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Revue de presse - Business report : " Quatre Sud-Africains sur dix déclarant vouloir travailler ne trouvent pas d'emploi ", selon des données publiées par Statistics SA.
Selon l'agence, le taux de chômage était de 41,8 % en septembre 2003 contre 42,1 % en mars de la même année. Le nombre de chômeurs est passé de 5,3 millions à 4,6 millions. Mais ce déclin a été accompagné durant la même période par l'augmentation du nombre de personnes se déclarant " pas économiquement active ", de 12,7 à 13,7 millions.

Ros Hirschowitz, le directeur-général adjoint, estime que les coûts élevés des transports sont perçus comme prohibitifs et que le grand nombre de chômeurs était également considéré comme décourageant par les chercheurs d'emplois.
La fédération syndicale COSATU a déclaré : " Nous sommes satisfaits que l'enquête montre un petit déclin du taux de chômage. Mais, évidemment, que des adultes en pleine force de l'âge quittent le marché du travail ne peut constituer la réponse durable à la crise de l'emploi. "


LES GUEULES NOIRES
Les " gueules noires " ne se font plus traiter de kafir (nègre), comme sous l'apartheid. Mais leurs conditions de travail ne s'améliorent pas.

Randfontein, envoyé spécial.

Tout autour de Johannesburg on voit ces drôles de cheminées surmontées d'une ou plusieurs roues. En fait de cheminées, il s'agit de la partie émergée des mines d'or qui ont fait le renom de l'immense cité. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, des milliers d'hommes (des Noirs, dans l'immense majorité des cas) descendent toujours plus profond pour extraire le précieux minerai qui va grossir les profits de quelques sociétés, profits dont ils ne voient évidemment jamais la couleur.
En ce début de XXIe siècle, le mineur sud-africain est toujours assujetti à des cadences infernales, des conditions de travail éprouvantes et des salaires loin d'être en adéquation avec la pénibilité. Et cela malgré la force du syndicat NUM (National Union of Mineworkers), qui a du mal à faire respecter les conventions collectives.

Randfontein est à moins d'une heure de route de Johannesburg. Les puits - exploités par Harmony Gold, la cinquième compagnie au monde dans ce domaine - sont disséminés alentour.
Lorsque nous arrivons, les premières équipes sortent de la mine. Certaines galeries sont à trois kilomètres de profondeur ! Les mineurs ont encore le casque vissé sur la tête. Leurs bottes traînent sur le sol. Ils ont jeté sur l'épaule ce qui leur sert d'imperméable. Les gants sont coincés dans la ceinture. Les visages crient l'homme exténué, la sueur colle encore aux tempes.
À ce moment ils n'ont qu'un but : aller se doucher, mettre des vêtements propres, changer de peau. Ils viennent de passer huit heures au fond du trou. Huit heures sans une pause, sans pouvoir manger. " On a juste le droit de boire de l'eau ", indique Vernon Mbissa, vingt-sept ans et déjà cinq ans de mine. " Il y a beaucoup de problèmes. Et quand on se plaint, on n'obtient rien, même pas le droit de faire une pause. " Il explique ainsi que la direction continue à jouer l'intimidation, ce qui " empêche toute unité entre nous ".

Depuis le mois de janvier, le salaire minimum mensuel devrait être de 2 000 rands (environ 250 euros). Mais Vernon affirme qu'il ne perçoit que 1 500 rands par mois, desquels il faut immédiatement déduire quelque 600 rands pour payer l'hostel (les habitations pour mineurs) et la cantine.
Il a quitté Umtata (la ville de Nelson Mandela) pour trouver du travail. Marié, trois enfants, il ne les voit que trois fois par an. " Je ne me sens pas bien, mais il faut que je travaille. Je n'ai pas le choix, il n'y a pas d'autres endroits où aller. " L'an dernier, il s'est cassé deux doigts dans la mine. Le médecin a prescrit deux mois d'arrêt de travail. Au bout de quatre semaines, la direction lui a fait savoir qu'il fallait revenir, sinon c'était la porte...

Pour entrer dans les hostels, il faut montrer patte blanche, si on permet l'expression. D'ailleurs, les familles des mineurs n'ont pas le droit d'y venir. Dans le sas d'entrée, des préservatifs sont disponibles. On pénètre alors dans une grande enceinte de bâtiments sans étage collés les uns aux autres avec, au centre, le réfectoire. Devant chaque porte d'entrée, plusieurs paires de bottes et des chaussettes par-dessus : il n'y a pas de logements individuels. Ici ce sont des chambrées, qui n'offrent que deux mètres carrés d'intimité à chaque mineur.

À chaque lit correspond une armoire. Pour le reste, c'est la promiscuité de tous les instants. Comme souvent, il y a de la dignité chez ces hommes qui nous reçoivent dans leur " chez eux ". C'est propre et chacun sait qu'il doit respecter l'espace vital, sans quoi rien n'est plus possible. Déjà que le possible équivaut au rien...

Chaete Kotoka nous accueille dans ce coron sud-africain de plus de mille travailleurs. Il a cinquante-deux ans et est là depuis 1975. Quasiment trente ans de mine, dont vingt sous le régime de l'apartheid. " C'était terrible, se souvient-il. On travaillait très longtemps, pour une misère. Il n'y avait même pas de sanitaires corrects. " Surtout, ils avaient toujours sur le dos des gros Blancs racistes. " Les boers (les afrikaners - NDLR) nous poussaient, nous frappaient en nous traitant de kafir (nègre). " Aujourd'hui ces scènes ne sont plus qu'un mauvais souvenir mais les cadences au travail sont plus lourdes. " Alors qu'il y a plein de gens au chômage, nous faisons maintenant le travail de cinq mineurs, affirme-t-il. Le travail est donc plus dur. Et si on n'y arrive pas, on peut se faire lourder. On a vraiment peur de ça, on est toujours sous pression. "

Officiellement, le gouvernement pousse les compagnies minières à investir pour le regroupement des familles. Mais, là encore, elles se font tirer l'oreille. À la Chambre des mines (lire ci-contre), on explique sans sourciller que " beaucoup de mineurs veulent continuer à émigrer en laissant leur famille dans la zone rurale.

On ne peut pas les forcer à emmener leur famille avec eux. " En conséquence de quoi de nouvelles townships éclosent autour des mines. Celle qui se trouve à proximité de ce puits s'appelle Zenzele, ce qui signifie " Fais-le par toi-même ". De quoi plaire aux patrons des mines.

Pierre Barbancey, L'Humanité du 11/04/2004



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