L’Afrique du Sud est relativement peu peuplée. Sa population était estimée en 2003 à 42 768 678 habitants, soit une densité globale de 35 habitants au km2. Les Noirs, représentant 75,2 p. 100 de la population, appartiennent à différents groupes ethniques : Bochimans , Ndebele , Sothos, Swazis, Tsongas, Tswanas, Vendas, Xhosa et Zoulous. Les Zoulous constituent le groupe le plus important (20 p. 100 de la population totale du pays).Les Blancs représentent 13,6 p. 100 de la population sud-africaine, les Afrikaners ou Boers, descendants des colons néerlandais - mais aussi allemands ou français - étant majoritaires (60 p. 100 des Blancs). 8,6 p. 100 des Sud-Africains sont des métis, issus des Bochimans et des Hottentots, des esclaves venus d’Angola ou de Java, et des colons européens. Les Asiatiques, descendants pour la plupart d’immigrants indiens, constituent 2,6 p. 100 de la population. La mortalité infantile, en 2003, s’élevait à 61 p. 1 000 et le taux de natalité, à 18,9 p. 1 000. L’espérance de vie était de 47 années. Ces chiffres, globaux, reflètent cependant mal les discriminations entre les différents groupes. Celles-ci s’expriment mieux par la comparaison des niveaux de vie entre Blancs et Noirs. Le revenu moyen d’un foyer blanc est ainsi 12 fois supérieur à celui d’un foyer noir. Plus de la moitié des Noirs vivent au-dessous du seuil de pauvreté et le taux de chômage des Noirs se situe autour de 45 p. 100. " Moi, Fatima, enfant du township " " Je m'appelle Fatima. Ma mère m'a appelée ainsi car nous sommes musulmans depuis plusieurs générations. J'ai vingt-cinq ans. Je suis une "coloured", une Métisse, selon la dénomination officielle de l'apartheid, que tout le monde continue d'utiliser. Mitchell's Plain, envoyé spécial. Je suis née à Mitchell's Plain et j'y ai toujours vécu. Voilà cinq ans maintenant que je suis assistante sociale pour NICRO dans cette township, qui connaît le taux de criminalité le plus élevé de la province du Cap. Il y a une blague ici : "Tu marches dans la rue. On te retire tes sous-vêtements. Tu rentres chez toi, tu ne t'en es même pas rendu compte." En fait, ce n'est pas franchement une blague. Les gangsters ont un pouvoir incroyable ici. Je parle des bandes organisées, pas des gens qui tentent de survivre en commettant des petits délits, comme des vols. Des gamins me disent que les gangsters leur donnent 1 000 rands pour prévenir de l'arrivée de la police. C'est plus que le salaire minimum pour un salarié. Que voulez-vous que je leur dise ? Je leur explique bien que c'est une situation sans avenir, mais, au final, ce n'est pas moi qui mets la nourriture sur la table. Un jour, pour montrer leur pouvoir, les gangs ont empêché les gamins d'aller à l'école pendant une semaine. Même si je suis de cette township, je préfère sortir au Cap ou dans d'autres banlieues. Il y a quelques années, j'avais amené une copine d'enfance au cinéma. Nous étions allées au Cap. Elle avait une vingtaine d'années et c'était la première fois qu'elle mettait les pieds en dehors de Mitchell's Plain. C'est le cas d'énormément d'habitants. Ils ne connaissent de la vie que cette township, le chômage, la pauvreté, le crime. Je me souviens du climat qui régnait à Mitchell's Plain en 1994, lors des premières élections démocratiques, c'était la grande peur. La grande majorité craignait l'arrivée de l'ANC au pouvoir. Il faut dire que le système d'apartheid avait acheté, pendant des années, notre communauté. En 1994, le Parti national l'a emporté haut la main. Mais, depuis, son score diminue à chaque élection, tandis que celui de l'ANC grimpe. J'ai du mal à comprendre ce vote pour l'ancien parti de l'apartheid. Ils nous ont virés de District Six et parqués dans ces dunes. Ils nous ont donné le droit de vote à une assemblée qui ne prenait aucune décision, puis ils nous l'ont retiré. Encore, aujourd'hui, ma mère n'arrête pas de répéter qu'au moins il y avait du travail pour les jeunes du temps de l'apartheid. Ce qui est faux. Mais il y a un dicton ici qu'il faut connaître pour comprendre : " Préfère le diable que tu connais à celui que tu ne connais pas. " Je peux comprendre le malaise des Métis. Nous ne sommes ni blancs ni noirs. On peut parfois se sentir abandonnés par le système. Contrairement à ma mère, je trouve que les choses ont changé en mieux depuis dix ans. Dans les écoles, les enfants ont le droit à un petit déjeuner. Un hôpital psychiatrique a été construit. Et cette township en avait bien besoin, avec tous ces problèmes d'alcool et de drogue. Plusieurs quartiers bénéficient également des projets de "renouveau urbain". Nous avons maintenant quatre terrains de sport pour l'ensemble de la communauté. C'est bien. Le problème, c'est que sans développement social, sans éducation, les gamins voient dans le sport le seul moyen de s'en sortir. "Si tu n'es pas bon en sport, tu n'es bon à rien." Car, il ne faut jamais l'oublier : le principal problème à Mitchell's Plain, ce n'est pas la criminalité, c'est la pauvreté. " C. D. L'Humanité du 11/04/2004
Pierre Barbancey, L'Humanité du 11/04/2004
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