en 1605 et refusée par le commanditaire



Fuite, exil, mort
Sa vie aventureuse vaut au Caravage de nombreux démêlés : grièvement blessé au cours d'une rixe collective, il est accusé de meurtre et se réfugie à Naples, où il peint notamment Les Sept Œuvres de miséricorde (1607, église du Pio Monte della Misericordia).
Lors d'un séjour à Malte, il exécute la tragique Décollation de saint Jean-Baptiste (1608, La Valette, cathédrale), la plus vaste toile peinte par l'artiste ainsi que le Portrait d'Alof de Wignacourt (1608, Louvre). À Syracuse et à Messine, il laisse des œuvres tout aussi inquétantes : Les Funérailles de sainte Lucie (1608, Syracuse, palazzo Bellomo), La Résurrection de Lazare (1609, Messine, Musée régional).
En 1609, il est de nouveau à Naples où ses protecteurs s'efforcent d'obtenir sa grâce auprès du pontife. Le David Borghèse (Rome, galerie Borghèse), dans lequel certains veulent voir un double portrait du Caravage, pourrait être une de ses dernières œuvres.
Les circonstances de sa mort sur le chemin du retour à Rome ne sont pas élucidées.
Il semblerait qu'il fut arrêté par erreur à sa descente de bateau et dépossédé de ses biens. Finalement relâché mais abandonné à un total dénuement, il erre sur la plage dans l'espoir de se rembarquer. Il contracte la malaria. Le 18 juillet 1610 il meurt "privé de soins", abandonné à la plus atroce solitude. Il a 39 ans.
Artiste singulier, il laisse une œuvre où la virtuosité des clairs-obscurs est mise au service d'une vision nouvelle de la peinture, qui privilégie les cadrages serrés et les espaces confinés. Peu ou pas de ciel dans cette œuvre. Si le Caravage n'a pas vraiment eu de disciples, sa postérité est immense.

Ci dessus : La Tête de Méduse (Florence) - La Cène à Emmaüs (Londre, The National Gallery) - la source 1856 (le Louvre)




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