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Botticelli Repères
Alessandro Botticelli, dernier d'une famille de quatre enfants et surnommé Sandro, naît en 1445 à Florence dans le quartier de Santa Maria Novella où son père exerce le métier de peaussier. Il a une échoppe dans un quartier voisin.
Laurent le Magnifique naît le 1er janvier 1449.
Léonard de Vinci naît le 15 avril 1452 et côtoiera Botticelli dans l'atelier de Filippo Lippi.
Michel-Ange naîtra en 1475, Raphaël en 1483.
Jérôme Savonarole naît le 21 septembre de la même année 1452 à Ferrare.
Le poète Ange Politien naît en 1454.
En 1478, la conjuration des Fizzi à Florence. Julien de Médicis est assassiné. Laurent conserve le pouvoir mais est excommunié par le pape Sixte IV qui jette un interdit sur la ville.
En 1480, Botticelli est baptisé " nouvel Apelle ", du nom du célèbre peintre de l'antiquité grecque.
Mort de Laurent le Magnifique en 1492.
Supplice de Savonarole le 22 mai 1498.
Mort de Botticelli en 1510. Il est inhumé le 17 mai.
Autoportrait (l'adoration des anges)


Mort en 1510, Sandro Botticelli naît en 1445 dans un milieu modeste. Son père est peaussier. Laurent le Magnifique naît quatre ans plus tard dans la très riche famille des Médicis.
Ils ne sont pas nobles mais marchands, banquiers et gouvernent Florence. Côme de Médicis a construit une fortune et un empire qui contrôle des filiales bancaires à Rome, Venise, Naples, Pise, Milan, Genève, Lyon, Avignon, Bruges, Londres.
La multinationale possède deux ateliers de tissage de laine et de soie, elle prête aux grands, aux rois. Laurent qui lui succède après un bref intermède de cinq ans et devient gouverneur de la ville à vingt ans, laissera partir à vau l'eau une partie de l'empire commercial mais il est au centre d'un monde de poètes, de peintres, de philosophes, il est poète lui-même. Il marie son fils à une Orsini, de la plus ancienne noblesse romaine, le mariage de sa fille l'apparente au pape et son dernier fils, Jean, a quatorze ans quand il devient cardinal. Laurent fait de la vie de la cour un tourbillon de réceptions et de fêtes.
Il donne un éclat nouveau à la célébration des carnavals, il invente les fêtes masquées pour lesquelles les musiciens et poètes, Politien, lui-même Laurent, écrivent et composent.

Les chars, les étendards sont dessinés et peints par les plus grands, dont Botticelli, Verrocchio et les jeunes femmes aux longs cheveux et actrices des spectacles deviennent des nymphes que décrit ainsi un acteur de l'époque : " Les nymphes devaient porter des longues tuniques ornées de broderies variées, mais avec des manches. Et j'aime qu'elles soient empesées de telle sorte que lorsqu'elles sont serrées avec des lacets ou des cordons de soie colorée ou d'or, elles bouffent un peu, pour le plaisir des yeux, en ayant l'air d'une extrême légèreté. À cela s'ajoutera une robe faite dans un tissu d'une couleur ravissante, nouée et relevée pour révéler le coup de pied (...). Ensuite un somptueux manteau tombant d'un côté et relevé sur l'épaule opposée. Une chevelure épaisse et magnifique, qui doit avoir l'air naturelle et dont une partie peut tomber, dénouée sur les épaules (...) Et cela, à mon avis, peut convenir aux spectacles pastoraux puisque, en général, le voile gonflé par le vent est le plus bel ornement possible pour la tête d'une femme, tout en possédant une grande pureté et une grande simplicité, ce qui s'accorde à l'habillement d'un habitant des bois... "

Mais d'où diable sortent-ils, ces habitants des bois là. Certes pas des textes bibliques. Ou seulement, alors, du Cantique des cantiques, ce magnifique poème de l'ancien testament :

" Qu'il me baise des baisers de sa bouche.
Tes baisers sont plus délicieux que le vin ;
l'arôme de tes parfums est exquis ;
ton nom est une huile qui s'épanche,
c'est pourquoi les jeunes filles t'aiment
(...)
Mon bien-aimé est un sachet de Myrrhe
Qui repose entre mes seins.
Mon bien-aimé est une grappe de henné
Dans les vignes d'En gaddi... "


Non, ces personnages de Florence viennent à la fois des milieux populaires de la Toscane et de la Grèce antique, de l'Olympe, des bois peuplés de créatures chantantes et dansantes.
D'un monde encore magique. Ils viennent du monde païen et on se prend d'un rire nerveux quand on se dit que la convention pour la constitution européenne voudrait inscrire dans son préambule une référence à l'Europe de la chrétienté. L'Europe de Botticelli et de la Naissance de Vénus. Quelle hérésie !
MARS ET VENUS (Londres National Gallery) - Interprétation symbolique comme les aimait les Florentins. L'abandon du personnage de Mars traduirait l'influence apaisante de Vénus, symbole de l'humanité. L'oeuvre peut être daté de 1483 environ.

Botticelli est de l'entourage immédiat de Laurent le Magnifique. Il semble qu'on soupçonne parfois ce milieu d'humanistes, d'artistes et d'intellectuels - d'argent aussi - d'athéisme ou, à tout le moins, de peu de foi. Ils croient sans doute en un autre monde mais c'est le monde platonicien des idées et pour eux la beauté est sans doute une des formes de la vérité. La beauté et l'amour.
Comme pour Dante dont Botticelli passera quinze années à illustrer la Divine Comédie - quel titre, au fond, quand on y pense : comédie. Dante, presque deux cents ans plus tôt, Toscan lui aussi, exilé de Florence pour raisons politiques et menacé du bûcher.
Il traversera, d'abord accompagné du poète romain Virgile, les enfers, puis le purgatoire et le paradis pour retrouver Béatrice, la femme aimée et perdue, donnant au mythe d'Orphée une nouvelle dimension et se payant au passage sa galerie de portraits. Si l'on croise au cours du voyage les personnages et héros de tous les temps, il se cuisine, dans le chaudron de son enfer, ceux de ses contemporains qu'il exècre, avec un réel bonheur. Passer des papes ou des dignitaires, des avaricieux et des coquins patentés à la broche, ce n'est pas donné tous les jours.
C'est une comédie humaine, satirique, morale, politique et la rédemption n'est pas tant dans les mains de Dieu que dans les derniers mots de l'un des plus grands poèmes de l'histoire, dans " l'Amour qui meut le soleil et les autres étoiles ", tandis que Béatrice siège dans sa gloire " et je vis qu'elle avait en auréole les rayons du soleil qu'elle réfléchissait ".

Au temps de Botticelli, la crucifixion elle-même n'est pas la plus présente dans les représentations religieuses. On lui préfère la Vierge, en Italie du moins. Et celles de Botticelli ont la même beauté, la même grâce aérienne que ses nymphes aux voiles légers et aux fleurs, dont les pieds touchent à peine le sol. Là où, dans le Nord, un Van Der Weyden vise, dans le retable du Jugement dernier et sans doute selon la commande, à inspirer la crainte de l'enfer avec toutes les ressources d'une dramaturgie puissante, on semble préférer ici le trésor d'amour d'une femme entourée d'anges et bien peu différente au fond de cette Vénus qui ne cache de sa paume " l'origine du monde " que pour mieux en indiquer le mystère. Vasari, le grand biographe des peintres et sculpteurs du siècle suivant y verra l'occasion de régler de manière risible son compte à Botticelli, hérétique et peintre de femmes nues.

Pourtant ce n'est pas un âge d'or quand bien même le monde botticellien semble l'évoquer au point que nous reconnaissons ses anges et ses nymphes comme s'il avait été en nous de toujours. C'est aussi un temps de violence.
En 1494, les Médicis sont chassés du pouvoir. Ils y reviendront mais en cette fin de siècle c'est Savonarole qui monte sur le devant de la scène florentine. Botticelli, les historiens ont tranché, ne fut pas de ses partisans. Pourtant, au fil des ans son style s'est épuré. Il n'a jamais fait du joli, de l'aimable mais du beau. Il tente progressivement d'aller plus encore à la vérité.
On s'étonne alors de la fermeté de son trait, de la présence de la forme, voire du dépouillement ascétique de deux portraits de femme, de profil, devant un cadre géométrique, sans aucun artifice ni élément de décor.

Si Savonarole fut entendu c'est sans doute aussi que l'air du temps le voulait. Florence rassasiée peut-être de fêtes et du spectacle de la richesse et des arts, lassée peut-être de ses plaisirs ou de ceux de ses maîtres, voulut-elle la vertu ?
Toujours est-il que Botticelli, pendant que son étoile pâlissait avec le départ des Médicis, sembla dans les dernières années de sa vie se retirer sans bruit du monde qu'il avait créé et habité, nous en faisant le don unique par-delà la mort.


Maurice Ulrich, l'Humanité, du 17 octobre 2003.

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