miroirs-Salvador Allende
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"Savez-vous pourquoi il n'y a jamais eu de coup d'Etat aux Etats-Unis ? Parce qu'il n'y a pas d'ambassade des Etats-Unis aux Etats-Unis...".
Michelle Bachelet, Présidente du Chili (fille d'un général assassiné avec la complicité des Etats Unis).

Président du Chili sous le gouvernement d'Unité populaire, Salvador Allende restera dans l'histoire comme le premier leader politique ayant dirigé une tentative de " transition pacifique " et dans la légalité vers le socialisme.

Issu d'une famille de la bonne bourgeoisie de Valparaiso se réclamant de la libre pensée, il adhère très tôt à la franc-maçonnerie. Étudiant en médecine, vice-président de la Fédération des étudiants de Santiago, il est plusieurs fois emprisonné et chassé de l'université. Mais c'est sa découverte de la misère, à travers son travail de médecin dans les bidonvilles, qui le lance dans l'action politique.

En 1933, il est cofondateur du Parti socialiste chilien auquel il ne cessera d'appartenir ; en 1938, élu député, il dirige la campagne du radical Aguirre Cerda, premier président du Front populaire ; en 1942, ministre de la Santé, il administre la sécurité sociale ouvrière ; il est sénateur à partir de 1945. À trois reprises, il sera candidat malheureux à la présidence de la République, en 1952, en 1958 et en 1964, avant de l'emporter le 4 septembre 1970 avec 36,30 % des voix face aux candidats Jorge Alessandri, du Parti national (34,98 %) et Radomiro Tomic, de la Démocratie chrétienne (27,84 %). La gauche ne représente alors donc qu'un tiers des votes de la population. La constitution ne prévoyant pas de second tour, Allende est désigné à la présidence par la chambre des députés, comme le prévoit la constitution dans un tel cas, avec l'appui des démocrates chrétiens qui font signer à Allende un pacte de respect de la constitution chilienne.
Soutenu par une coalition d'Unité populaire allant des communistes aux radicaux et aux chrétiens de gauche, Salvador Allende dut aussi son élection à son prestige auprès des masses populaires. On appréciait chez lui à la fois sa conviction politique, sa chaleur humaine et son goût des plaisirs de la vie.

Son gouvernement se proposait de transformer dans la légalité les structures économiques et sociales du Chili et de le libérer de l'emprise économique des États-Unis.
La vigueur avec laquelle Allende soutint certaines mesures, comme la nationalisation des mines de cuivre en juillet 1971, ne l'empêcha pas d'adopter, sur le plan intérieur comme sur le plan international, une attitude modérée. Il était d'ailleurs minoritaire à l'intérieur de son propre parti qui prônait des mesures plus radicales, et il s'appuyait sur les sociaux-démocrates et les communistes qui voulaient " consolider " les acquis avant " d'avancer ".

Lorsque les difficultés économiques se multiplièrent à partir de 1972, Salvador Allende accorda une importance toute particulière au problème de l'armée. Malgré la réputation de professionnalisme et d'apolitisme de cette dernière, un secteur militaire avait tenté, en 1970, d'empêcher l'installation d'Allende à la tête de l'État. Le président comptait avant tout sur ses relations personnelles avec un certain nombre d'officiers, par le biais de la franc-maçonnerie en particulier, et sur son habileté manœuvrière. Après la démission, le 23 août 1973, du général Prats, son soutien le plus ferme à l'intérieur de l'armée, il fit une entière confiance au général Augusto Pinochet qui remplaça ce dernier comme commandant en chef.

Les désordres s'aggravèrent durant l'hiver austral de 1973 (inflation galopante, émeutes, pressions du M.I.R., ou Mouvement de la gauche révolutionnaire, et du mouvement fasciste Patrie et Liberté) et les partis de l'Unité populaire ne parvinrent pas à s'accorder sur la politique à suivre ; Salvador Allende s'apprêtait à annoncer le 11 septembre un référendum concernant la politique de son gouvernement quand il fut pris de vitesse par la rébellion militaire.

Lorsque, dans la matinée, l'armée entra en dissidence il s'enferma avec une poignée de fidèles dans le palais présidentiel de la Moneda. Refusant les offres de la junte de quitter le pays, il en dirigea lui-même la défense pendant de longues heures. Le gouvernement militaire annonça le 12 septembre qu'il s'était suicidé après avoir estimé toute résistance vaine. Mais les contradictions des versions successives données par le nouveau pouvoir, autant que le caractère de Salvador Allende, donnent à penser qu'il est mort les armes à la main.

Après son élection, Salvador Allende entreprend de mettre en application son programme socialiste au Chili ( " La chilena vía al socialismo " - la voie chilienne vers le socialisme).
Ce programme consiste en la nationalisation à grande échelle de certaines industries (notamment le cuivre, principale exportation du Chili), la réforme du système de santé, la poursuite des réformes du système d'éducation entreprises par son prédécesseur Eduardo Montalva Frei, un programme de lait gratuit pour des enfants (à raison d'un demi litre de lait par jour et par bébé), et d'une tentative de réforme agraire 1 .
Un nouvel " impôt sur les bénéfices " est créé. Le gouvernement annonce un moratoire sur les remboursements de la dette extérieure et cesse le paiement des dettes auprès des créanciers internationaux et les gouvernements étrangers.
Ces décisions irritent une partie de la classe moyenne et la majorité des classes supérieures, tout en augmentant considérablement le soutien à Salvador Allende parmi la classe ouvrière et les strates plus pauvres de la société. Le pays se trouve ainsi polarisé.

Durant tout son mandat, Allende reste en désaccord avec le congrès chilien, dominé par le parti démocrate chrétien. Les démocrates chrétiens ont fait campagne sur une plateforme de gauche aux élections de 1970, mais ils évoluent de plus en plus vers la droite pendant la présidence de Salvador Allende, formant par la suite une coalition avec le Parti national (de droite).

En 1971, à la suite d'une visite d'un mois du président cubain Fidel Castro, avec qui il entretient une amitié étroite, Salvador Allende annonce le rétablissement des relations diplomatiques avec Cuba, en dépit d'une convention précédemment établie par l'Organisation des États Américains précisant qu'aucune nation dans l'hémisphère occidental ne le ferait (la seule exception étant le Mexique, qui a refusé d'adopter cette convention).

L'administration Nixon commence à exercer des pressions économiques sur le Chili par l'intermédiaire d'organismes multilatéraux, et continue de soutenir ses adversaires au congrès chilien. Les États-Unis vont jusqu'à financer des grèves de camionneurs chiliens, afin de paralyser les transports internes du pays.

Les opposants de Salvador Allende représentent une classe puissante, à savoir en grande partie l'aristocratie. Ne supportant pas d'être mis à l'écart, ils font appel aux États-Unis pour se débarrasser de son gouvernement. Le gouvernement américain étant déjà inquiet au vu des positions socialistes, du fait de la politique d'endiguement et le continent américain étant considéré comme leur " chasse gardée ", durant trois ans, il tente de limiter les réformes de Salvador Allende, plus particulièrement la réforme agraire et la nationalisation des entreprises.

La gauche descend dans la rue - où les grèves et les groupes armés sèment la terreur - et réaffirme son soutien à l'Unité populaire. Les élections de mars 1973 sont une nouvelle victoire pour le parti de Salvador Allende qui augmente son score à chaque nouveau scrutin : à lui seul, il réalise 43,4 % des voix. Le 12 septembre 1973, Allende doit annoncer un nouveau référendum - tenu secret - sur la question de l'organisation économique du pays. Il en informe le général Pinochet, dont il essaye de gagner la confiance.

Le pouvoir législatif, majoritairement hostile au gouvernement Allende dès 1972, ne peut démettre le président. Le 23 août 1973, dans une résolution approuvée à 81 voix contre 47, le parlement demande aux autorités et aux forces armées de mettre fin immédiatement à la situation.
La part des États-Unis (la CIA) étant controversée, Henry Kissinger ayant affirmé avoir retiré son soutien peu avant. Dès les premières heures du 11 septembre, Salvador Allende est informé du coup d'État en préparation. Il croit encore pouvoir régler le conflit par le dialogue et dans un appel à la radio invite ses partisans à rester chez eux pour ne pas envenimer la situation. À 9 heures du matin, le palais présidentiel est assiégé par l'armée sous le commandement du général Augusto Pinochet (Coup d'État du 11 septembre 1973 au Chili).

Le palais présidentiel est bombardé par l'aviation. Selon la version officielle (accréditée par sa fille), Salvador Allende, refusant l'exil que lui proposent les forces armées, se suicide. Certains récits précisent que c'est avec une mitraillette offerte par Fidel Castro, accompagnée d'une note ou on peut lire : " À mon ami, Fidel Castro ". D'autres versions affirment qu'il a été assassiné comme le seront dans les jours suivants nombre de ses partisans. Pendant le coup d'État, Allende trouve encore la force de s'adresser au Chili dans un message radio.

Salvador Allende est souvent considéré comme un héros par la gauche. Certains le voient même comme un martyr mort pour la cause du socialisme.
Son visage a même été stylisé et reproduit comme symbole du marxisme, semblable aux images célèbres de Che Guevara.

La nature de l'intervention des États-Unis dans le coup qui déposa Salvador Allende demeure le sujet de débats animés dans le contexte du comportement des États-Unis pendant la guerre froide.
Bien qu'il y ait eu plusieurs coups d'État en Amérique latine pendant cette période, le renversement d'Allende demeure l'un des plus controversés . On sait que les États-unis ont joué un rôle dans la politique chilienne avant le coup, mais leur degré de participation dans le coup d'État en lui-même est discuté.
La CIA a été informée par ses contacts chiliens de l'imminence du coup pendant les deux jours qui l'ont précédé, mais conteste " avoir joué quelque rôle direct que ce soit dans " le coup.

Après que Pinochet a pris le pouvoir, le Secrétaire d'État américain Henry Kissinger aurait dit au Président Richard Nixon que les États-Unis " ne l'ont pas fait " (se rapportant au coup lui-même) mais qu'ils ont " créé les meilleures conditions possibles ", y compris en menant des sanctions économiques.

Les documents récemment déclassés tendent à montrer que le gouvernement des États-Unis et la CIA avaient cherché à renverser Salvador Allende en 1970, juste avant qu'il ne soit élu (" Project FUBELT "), en provoquant l'incident qui ôta la vie au Commandant en Chef d'alors, le Général René Schneider, mais les accusations de leur participation directe dans le coup de 1973 ne sont pas attestées par la documentation officielle accessible au public ; de nombreux documents potentiellement pertinents demeurent toujours classifiés.




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Voir également avec le site web Je suis mortla biographie de Salvador ALLENDE


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